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Le parti arabe Hadash va élire une nouvelle direction, dans l’espoir de relancer la liste d’union

L'ex-député Yousef Jabareen devrait succéder à Ayman Odeh à la tête du parti lors du vote interne, samedi ; le parti se concentre désormais sur la région du Triangle minée par la criminalité, et envisage de s'implanter dans le Neguev

Les candidats en lice pour les prochaines primaires du parti Hadash, le 14 mai 2026. (Crédit : Hadash)
Les candidats en lice pour les prochaines primaires du parti Hadash, le 14 mai 2026. (Crédit : Hadash)

Le parti Hadash, à majorité arabe, tiendra samedi des primaires internes en vue de choisir son nouveau dirigeant, le premier vote de ce type depuis plus d’une décennie. Ce scrutin devrait apporter un nouveau souffle dans les rangs de la formation et contribuer à redynamiser les efforts visant à réunir les quatre principaux partis arabes du pays sous une même liste, à l’approche des élections.

Deux des trois députés en exercice du Hadash, parmi lesquels le président du parti Ayman Odeh, se retirent. Ils ouvrent ainsi la voie à une nouvelle direction dans un contexte où les partis arabes subissent une forte pression publique pour s’unir en vue du prochain scrutin. Le résultat des primaires devrait influencer à la fois les perspectives de rétablissement de la Liste arabe unie et l’approche qu’un tel bloc arabe unifié pourrait adopter pour soutenir les partis sionistes, actuellement dans l’opposition, dans leur tentative de détrôner le Premier ministre Benjamin Netanyahu et sa coalition d’extrême droite et ultra-orthodoxe.

Dans un communiqué annonçant les primaires, le parti Hadash a qualifié les prochaines élections, actuellement prévues pour la fin du mois d’octobre, de « lutte décisive contre le gouvernement Netanyahu-Ben Gvir-Smotrich et contre l’aggravation de la situation d’occupation, d’abandon, de racisme et de fascisme ».

Le scrutin de samedi, au cours duquel les cadres du parti choisiront les six premiers candidats de la liste du Hadash, marquera les premières primaires de la campagne électorale de 2026. Seuls quelques partis israéliens, dont le Likud de Netanyahu et Les Démocrates de Yair Golan, ont recours à des primaires pour sélectionner leurs listes de candidats à la Knesset.

Cette initiative intervient alors que les députés de l’opposition et de la coalition semblent prêts à dissoudre la Knesset, ce qui avancerait les élections de près de deux mois.

Les candidats à la liste Hadash avaient jusqu’à jeudi pour se présenter au vote du Conseil national du parti. Ce dernier, composé de 966 membres, se prononcera samedi dans la ville arabe de Deir Hanna, en Basse-Galilée.

Odeh, qui dirige le parti depuis 2015, avait fait savoir en mai 2023 qu’il resterait en fonction jusqu’à la fin de la législature actuelle de la Knesset, sans briguer toutefois un nouveau mandat. Il avait pris la tête de la liste commune lors de sa création en 2015, donnant un nouvel élan politique à la population arabe. Il avait toutefois peiné à maintenir la cohésion des quatre partis de l’alliance au cours des années suivantes.

Ayman Odeh, député et président du parti Hadash, à la Knesset, le 9 mars 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Yousef Jabareen, ancien député qui a siégé à la Knesset de 2015 à 2021, à l’époque où Hadash faisait partie de la liste arabe unie, est largement considéré comme le favori à sa succession.

Il doit affronter l’ancien adjoint au maire de Nof HaGalil, le Dr Shukry Awouda, pour la tête du parti. Mais des sources au sein de Hadash ont confié mercredi au Times of Israel qu’il y avait « un consensus clair sur le fait que c’est Jabareen qui dirigera le parti ».

