Le pétrole, cette matière première si difficile à laisser sous terre
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Le pétrole, cette matière première si difficile à laisser sous terre

La demande mondiale est en chute libre mais l'arrêt de la production "coûte cher car certains travaux d'entretien courants demeurent indispensables"

Barils de pétrole. Illustration (Crédit : wikipédia)
Barils de pétrole. Illustration (Crédit : wikipédia)

L’industrie pétrolière continue de pomper au mépris du cours de l’or noir et d’une demande mondiale en chute libre, se heurtant à des obstacles financiers et techniques, dans un contexte de vives luttes commerciales.

L’arrêt de la production « coûte cher car certains travaux d’entretien courants demeurent indispensables » pendant la période de fermeture, explique à l’AFP Chris Midgley, de S&P Global Platts.

« Il vaut mieux essayer de ralentir l’activité », estime auprès de l’AFP le PDG d’une société pétrolière nigériane sous couvert de l’anonymat. « L’arrêt doit se faire en dernier recours car il est également très coûteux de redémarrer la production. »

L’or noir, issu par exemple des sables bitumineux du Canada, qui nécessite une étape de chauffage, peut même être perdu lorsque le site s’arrête et refroidit, selon Raphaela Hein, analyste de JBC Energy.

Les champs russes situés dans des zones où le forage n’est possible que pendant l’hiver connaissent des contraintes similaires, d’après l’analyste indépendant Peter Zeihan. « En cas de fermeture, les puits gèlent et leur réouverture nécessite un nouveau forage », explique-t-il dans une note.

L’arrêt d’un puits russe « est beaucoup plus complexe (et coûteux) sur le plan technique qu’en Arabie saoudite », confirme Louise Dickson, de Rystad Energy.

Un puits de pétrole. (Crédit : Wikimedia Commons)

Bjarne Schieldrop, analyste de SEB, cite également le cas norvégien, où il est fréquent que plusieurs exploitants opèrent sur un même site d’extraction. Sans l’accord de tous, une coupure n’est pas envisageable.

« Personne ne veut fermer »

C’est un cercle vicieux : aucun producteur ne veut être le premier à fermer le robinet pour tenter de sauver des parts de marchés. Les cuves de stockage se remplissent au point de déborder, et aggravent la crise de l’ensemble de la filière.

Aux Etats-Unis, premier producteur mondial, « personne ne veut fermer » affirme Bart Melek, analyste de TD Securities, « même s’il est presque certain que tout le monde perd de l’argent » aux prix actuels, très bas.

« Cela coûte cher aux compagnies pétrolières. Elles réduisent les dividendes et les dépenses d’investissement se sont effondrées », ajoute M. Melek. Mais ces coupes sombres concernent les projets de production future, et le forage des champs en exploitation continue.

« Certains facteurs réglementaires peuvent aussi jouer un rôle aux États-Unis, où les opérateurs risquent de perdre leur bail lorsqu’ils cessent de produire », renchérit Mme Heim, interrogée par l’AFP, « ce qui conduit des Etats comme l’Oklahoma à abroger temporairement cette réglementation ».

Dans l’Etat voisin du Texas, le débat fait rage au sein de l’organe de régulation du pétrole sur de possibles quotas de production qui, d’un côté soutiendraient les petits producteurs étouffés financièrement, mais de l’autre entraveraient la libre concurrence tout en se heurtant à des obstacles légaux.

L’Agence d’information sur l’énergie, qui publie les chiffres de la production américaine chaque semaine, témoigne toutefois d’une amorce de baisse depuis un pic historique mi-mars.

Une raffinerie de pétrole. (Crédit : Pixabay)

Faire le dos rond

Le manque de clients et l’impossibilité de stocker le brut « pèseront davantage sur la production que des contraintes purement financières », estime M. Midgley.

D’ici là, les producteurs se rassurent tant bien que mal avec la perspective d’une reprise de l’activité économique, sensible en Asie mais encore fantasmée en Europe et en Amérique du Nord, deux continents mis sous cloche par des mesures drastiques de confinement.

Les politiques volontaires et exceptionnelles des principales banques centrales, qui injectent des milliers de milliards de dollars, seront à même de doper un retour de la demande encore plus soutenue.

Les prix des contrats à terme des barils de Brent et de WTI – les deux références du brut dans le monde – plus élevés à mesure que leurs échéances s’éloignent dans le temps, incitent l’industrie à faire le dos rond.

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