Le musée US de la Shoah partage des artefacts offerts par des New-yorkais
Rechercher

Le musée US de la Shoah partage des artefacts offerts par des New-yorkais

Le musée a rassemblé 250 objets provenant de familles dans une "course contre la montre" pour préserver les souvenirs de la guerre. En voici neuf qui ont retenu notre attention

Un jeune homme dans un camp d'internement (Musée de commémoration américain de la Shoah, cadeau de David Spegal)
Un jeune homme dans un camp d'internement (Musée de commémoration américain de la Shoah, cadeau de David Spegal)

NEW YORK (JTA) — Un portrait dessiné à la main d’un jeune homme, dans un camp d’internement français. Une photo d’une jeune juive ayant survécu à la Shoah en se cachant dans un monastère. Une lettre détaillant les efforts d’amélioration du quotidien des Juifs dans le camp de personnes déportées de Bergen-Belsen.

Ce ne sont que quelques-uns des 250 artefacts que le musée américain de la Shoah a collecté récemment par le biais d’une campagne qui a été lancée le mois dernier – aux environs du 75e anniversaire de la libération d’Auschwitz – pour rassembler des artefacts de l’époque de la Shoah auprès des habitants de New York.

La majorité des objets – photographies, courriers, documents, dessins et livres – ont été offerts par des familles de survivants de la Shoah.

Fred Wasserman, conservateur des acquisitions pour le bureau de New York du musée, qualifie cette collecte d’objets de « course contre le temps » dans la mesure où les survivants de la Shoah sont de plus en plus âgés et qu’un grand nombre d’entre eux se sont d’ores et déjà éteints.

Le musée de Washington a décidé de se focaliser sur New York, la ville et la zone environnante accueillant une importante population de survivants de la Shoah, ainsi que leurs descendants. Les artefacts rejoindront la vaste collection du musée et un grand nombre d’entre eux seront numérisés.

Voici neuf objets remarquables collectés par le biais du projet :

Un portrait à la main d’un jeune homme dans un camp d’internement

Un jeune homme dans un camp d’internement (Musée de commémoration américain de la Shoah, cadeau de David Spegal)

Après l’annexion de l’Allemagne par l’Autriche, en 1938, Annie Windschauer, 19 ans, avait quitté Vienne pour suivre l’homme qu’elle aimait, Fred Marot, en France. Marot avait été interné au Camp Bourg-Lastic, dans le Puy de Dôme. Il avait rencontré là-bas un autre détenu, Felix Kalischer, dessinateur talentueux, qui avait fait son portrait, que Marot avait envoyé à sa petite amie. Marot et Windschauer, sur la petite photo, avaient survécu à la guerre et les deux s’étaient finalement installés aux Etats-Unis.

Une photo de trois jeunes Polonaises arborant l’étoile jaune

Trois jeunes Polonaises arborant l’étoile jaune (Crédit : Musée de commémoration américain de la Shoah, cadeau de Mark Grinberg)

Cette photo montre, de droite à gauche, Ruchla Brukner, 17 ans, aux côtés de son amie Mindla Stahl et de la cousine de Brukner, Fajgla Blada, dans leur ville natale de Slawkow, en Pologne, en 1940. Les trois jeunes femmes portent les étoiles jaunes que les nazis forçaient les Juifs à arborer. Toutes les trois devaient survivre à la guerre. Brukner devait être déportée dans deux camps de concentration, avec sa sœur Esther.

Une photo du Judenrat à Slawkow, en Pologne

Le Judenrat à Slawkow, en Pologne (Crédit : Musée de commémoration américain de la Shoah, cadeau de Mark Grinberg)

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne avait exigé que chaque communauté juive placée sous son contrôle établisse un conseil local. Le Judenrat, comme il était appelé, devait garantir que les régulations des nazis étaient bien appliquées et il fournissait également les services communautaires de base. Cette photo montre les membres du Judenrat à Slawkow prendre la pose devant un panneau disant « La faim, le froid et la maladie sont nos plus grands ennemis. Venons-en à bout avec le Service social juif d’hiver ».

Une carte de sortie de prison pour un Juif polonais détenu dans un camp de prisonniers de guerre allemand

Une carte de sortie de prison pour un Juif polonais détenu dans un camp de prisonniers de guerre allemand. (Crédit : Musée mémorial de la Shoah des États-Unis, don de David Sass et Harvey Sass)

Pesach Sass était un soldat juif de l’armée polonaise qui a été capturé par les Allemands et placé dans un camp de prisonniers de guerre. Mais Sass, que l’on peut voir sur la photo en uniforme, assis à côté de son jeune frère Shaya, est tombé malade et a obtenu un laissez-passer pour retourner dans sa ville natale de Skalat. Il y est arrivé au moment où la ville était frappée par la fièvre typhoïde et où il a contracté la maladie. Il a fini par se rétablir et a survécu à la guerre en se cachant dans les bois avec d’autres membres de sa famille, puis en s’enfuyant en Italie.

