Le procureur enquêtera sur les interrogatoires par le Shin Bet à Ben Gurion
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Le procureur enquêtera sur les interrogatoires par le Shin Bet à Ben Gurion

Reza Aslan, un auteur irano-américain a raconté avoir été menacé par des agents de "ne plus voir ses enfants pendant un bon moment" à son arrivée en Israël

Le procureur général Avichai Mandelblit assiste à une conférence à l'Institut Van Leer de Jérusalem le 2 juillet 2018. (Yonatan Sindel/Flash90)
Le procureur général Avichai Mandelblit assiste à une conférence à l'Institut Van Leer de Jérusalem le 2 juillet 2018. (Yonatan Sindel/Flash90)

Le bureau du procureur général va enquêter sur la détention et l’interrogatoire de plusieurs Israéliens et ressortissants étrangers par les services de sécurité du Shin Bet à leur entrée en Israël, a indiqué le quotidien Haaretz mardi, sur fond de rapports sur ces pratiques douteuses à l’aéroport.

Lundi après-midi, ce sujet a de nouveau fait les gros titres après qu’un journaliste juif américain et virulent détracteur du gouvernement israélien Peter Beinart a annoncé avoir été arrêté à son arrivée dans le pays, à l’occasion de la bat-mitzva de sa nièce. Il a dit avoir été interrogé sur ses prises de position politiques.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait – immédiatement dans un communiqué -condamné la détention de Beinart, assurant qu’il s’agissait d’une « erreur », et plusieurs organisations de la gauche israélienne ont appelé à l’ouverture d’une enquête sur cette nouvelle politique visant les juifs américains libéraux.

Beinart a rejeté les excuses de Netanyahu, affirmant que les Palestiniens endurent « bien pire » au quotidien.

Selon Haaretz, le bureau de la vice-procureure Dina Zilber a indiqué, dans un courrier, qu’il se penchera sur ces incidents et demandera des explications au Shin Bet.

Le bureau du Zilber répondait à une demande de clarifications de la part de l’ONG Association for Civil Rights in Israel.

Contrôle des passeports à l’aéroport international Ben Gurion en Israël, le 21 septembre 2008. Illustration. (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)

Mardi également, un auteur irano-américain a dit avoir été interrogé et menacé par le Shin Bet il y a deux semaines en entrant en Israël depuis la Jordanie avec sa famille.

Dans une série de tweets, Reza Aslan a comparé l’interrogatoire à ceux des « États policiers » et a décidé de partager son expérience après les révélations de Beinart sur son propre interrogatoire.

Reza Aslan, écrivain irano-américain. (Crédit : Facebook)

« Nous pouvons faire en sorte que vous ne voyiez pas vos enfants pour un bon moment », a raconté Aslan, relayant les propos tenus par un interrogateur du Shin Bet.

Il a raconté qu’il lui a été demandé d’expliquer pourquoi il détestait Israël. Quand il a répondu que ce n’était pas le cas, l’interrogateur a répliqué : « mais vous détestez notre Premier ministre ».

Aslan a dit avoir répondu : « je suis désolé, votre Premier ministre est Israël ? »

Il a ensuite été accusé de s’opposer au droit d’Israël à exister, et Aslan à répondu par la négative. »Je suis contre l’occupation, pas contre Israël ».

Aslan a dit avoir été sommé par une interrogatrice du Shin Bet de lister, par écrit, les noms des Palestiniens, des journalistes et des organisations avec lesquelles il travaille.

« Finalement, après plusieurs heures, elle a averti : ‘je vais vous laisser entrer en Israël, mais qui sait, je pourrais ne pas vous laisser sortir. Je vais vous garder et renvoyer votre famille. Cela dépend de vous. Vos enfants vous manqueraient, n’est-ce pas ?’. Cela, mes amis, c’est typique des Etats policiers. L’Iran est expert en la matière », a écrit Aslan.

Beinart est le dernier militant juif américain à avoir été interrogé à son arrivée en Israël.

Simone Zimmmerman, cofondatrice du groupe progressiste juif IfNotNow ; Abby Kirschbaum, qui travaille pour une société de tourisme israélo-palestinienne et l’écrivaine Moriel Rothman-Zecher, ont récemment été arrêtés et interrogés sur leur activisme.

Au début du mois de juillet, l’activiste pro-boycott Ariel Gold s’est vu interdire l’entrée en Israël.

En mars 2017, le Parlement israélien a voté une loi interdisant l’entrée en Israël des partisans du mouvement « BDS » (Boycott, Désinvestissement et Sanctions contre Israël).

« Maintenant, il semblerait que la Knesset veuille que je choisisse », a écrit Beinart dans une chronique en 2017, au sujet de cette loi. « Soit j’arrête de me rendre en Israël, soit j’arrête de m’opposer à l’occupation. De quelque manière que ce soit, c’est ce que le Premier ministre Benjamin Netanyahu propose aux Juifs américains depuis près d’une décennie. Adhérez à Israël au mépris de vos principes, ou adhérez à vos principes au détriment d’Israël. »

L’ancien chef de l’opposition et désormais président de l’Agence Juive Isaac Herzog a déclaré qu’il avait demandé à la Knesset d’enquêter sur ces méthodes depuis le mois de mai. « Malheureusement, les dégâts à la réputation d’Israël et des protestations inutiles parmi les Juifs de diaspora ont été causés pour rien », a-t-il-dit.

Peter Beinart (Crédit : CC BY-ND Center for American Progress Action Fund, Flickr)

Beinart, virulent détracteur de la politique israélienne, a dit être arrivé en Israël dimanche avec son épouse et leurs deux enfants pour assister à la bat-mitzva de sa nièce. Les agents de sécurité à l’aéroport l’ont pris pour des vérification poussées.

Il a été emmené pour être interrogé, et un responsable lui a demandé à maintes reprises s’il était impliqué dans des organisations qui encourageaient la violence, promeuvent l’anarchie ou menacent la démocratie israélienne.

L’interrogateur a également évoqué une manifestation pro-palestinienne à laquelle Beinart a pris part à Hébron lors de son dernier séjour en Israël, selon son article.

Mais Beinart, défenseur du boycott des implantations, a dit ne pas avoir été interrogé sur ce sujet, et aucun cadre juridique n’a été proposé pour son interrogatoire.

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