Le militant pacifiste israélien et auteur Uri Avnery s’éteint à 94 ans
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Le militant pacifiste israélien et auteur Uri Avnery s’éteint à 94 ans

La gauche israélienne a rendu hommage à un militant de longue date qui aura été l'un des plus forts partisans de la paix et le premier défenseur d'un Etat palestinien

Uri Avnery à la cour suprême de Jérusalem en en 2014 (Crédit : FLASH90)
Uri Avnery à la cour suprême de Jérusalem en en 2014 (Crédit : FLASH90)

Le journaliste et militant pacifiste israélien Uri Avnery, durement attaqué dans son pays dans les années 1980 pour avoir rencontré le leader palestinien Yasser Arafat, est décédé dans la nuit à Tel-Aviv à 94 ans des suites d’une attaque, a-t-on appris lundi de source hospitalière.

Figure centrale du mouvement pacifiste israélien, Uri Avnery avait causé une tempête en recueillant en juillet 1982 ce qui avait été présenté comme la première interview d’Arafat avec un journal israélien, Haolam Haze, qu’il dirigeait.

Il avait été l’un des premiers Israéliens à rencontrer Arafat, alors considéré comme l’ennemi numéro un d’Israël.

L’entretien avait eu lieu à Beyrouth, ville qui était alors assiégée par l’armée israélienne.

Avocat de la création d’un Etat palestinien, Uri Avnery avait été soldat et avait même appartenu à une milice de droite avant de devenir une voix éminente de la paix, en laquelle il aura cru jusqu’au bout.

De son vrai nom Helmut Ostermann, Uri Avnery était né en Allemagne en 1923 dans une famille de banquiers aisés, d’où il avait émigré vers la Palestine mandataire en 1933 après l’accession au pouvoir d’Adolf Hitler. Il avait grandi à Tel Aviv dans la misère, placé dans la nécessité de travailler au lieu d’aller à l’école.

Brièvement membre de l’Irgoun, le groupe clandestin armé de droite qui combat le mandat britannique, il s’était engagé dans l’armée israélienne après la création de l’Etat d’Israël en 1948. Il avait été blessé lors de la guerre israélo-arabe.

En 1950, après sa démobilisation, il avait fondé Haolam Haze (Ce monde), hebdomadaire critique des institutions israéliennes. Il avait été la cible de la censure et d’attaques personnelles. Une bombe avait été placée au siège du journal en 1955 – la seule publication de l’époque à ne pas être sous la coupe d’un parti.

Membre de la génération qui avait fondé d’Israël, il aura été écouté par les Premiers ministres alors même qu’il aura fait trembler l’establishment du pays avec son tabloïd hebdomadaire – un mélange de reportages implacables, de commérages et de photos de femmes nues.

Il restera pendant 40 ans à la tête de Haolam Haze, publiant des enquêtes et des faits divers souvent sensationnels dans un style inconnu alors en Israël, tout en militant pour la coexistence avec la population arabe et en faveur de la création d’un Etat palestinien. Haolam Haze exercera une influence considérable sur la presse israélienne.

Engagé tout à la gauche de l’échiquier politique israélien, fondateur du parti politique Meri en 1965, il avait été élu au Parlement la même année. Il y a passé 10 ans.

Ses convictions inébranlables lui avaient fait gagner le respect de ses adversaires politiques comme Geula Cohen, soutien de longue date des implantations juives en Cisjordanie, à Gaza et à Jérusalem-est, les territoires annexés par Israël en 1967 et réclamés pour leur futur état par les Palestiniens.

« Il est le père politique de [l’idée d’un] état palestinien », avait dit Cohen d’Avnery en 2013. « Il est le premier à avoir soulevé cette idée au niveau politique. Je n’accepte pas ses idées mais j’admire sa force lorsqu’il continue à lutter en leur faveur ».

Avnery avait acquis ces convictions très tôt, affirmant que même lorsqu’il était jeune homme dans la Palestine pré-état, durant la période du mandat britannique, il était convaincu que « les Arabes ne se satisferont jamais de moins que ce dont nous jouissons nous-mêmes, en particulier de la liberté et de l’indépendance ».