Un laissez-passer de réfugié allemand pour s’installer en Rhodésie

Un laissez-passer de réfugié allemand pour s’installer en Rhodésie. (Crédit : Musée mémorial de la Shoah des États-Unis, don de Ronald Glass)

Le seul endroit qui a accepté d’accueillir Bernhard Rosenthal était la colonie britannique de Rhodésie, devenue aujourd’hui le Zimbabwe. Il a quitté l’Allemagne pour s’y installer en 1938. Sa femme, Hedwig, et leurs deux enfants l’ont suivi peu après. En Rhodésie, Bernhard était considéré comme un étranger ennemi et devait se présenter aux autorités toutes les deux semaines.

Une photo d’une jeune fille juive qui s’est réfugiée dans un monastère

Une photo d’une jeune fille juive qui s’est réfugiée dans un monastère. (Crédit : Musée mémorial de la Shoah des États-Unis, don de Hal Schimel)

Morris et Maria Zimmerman ont décidé de cacher leur jeune fille chez des nonnes dans un monastère. Le couple de Bratislava, qui fait maintenant partie de la Slovaquie, a finalement été déporté à Theresienstadt, mais a survécu. Lorsqu’ils ont essayé de récupérer Hannah après la guerre, les religieuses ont d’abord hésité à la rendre, mais elles ont fini par céder. Les Zimmerman se sont ensuite installés aux États-Unis avec l’aide d’un cousin de Detroit, qui a signé une déclaration sous serment de soutien à leur égard, que l’on voit ici en arrière-plan.

Une lettre d’un soldat américain détaillant les conditions de vie à Dachau

Une lettre d’un soldat américain détaillant les conditions de vie à Dachau. (Crédit : Musée mémorial de la Shoah des États-Unis, don de Howard Reiss)

Seymour Reiss a écrit une lettre de 10 pages à sa femme, Ethel, détaillant les conditions horribles qui régnaient dans le camp de concentration de Dachau, que le sergent de l’armée avait visité deux mois après sa libération en 1945.

« Nous sommes ensuite allés dans les chenils où ils ont laissé les chiens », écrit Reiss, que l’on voit sur la petite photo. « Les chiens étaient gardés affamés et entraînés à attaquer ces prisonniers. J’ai vu la perche où ils pendaient le mannequin, habillé des costumes rayés que portaient les prisonniers. Ils mettaient un steak cru entre les jambes du mannequin et les chiens sautaient dessus et le déchiquetaient sauvagement. Paul (le prisonnier juif) nous a dit que beaucoup de prisonniers têtus étaient apprivoisés par cette méthode ».

La photo d’une femme juive qui a péri à Treblinka

La photo d’une femme juive qui a péri à Treblinka. Crédit : Musée mémorial de la Shoah des États-Unis)

Joseph Helfgott, un Juif polonais, gardait avec lui cette photo de sa femme, Dwora, alors qu’il tentait de survivre au quotidien dans les camps de concentration d’Auschwitz, de Mauthausen et d’Ebensee. Il la caressait souvent avec son pouce, ce qui explique pourquoi la photo est si usée. Bien que Helfgott ait survécu, sa femme et leur fille Chana n’ont pas survécu.

Une lettre détaillant les efforts pour améliorer la vie des Juifs à Bergen-Belsen

Lettre détaillant les efforts déployés pour améliorer la vie des Juifs à Bergen-Belsen (Crédit : Musée mémorial de la Shoah des États-Unis, don de Deena K. Bernstein)

Cette lettre, écrite en yiddish vers 1941 par des survivants de la Shoah dans le camp de personnes déplacées de Bergen-Belsen, détaille leurs efforts pour améliorer la vie des Juifs dans ce camp. Ils y décrivent comment ils ont organisé des lieux de culte, un fonds spécial pour les mariées, des cuisines casher et des abattoirs.

La lettre poursuit en disant que beaucoup plus de travail est nécessaire et implore les survivants de se mettre au service de la communauté juive.

Elle a été fournie par une nièce de Philip Kahan, un soldat américain qui avait émigré de Roumanie dans les années 1930 et qui a perdu la plupart de sa famille dans la Shoah. On ne sait pas exactement comment Kahan a reçu la lettre, mais il l’a conservée dans son portefeuille jusqu’au jour de sa mort.

Ceux qui souhaitent partager des objets liés à la Shoah peuvent contacter le musée à l’adresse curator@ushmm.org ou au (202) 488-2649.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...