Jabareen, juriste et militant de longue date du Hadash, est originaire de la ville arabe d’Umm al-Fahm, dans la région dite du Triangle, au sud de la Basse Galilée, dans laquelle se concentrent des villes et villages arabes densément peuplés, dont les habitants réclament de plus en plus à être davantage représentés au sein du parti.

Son accession attendue à la direction de Hadash marquerait un tournant géographique et politique pour ce parti de gauche dominé depuis des années par des personnalités venues du nord et de centres urbains côtiers comme Tel Aviv et Haïfa, cette dernière ville étant également le lieu de résidence du président sortant, Odeh.

Ces dernières années, des militants de la région du Triangle ont fait valoir que cette zone, qui abrite environ 250 000 des quelque 2 millions d’Arabes israéliens et qui est fortement affectée par la vague de crimes violents qui frappe la société arabe, n’était pas suffisamment représentée au sein de la direction du parti. L’élection de Jabareen devrait renforcer l’activité et la participation aux élections nationales dans cette région clé.

Les députés Ahmad Tibi et Yousef Jabareen à la Knesset, le 19 novembre 2019. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

L’ascension de Jabareen s’inscrit dans le cadre d’un vaste remaniement en cours au sein du parti communiste Hadash, alors que deux des trois députés actuels de ce parti, qui s’était allié au parti laïc Taal à l’occasion du dernier scrutin en 2022, s’apprêtent à quitter la scène parlementaire.

Outre Odeh, la numéro deux du Hadash, la députée Aida Touma-Sliman, s’apprête à quitter ses fonctions après 11 ans passés à la Knesset. Parmi les candidats en lice pour son siège figurent le militant des droits de l’homme Jafar Farah, qui dirige l’organisation de défense des droits Mossawa, Nasreen Morqos et l’ancien maire de Kafr Yasif, Shadi Shweiri.

Contrairement à d’autres primaires, qui classent les candidats en fonction de leur popularité, les membres du Hadash se présentent chacun pour un siège spécifique uniquement. La primaire se composera donc de six scrutins distincts.

Des membres du parti Hadash lors d’une manifestation devant la succursale de l’ambassade des États-Unis à Tel-Aviv, le 25 juin 2019. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Le député Ofer Cassif devra faire face à la concurrence de la militante du parti Noa Levy pour la troisième place sur la liste, qui est traditionnellement réservée à un candidat juif.

Parmi les candidats en lice pour la quatrième place, l’ancien député Youssef Atauna, considéré comme le favori, et l’ancien maire d’Arraba, Omar Wahad Nasser.

Politicien bédouin originaire du Neguev, Atauna avait siégé à la Knesset de 2017 à 2025, avant de démissionner dans le cadre d’un accord de rotation entre Hadash et Taal, qui s’étaient présentés ensemble aux élections de 2022.

Son retour attendu à la Knesset, ainsi que l’ascension prévue de Yousef Jabareen, issu de la région du Triangle, témoignent des efforts déployés par Hadash pour élargir son audience au-delà de ses bases traditionnelles et pour rivaliser avec la Liste arabe unifiée (Raam) islamiste de Mansour Abbas auprès des électeurs bédouins du Neguev.

Un catalyseur pour relancer des négociations de réunification au point mort

Ce remaniement à la tête du parti intervient également alors que le Hadash tente depuis des mois de sortir de l’impasse dans laquelle se trouvent les négociations qui visent à relancer la liste commune et à optimiser le pouvoir politique de la communauté arabe. Les responsables du parti espèrent que les primaires insuffleront un nouvel élan à ces négociations, qui sont actuellement au point mort.

Historiquement, Hadash, la plus grande et la plus influente des factions arabes, milite depuis longtemps pour le retour d’une liste commune des partis arabes. Malgré des divergences idéologiques marquées, cette alliance avait toujours su mobiliser les électeurs arabes et donner à la communauté une influence politique sans précédent. À son apogée, en 2020, elle avait remporté 15 sièges sur 120 à la Knesset, devenant ainsi le troisième parti du pays.

