Le neurologue Oliver Sacks, épicurien et scientifique, est mort à 82 ans
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Le neurologue Oliver Sacks, épicurien et scientifique, est mort à 82 ans

Le célèbre écrivain et penseur, né à Londres dans une famille juive, succombe à la bataille contre le cancer après une vie passée à explorer les mystères de cerveau et les émotions scientifiques

Oliver Sacks donnant une conférence TED en 2009. (Crédit : CC BY Bill Holsinger-Robinson, Flickr)
Oliver Sacks donnant une conférence TED en 2009. (Crédit : CC BY Bill Holsinger-Robinson, Flickr)

Epicurien par excellence, Oliver Sacks, 82 ans, est décédé ce dimanche d’un mélanome oculaire arrivé au stade IV.

Son assistante personnelle de longue date, Kate Edgar, a annoncé au New York Times sa mort des suites d’un cancer.

A sa manière très personnelle, Sacks a écrit sa propre notice nécrologique dans un émouvant éditopublié en février dernier par le New York Times. Il y parlait de la vie et du chemin vers la mort à cause du cancer qui a finalement eu raison de lui.

Sacks s’était fait un nom en tant que neurologue, mais il était l’un de ceux qui a donné vie aux mystères du cerveau grâce à la narration d’histoires et de contes.

Cet auteur prolifique a écrit des publications et des livres innombrables, y compris son autobiographie de 1973 « Awakenings » qui a été adaptée en long métrage avec Robert De Niro et Robin Williams, « L’Homme qui prenait sa femme pour un chapeau », et ses mémoires « On the Move » publiées en 2015.

Scientifique en perpétuelle quête de frissons, le neurologue expérimentait sans cesse sur lui-même : à travers les drogues psychédéliques, la musculation, et les kilomètres d’autoroute passés sur sa moto. Il nageait plus d’un kilomètre par jour encore à 81 ans.

« Je suis un homme pourvu d’un caractère véhément, avec des enthousiasmes violents, et je fais preuve de démesure extrême dans toutes mes passions, » écrivait-il dans son édito du New York Times.

Sacks est né en 1933 dans le nord de Londres. Son père Samuel, un médecin, et sa mère Muriel Elsie Landau, l’une des premières chirurgiennes. Il avait trois frères et sœurs et sa famille élargie comprend le fondateur de l’Etat israélien Abba Eban, l’actuel leader de l’opposition israélienne, Isaac Herzog, et le mathématicien américano-israélien, lauréat du prix Nobel, Robert Aumann.

La mère de Sacks est morte dans l’Etat juif, et dans une vidéo virale, il affirmait : « J’ai un peu de ressentiment contre Israël ».

D’une timidité maladive, Sacks a été un jeune homme malchanceux en amour lorsqu’un camarade étudiant du Collège de la Reine a rejeté ses avances. Comme il le raconte dans un podcast Radiolab, la mère de Sacks, en apprenant l’homosexualité de son fils, a réagi avec horreur et Sacks a vécu une vie de célibat pendant des décennies.

Sacks a cependant fini par trouver l’amour, et à 77 ans, a commencé une relation amoureuse qui a duré jusqu’à la fin avec l’écrivain Bill Hayes, qui, comme la notice chronologique du New York Times de dimanche le rappelle : « signifiait renoncer aux habitudes solitaires de sa vie, aux décennies de repas qui se composaient principalement de céréales ou de sardines, mangés hors de la boîte, debout, en 30 secondes ».

Son édito de février pour le New York Times montrait bien que le scientifique avait peur de mourir. Athée convaincu, il y racontait aussi qu’il ressentait un profond sentiment de gratitude pour sa vie, pour le fait d’aimer et d’être aimé.

« Avant tout, je suis un être sensible, un animal pensant, sur cette belle planète, ce qui en soi a été un énorme privilège et une grande aventure, » a écrit Sacks.

Son dernier article pour le journal, publié le 14 août, portait sur le sentiment de réconfort dans le Shabbat, le jour du repos juif.

« Désormais, avec la faiblesse, le souffle court, mes muscles autrefois fermes mais désormais rongés par le cancer, je retrouve de plus en plus mes pensées, non pas sur le plan surnaturel ou spirituel, mais sur ce que l’on entend par vivre une existence bonne et agréable : la réalisation d’un sentiment de la paix avec soi-même, » écrit-il.

« Je vois mes pensées dériver vers le Shabbat, le jour de repos, le septième jour de la semaine, et peut-être le septième jour de la vie aussi, quand on peut sentir que son travail est achevé, et que l’on peut, en toute bonne conscience, se reposer ».

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