Le président de l’Autorité Palestinienne Mahmoud Abbas (à droite) et le militant israélien pour la paix Uri Avnery au siège de l’AP à Ramallah le 5 janvier 2017. (Crédit : Dov Lieber/Times of Israel)

Avnery avait été l’un des quelques membres constants du « camp de la paix » israélien, de plus en plus fracturé et politiquement en marge depuis les années 1990, lorsque le le Premier ministre travailliste de l’époque, Yitzhak Rabin, avait négocié des accords de paix intermédiaires avec les Palestiniens.

En 1994, il avait fondé une ONG pacifiste, Gush Shalom (Bloc de la paix), en marge des autres mouvements pacifistes car plaidant pour le droit au retour des Palestiniens et de leurs descendants sur les terres dont ils avaient été chassés ou qu’ils avaient fuies à la création d’Israël en 1948.

Ecrivain prolifique, ancien avocat et activiste vétéran en faveur de la paix, il avait écrit une dizaine de livres, dont, en 2014, son autobiographie intitulée « optimiste », et deux livres sur le guerre de 1948.

Il avait reçu de nombreux prix internationaux, dont le Prix de la paix Erich-Maria Remarque en 1995.

Il avait été admis il y a plusieurs jours à l’hôpital Ichilov de Tel-Aviv à la suite d’un accident vasculaire cérébral.

Il devait fêter le mois prochain son 95e anniversaire.

Le militant de gauche Uri Avnery lors d’une manifestation à Jérusalem-Est en août 2009 (Crédit : Matanya Tausig/Flash90)

Les leaders des partis de gauche et de centre-gauche ont été les premiers à s’exprimer après le décès d’Avnery.

Tzipi Livni, cheffe de l’opposition, a déploré la mort d’Avnery.

« Il était un journaliste courageux et un homme rare et révolutionnaire », a-t-elle commenté. « Il est resté fidèle à ses convictions malgré les attaques qu’il a essuyées et il a semé au coeur de la population israéliennes les notions de paix et de modération alors qu’elles n’étaient pas encore inscrites dans le lexique, avec une vision aiguë et claire qu’il a soutenu jusqu’au jour de sa mort. Israël le regrettera ».

La dirigeante du parti du Meretz, Tamar Zandberg, a déclaré qu’Avnery « a façonné l’histoire israélienne comme peu l’ont fait, plus précisément dans la mesure où la conscience et la vérité étaient ses valeurs cardinales. Le fait qu’il se soit dressé de manière presque permanente contre les courants dominants ne l’ont pas amené à la marge mais au contraire à l’influence ».

Le député Ayman Odeh, chef de la Liste arabe unie, a qualifié Avnery « d’homme cher qui aura consacré son existence à la paix, à un avenir meilleur pour les deux peuples et à l’établissement d’un Etat palestinien. Sa voix, sa vision et sa perspicacité continueront à se refléter après sa mort ».

A droite, l’ancien ministre du Likud Gideon Saar a déclaré qu’Avnery « était aussi éloigné de moi et de mes positions que l’Orient l’est de l’Occident. Mais dans l’Etat d’Israël naissant, il a été un modèle d’opposition sans peur à des moments où il était difficile de s’opposer au régime Mapai (précurseur du parti travailliste) qui l’avait traqué. Et il n’y a pas de démocratie sans opposition ».

Le leader du parti HaBayit HaYehudi Naftali Bennett a expliqué à la radio militaire qu’Avnery « a contribué à l’établissement de l’Etat… Je suis très opposé aux positions qu’il avait adoptées mais nous sommes un pays démocratique ».

La France, par la voix de son ambassade à Tel Aviv a adressé « ses sincères condoléances à sa famille et à ses proches » en rappelant qu’il « était un promoteur engagé de l’amitié entre les peuples et de la paix entre Israël et les Palestiniens ». « Sa voix sera regrettée » conclut le communiqué.

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