Les dirigeants des partis arabes célébrant la signature d’un accord visant à rétablir la Liste arabe unie, à Sakhnin, le 22 janvier 2026. (Crédit : Hadash-Taal)

Ce bloc s’était fissuré en 2021 sur fond de luttes internes, lorsque le Raam d’Abbas avait fait sécession pour rejoindre l’éphémère coalition dirigée par Naftali Bennett et Yair Lapid, qui avait chassé Netanyahu du pouvoir. La liste commune s’était effondrée l’année suivante, le parti nationaliste Balad ayant décidé de se présenter seul, une stratégie qui avait finalement été vouée à l’échec.

Alors que les Arabes israéliens réclament des ressources au gouvernement pour pouvoir lutter contre une vague sans précédent de crimes meurtriers qui ravage leurs communautés, les pressions populaires se sont intensifées en faveur d’une nouvelle liste d’union.

Au mois de janvier, Hadash, Raam, Taal et Balad ont signé un accord qui les engageait à œuvrer en vue d’une liste commune – mais les négociations n’ont guère progressé depuis.

Une source proche de la faction Hadash a confié au Times of Israel que l’une des raisons pour lesquelles Jabareen était largement favori dans la course à la direction du parti était la conviction qu’il pourrait contribuer à faire avancer les discussions.

L’homme est « très respecté » au sein de Hadash et il bénéficie du même respect auprès des chefs des autres formations arabes israéliennes, y compris du côté de Raam, a noté la source, qui a ajouté que « l’apport d’un sang neuf » pouvait aider à apaiser les tensions de longue date qui ont compliqué les relations entre les factions.

Jabareen est lui-même impliqué dans les efforts d’unification depuis des mois. Il avait rejoint les leaders des autres partis arabes, au mois de juillet dernier, quand ces derniers avaient annoncé, pour la toute première fois, qu’ils envisageaient officiellement la possibilité de relancer le bloc. Selon une source bien informée, Jabareen « s’entretient fréquemment avec tous les autres dirigeants de partis » et « il sait comment rassembler tout le monde ».

Raam et les autres

Les sondages ont systématiquement montré qu’une Liste réunifiée obtiendrait des résultats nettement supérieurs à ceux des partis arabes s’ils devaient se présenter séparément. Des sondages – avec notamment les enquêtes d’opinion qui ont été effectuées par Zman Yisrael, le site en hébreu du Times of Israel – laissent croire qu’une liste unifiée remporterait environ 12 à 15 sièges (ce qui en ferait probablement le troisième ou quatrième bloc le plus important à la Knesset) contre une dizaine de sièges seulement si tous se présentaient séparément, l’une des formations au moins échouant à entrer à la Knesset.

Selon des sources proches du Hadash et du Raam, le principal point d’achoppement dans les négociations reste l’insistance d’Abbas en faveur d’une union qui ne survivrait pas au lendemain du scrutin. Ce qui permettrait au parti islamiste de se dissocier facilement après les élections, et de briguer de son côté une place au sein d’une coalition gouvernementale.

Les dirigeants des partis arabes lors d’une conférence de presse à Jaffa, parmi lesquels l’ancien député du Hadash Yousef Jabareen (à gauche), le député du Hadash-Taal Ahmad Tibi (2e à partir de la gauche), le député du Raam Mansour Abbas (2e à partir de la droite) et le dirigeant du Balad Sami Abu Shehadeh (à droite), le 27 juillet 2025. (Capture d’écran : Yanal Jabarin via X)

Balad, Taal et Hadash sont tous opposés à la perspective d’une participation officielle au gouvernement, mais Hadash et Taal sont ouverts à l’éventualité de le soutenir tacitement sans y être. Raam, quant à lui, dit envisager de prendre part à quasiment toute coalition lui permettant d’obtenir un siège au gouvernement, et insiste pour conserver cette option.

