Le plan d’amélioration de l’efficacité de l’armée n’est pas si efficace, selon le médiateur militaire
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Le plan d’amélioration de l’efficacité de l’armée n’est pas si efficace, selon le médiateur militaire

Un rapport cite une pénurie importante de médecins et de psychiatres, des unités dont des postes restent non pourvus pendant des mois, des officiers assurant trois emplois simultanément

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Photo d'illustration d'un soldat de la force de réserve israélienne dans le désert du Negev, dans le sud d'Israël (Crédit : Matanya Tausig/Flash90)
Photo d'illustration d'un soldat de la force de réserve israélienne dans le désert du Negev, dans le sud d'Israël (Crédit : Matanya Tausig/Flash90)

Un rapport qui a été rendu public lundi par le médiateur militaire révèle que le programme phare sur cinq ans qui a été mis en oeuvre par l’armée pour rationaliser l’institution géante l’a rendue, dans certains cas, moins efficace.

Au cours des dix-huit derniers mois, l’armée a déployé le « plan Gédéon » qui a supprimé des milliers de postes, dissous certaines unités, en a formé d’autres et, d’une manière générale, a obligé les militaires a faire plus avec moins – mais tout ne s’est pas passé comme prévu dans de nombreux cas, laissant des commandants sans expérience ou démoralisés prendre la charge des unités.

Le major-général réserviste Yitzhak Brick, médiateur de l’armée israélienne depuis 2008, estime ainsi dans son rapport annuel que, dans certaines unités, il faut attendre des mois pour qu’un poste soit pourvu, que chaque médecin a la responsabilité de 1 000 soldats, un chiffre qui atteint les 2 000 soldats pour chaque psychiatre. De plus, Brick indique que les mesures visant à réduire les coûts adoptés au sein de l’armée ont créé une baisse de moral chez les jeunes officiers et les officiers non-commissionnés.

Le médiateur établit qu’en résultat du « Plan Gédéon » de rationalisation, il y a des failles substantielles au sein des unités de « soutien au combat » qui fournissent l’appui logistique nécessaire aux unités de combat, assurant la conduite des camions, la cuisine à l’attention des soldats, le contrôle des munitions, l’entretien des équipements de communication, etc…

« En raison de la baisse de la main-d’oeuvre et de la dissolution des postes d’officiers de carrière, c’est un seul officier qui fait le travail qui aurait été géré dans le passé par deux ou trois personnes », dit-il.

Le Plan Gédéon, qui avait été annoncé fin 2015, a réduit le nombre d’officiers de carrière à moins de 40 000. « L’idée est de créer une armée plus jeune », avait expliqué un officier de l’armée israélienne à ce moment-là. « Une armée plus légère, mais plus forte, plus concentrée, mieux formée ».

Le médiateur de l'armée israélienne Yitzhak Brick, à droite, donne au parlementaire Avi Dichter une copie de son rapport annuel le 28 mai 2017 (ministère de la Défense)
Le médiateur de l’armée israélienne Yitzhak Brick, à droite, donne au parlementaire Avi Dichter une copie de son rapport annuel le 28 mai 2017 (ministère de la Défense)

Chaque année, le médiateur écrit un rapport sur la base des plaintes reçues tout au long de l’année précédente. Dimanche, Brick a rendu public le rapport pour 2016 établi à partir de 6 758 plaintes écrites – ce qui représente une légère hausse par rapport en 2015 où il en avait reçu 6 371. Sur les plaintes enregistrées par Brick, la majorité – 58 % – se sont avérées justifiées et de bonne foi.

La majorité de ces plaintes concernaient soit des problèmes liés à la médecine militaire – généralement des traitements médiocres – ou des questions relatives à la relation entre le commandement et les soldats. Le rapport de Brick n’indique pas le type d’incidents spécifiques significativement en hausse au sein de l’armée.

Les plaintes adressées au médiateur faisant état d’un moral bas et de traitements médicaux médiocres semblent toutefois être un problème en croissance et dont l’armée israélienne a d’ores et déjà pris conscience.

De ses conversations avec des officiers commissionnés ou non, Brick indique avoir noté un grave manque de motivation parmi les jeunes commandants, en raison d’une paie faible, de périodes prolongées d’absence loin des familles – à un moment où un grand nombre d’entre eux commencent tout juste à se marier ou à avoir des enfants – et d’un sentiment d’insécurité dans leur travail à cause du nombre de plus en plus limité de postes disponibles via le « Plan Gédéon ».

Des soldats israéliens regardent à l'horizon - bande de Gaza (Crédit : Flash 90)
Des soldats israéliens regardent à l’horizon – bande de Gaza (Crédit : Flash 90)

En plus d’un sentiment de « frustration » et d’un moral bas parmi les jeunes commandants, Brick a également découvert que ces « militaires plus jeunes » manquent également d’expérience.

