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Le mouvement Massorti introduit une liturgie non binaire pour la montée à la Torah

La commission rabbinique a approuvé une liturgie légèrement modifiée pour permettre aux personnes non genrées d'éviter "l'embarras et le manque de respect"

Judah Ari Gross est le correspondant du Times of Israël pour les sujets religieux et les affaires de la Diaspora.

Illustration : Des membres du groupe religieux Minyan Tehillah regardent un rouleau de la Torah alors qu'ils se préparent pour les services du Shabbat à Harvard Radcliffe Hillel, à Cambridge, Massachusetts, le 16 juillet 2010. (Crédit: AP Photo/Lisa Poole)
Illustration : Des membres du groupe religieux Minyan Tehillah regardent un rouleau de la Torah alors qu'ils se préparent pour les services du Shabbat à Harvard Radcliffe Hillel, à Cambridge, Massachusetts, le 16 juillet 2010. (Crédit: AP Photo/Lisa Poole)

Le mouvement Massorti a annoncé au début du mois qu’il avait accepté d’ajuster sa liturgie pour les montées à la Torah afin d’inclure les personnes qui ne s’identifient ni comme homme ni comme femme, une question quelque peu compliquée étant donné la nature spécifique du genre dans la langue hébraïque.

Ce changement, rédigé sous la forme d’une responsa, a été adopté par le Committee on Jewish Law and Standards le 25 mai, mais n’a été annoncé que la semaine dernière. Il affectera légèrement la formulation utilisée pour les rites entourant l’appel d’une personne à la Torah pendant les offices.

Guy Austrian, rabbin du centre Fort Tryon à Manhattan, est à l’origine de ce changement après qu’il a formalisé les pratiques liturgiques de sa congrégation il y a quelques années.

Dans un responsa de 12 pages, Austrian et les rabbins Robert Scheinberg et Deborah Silver ont expliqué que le changement était nécessaire pour éviter « l’embarras et le manque de respect » pour les Juifs transgenres et non binaires.

La responsa a été adopté par 24 voix pour, aucune voix contre et une abstention. Le rabbin Rachel Isaacs, première femme rabbin conservatrice ouvertement lesbienne, a déclaré que son abstention était due à un problème de calendrier.

Pendant la lecture de la Torah, il est de coutume d’appeler un membre de la congrégation pour prononcer une bénédiction avant et après la récitation de chaque passage de la section hebdomadaire – la paracha -, un honneur connu sous le nom d’alyah. Cependant, le mot utilisé pour appeler une personne à la Torah prend une forme genrée en hébreu ; la personne est ensuite traditionnellement identifiée comme le fils ou la fille de ses parents ; et enfin, la personne qui supervise l’office annonce l’ordre de passage de la personne sur les sept convoquées à la Torah le samedi matin (trois à d’autres moments), ce qui implique également une forme genrée en hébreu.

Afin de résoudre le premier problème, les rabbins préconisent de supprimer la forme conjuguée et genrée du verbe hébreu se lever – yaamod pour les hommes, taamod pour les femmes – en faveur de l’infinitif non genré – na laamod, qui signifie littéralement « veuillez vous lever ».

« Bien que ce soit quelque peu inhabituel du point de vue idiomatique, na laamod est grammaticalement correct, il est suffisamment court, il n’ajoute qu’une syllabe et il est presque impossible de le distinguer des formes verbales yaamod et taamod qui sont à la 2e personne du singulier », ont écrit les rabbins.

La deuxième question, celle du nom d’une personne et de sa relation avec ses parents – ben, ou « fils de », pour les hommes, et bat, ou « fille de », pour les femmes – a nécessité un peu plus de créativité, car il n’existe pas de forme neutre du mot « enfant » en hébreu. Au lieu de cela, les rabbins se sont inspirés d’une autre source du judaïsme – les contrats de mariage – où les personnes sont plutôt écrites comme étant mibeit ou lebeit, ce qui signifie « de la maison de ».

Le troisième problème a été relativement simple à résoudre : la personne qui dirige l’office doit faire référence directement à l’alyah – la troisième alyah, la quatrième alyah, etc. et non à l’a personne appelée à la Torah.

Les rabbins offrent également des recommandations supplémentaires pour gérer des questions connexes, telles que la manière de formuler la bénédiction traditionnellement récitée pour les personnes qui ont l’honneur de monter à la Torah.

Ils soulignent que les alternatives présentées sont destinées à compléter, et non à remplacer, la liturgie genrée traditionnelle. Ils ont recommandé de conserver le texte genré pour les fidèles qui le préfèrent.

« Cette responsa ne cherche pas à créer une version unique et universelle, car le but n’est pas d’éliminer ou d’aplanir les différences entre les sexes, mais plutôt de mettre en valeur la diversité des identités de genre, en utilisant les options envisageables », ont écrit les rabbins.

Ils encouragent les responsables des synagogues à se renseigner sur les préférences de genre des fidèles qui fréquentent régulièrement la synagogue et à indiquer clairement aux invités que ces options existent.

Selon les rabbins, la pratique consistant à appeler les gens à la Torah par leur nom remonte au moins à plusieurs centaines d’années et a toujours comporté des solutions alternatives pour éviter les situations inconfortables, par exemple lorsque le nom du père de la personne honorée n’est pas connu ou si le père est un hérétique.

« L’ensemble de la logique qui sous-tend l’appel des personnes à la Torah par leur nom est celle du derekh eretz, la civilité dans les relations interpersonnelles. Cette tradition séculaire exige que les gens soient appelés de la manière dont ils préfèrent être appelés, comme un geste de respect fondamental », écrivent-ils.

La recommandation du mouvement Massorti correspond à une liturgie similaire déjà utilisée par l’Union du judaïsme réformé et par un certain nombre de synagogues qui s’adressent spécifiquement aux Juifs LGBT, notamment la Congrégation Beit Simchat Torah de New York et la Congrégation Shaar Zahav à San Francisco.

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