Même si la plupart des grands partis sionistes ont déclaré qu’ils refuseraient d’exercer le pouvoir avec un parti arabe au sein d’une coalition, tous les sondages montrent que ni le bloc dirigé par Netanyahu, ni une alliance présumée des partis sionistes qui s’opposent à lui — avec notamment l’ancienne liste « Ensemble » de l’ex-Premier ministre Naftali Bennett et du chef de l’opposition Yair Lapid, le parti Yisrael Beytenu d’Avigdor Liberman, HaDemocratim de Yair Golan et le parti Yashar de Gadi Eisenkot — ne serait en mesure de former un gouvernement sans le soutien de Raam.

Cette photographie du 10 septembre 2019, montre une affiche électorale israélienne du candidat de la Liste arabe unie Youssef Atauna, avec un slogan en arabe où l’on peut lire « plus de participation, plus d’effet », dans la ville bédouine du sud à Rahat. (Hazem Bader/AFP)

Selon une source proche du Hadash, les autres partis sont contre le principe d’un accord temporaire – connu sous le nom d’« alliance technique » – de crainte que le Raam ne s’allie in fine à une coalition dirigée par Netanyahu avec Bezalel Smotrich et Itamar Ben Gvir, que les partis arabes veulent renverser.

Abbas a officiellement nié les rumeurs qui laissaient entendre qu’il se serait coordonné avec Netanyahu. Ce mardi, lors d’une conférence à l’université de Tel Aviv, Abbas a déclaré que Raam n’avait eu « aucun contact avec le Likud ou avec Netanyahu » avant de conclure : « Nous voulons remplacer ce gouvernement ».

Dans le même temps, cependant, Raam aurait exigé que tout accord en vue de la définition d’une liste commune inclue des garanties selon lesquelles les autres partis arabes ne chercheraient pas à saper ou à renverser une coalition à laquelle le parti islamiste choisirait de se joindre, une condition que les autres factions ont jusqu’alors refusé d’accepter, selon une source proche des négociations.

Lors de cette même conférence, Abbas a déclaré que Raam était prêt à rejoindre une « liste commune, technique et pluraliste », mais qu’il n’accepterait pas « qu’une formation fasse partie de la coalition alors que d’autres partis arabes négocieraient en coulisse le renversement du gouvernement ».

Mansour Abbas, président du Raam, à l’université de Tel Aviv, le 12 mai 2026. (Crédit : Israel Hadari)

Si les autres partis arabes se montrent déjà méfiants à l’égard d’une alliance technique temporaire qui serait défaite immédiatement après les élections, ils le sont encore plus à l’idée de tout accord susceptible d’entraver leur capacité à s’opposer à un futur gouvernement, surtout s’il compte des membres de l’actuelle coalition.

Ce différend met en évidence les calculs politiques fondamentalement différents qui sous-tendent les négociations, ainsi que les motivations manifestement inégales des partis en faveur d’une réunification.

Raam demeure un parti indépendant et fort et la plupart des sondages le créditent de six sièges à lui seul, ce qui pourrait positionner Abbas comme un faiseur de rois lors de ces manœuvres post-électorales. En revanche, Hadash et Taal ne devraient remporter ensemble que quatre à six sièges, tandis que Balad se situe dans les sondages bien en deça du seuil électoral.

Selon des sources proches du Hadash, si Raam devait se présenter seul, les trois autres partis s’uniront, ce qui pourrait leur permettre de remporter près de sept sièges dans le cadre d’une liste unique.

Dans le même temps, le soutien massif de la population arabe en faveur de la renaissance de la Liste commune a accru la pression sur Raam pour qu’il fasse des compromis et pour qu’il se rallie à cette cause.

A défaut, cela ferait courir des risques politiques au parti si les électeurs le tenaient responsable de l’échec de la Liste commune et de la perte de chance politique des électeurs arabes.

Un retour de bâton dans les urnes pourrait compromettre à la fois ses ambitions de coalition et sa capacité à exercer un pouvoir réel.

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