Alors que les officiers non-commissionnés quittent l’armée, certains de leurs postes sont occupés par de jeunes soldats effectuant leur service obligatoire.

« Les soldats accomplissant leur service militaire obligatoire au poste de [sergent de compagnie], aussi bons soient-ils, ne peuvent remplacer l’ancienneté et l’expérience », remarque-t-il.

Brick trouve de multiples exemples d’unités laissés sans les officiers – commissionnés ou non – nécessaires, comme celles qui sont responsables de l’entretien des munitions et des équipements de communication.

En réponse au rapport de Brick, l’armée a fait savoir qu’elle travaillait à s’attaquer à certaines des inquiétudes exprimées par les officiers non-commissionnés ou trop jeunes, en particulier les plaintes relatives aux salaires.

« Dans le cadre du « Plan Gédéon » et avec le désir de conserver des personnes appropriées et de haute qualité aux postes de carrière, un accord a été signé entre l’armée, le ministère de la Défense et le ministère des Finances pour améliorer la paie des nouveaux militaires de carrière », a fait savoir l’armée dans un communiqué.

Par exemple, les militaires ont décidé d’augmenter le salaire des officiers non commissionnés qui passera de 5 500 shekels (1 500 dollars par mois) à 7 500 shekels (2 000 dollars mensuels), a fait savoir l’armée.

Selon Brick, il y a également des pénuries significatives dans le nombre de médecins, de psychiatres, d’infirmiers et des personnels médicaux nécessaires au sein de l’armée et dans le nombre de professionnels de la médecine qui y travaillent actuellement.

(Dans son rapport paru au début du mois, le contrôleur de l’Etat Yosef Shapira avait fait la même observation, constatant de graves défaillances dans le réseau de santé militaire, notamment dans ses programmes psychiatriques).

Deux médecins militaires israéliens réalisent une "chirurgie" pendant un exercice d'hôpital de campagne à Beit Naballah, dans le centre d'Israël, le 9 décembre 2013. (Crédit : unité des porte-paroles de l'armée israélienne)
Deux médecins militaires israéliens réalisent une « chirurgie » pendant un exercice d’hôpital de campagne à Beit Naballah, dans le centre d’Israël, le 9 décembre 2013. (Crédit : unité des porte-paroles de l’armée israélienne)

« Par exemple, il y a eu un médecin pour soigner approximativement 1 200 soldats dans la formation au combat. Et un professionnel de la santé mentale, sur l’une des bases, avait la responsabilité de 2 300 militaires », note Brick dans son rapport.

Concernant le manque de professionnels en psychiatrie, il faut noter que la majorité des soldats décédés au sein de l’armée en 2016 se sont suicidés.

L’armée a répondu au rapport du médiateur, disant qu’elle est consciente du problème et qu’elle oeuvre à trouver un plan pour le gérer – de manière plus spécifique, elle veut réduire le temps d’attente pour les soldats désireux de voir un médecin en augmentant le nombre de ses employés de ses centres d’appel de 110 %.

En termes de problèmes psychiatriques, l’armée indique qu’elle répond aux exigences telles qu’elles ont été définies. « Le temps d’attente pour voir un professionnel de la santé mentale dans une unité d’entraînement ne dépasse pas les deux semaines et, dans certains cas spécifiques, on fait même venir ce professionnel sur place, » fait savoir l’armée dans un communiqué.

Sur les plaintes enregistrées par le médiateur, presque 40% sont relatives à de mauvais traitements envers un soldat de la part de son officier, homme ou femme, notamment des cas de racisme, de sexisme et d’homophobie, ainsi que des maltraitances générales.

L’un des exemples les plus dramatiques fournis par Brick implique le refus d’un officier de laisser voir un psychiatre à un soldat. Lorsque le soldat avait menacé de s’auto-mutiler avec un couteau, l’officier lui avait répondu : « Coupe, coupe, si tu es un homme ».

Brick note que le gradé a été sanctionné pour son traitement du soldat.

Dans un autre cas, les commandants d’un entraînement ont « outé » un militaire de l’unité, révélant son homosexualité au reste des soldats en montrant une vidéo de deux hommes en train de s’embrasser avec « l’insinuation manifeste de sa préférence sexuelle », écrit Brick.

« Cela a été fait sans la permission du soldat et sans qu’il le sache et, pire encore, la vidéo a été montrée à tous les soldats de la section. Et à cause de cela, depuis, le soldat ne cesse de garder la tête basse, envahi par la honte et l’embarras », explique le médiateur.

L’armée indique que tout commandant est tenu de se comporter avec professionnalisme vis-à-vis de ses soldats et que tout incident est « examiné, contrôlé et sanctionné avec la plus grande sévérité ».

Dans un communiqué, l’armée annonce que le chef d’état-major Gadi Eizenkot a nommé son adjoint, Aviv Kochavi, pour s’attaquer aux problèmes soulevés dans le rapport de Brick.

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