Le quartier historique Talbieh à Jérusalem au centre du festival d’art Manofim
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Le quartier historique Talbieh à Jérusalem au centre du festival d’art Manofim

Elégant et cossu, le quartier sert de tremplin à l'examen des migrations et des transitions dans le cadre du festival annuel, ainsi que de l'art et de la musique autour de la ville

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

L'une des sculptures en métal rouillé d'Aya Ben Ron représentant les blessures subies pendant la guerre et les conflits, accrochée aux murs du bâtiment Polonsky de l'Institut Van Leer à Jérusalem pour Manofim 2018 (Avec l'aimable autorisation de Manofim)
L'une des sculptures en métal rouillé d'Aya Ben Ron représentant les blessures subies pendant la guerre et les conflits, accrochée aux murs du bâtiment Polonsky de l'Institut Van Leer à Jérusalem pour Manofim 2018 (Avec l'aimable autorisation de Manofim)

Manofim, un festival d’art de Jérusalem qui se prépare à lancer son dixième événement annuel, se penche cette année sur Talbieh, un quartier historique de Jérusalem avec d’élégantes villas, des établissements et des avenues qui étaient autrefois la demeure de riches familles chrétiennes arabes.

Ne se limitant plus aux garages de mécaniciens et aux lofts d’artistes du quartier de Talpiot où il a d’abord fait ses premiers pas, le festival s’est déjà étendu à Jérusalem-Est et au-delà, afin de montrer toute la richesse du paysage artistique.

Le festival, qui débute ce 23 octobre, se penchera sur les différents récits historiques qui décrivent la population de Talbieh, y compris les Juifs européens qui sont venus vivre dans les maisons abandonnées par les résidents arabes après la guerre d’indépendance de 1948. Le quartier a gardé son nom arabe, malgré les tentatives de le renommer en hébreu Komemiyut.

« Il s’est passé tant de choses ici », a déclaré Rinat Edelstein, qui, avec Lee He Shulov, a fondé et dirige aujourd’hui Manofim.

« Ce n’est pas du tout politique », a affirmé Shulov. « C’est juste la réalité. »

Rinat Edelstein (à gauche) et Lee He Shulov, les fondatrices et directeurs de Manofim, le festival d’art de Jérusalem qui fête ses dix ans et qui ouvrira ses portes le 23 octobre 2018 (Avec l’aimable autorisation de Manofim)

Nous étions à l’Institut Van Leer, un centre de recherche renommé à Talbieh dédié à l’étude et à la discussion des questions liées à la philosophie, la société, la culture et l’éducation.

Le campus Van Leer, composé de longs et gracieux bâtiments bas camouflés par des arbustes et des arbres, est situé sur la rue du Président, du nom de la résidence du Président – qui a pour locataire actuel Reuven Rivlin, le 10e président israélien – située juste à côté.

Van Leer abrite actuellement plusieurs expositions et installations pour Manofim, telles que des étagères de bibliothèque dans le bâtiment principal temporairement créées par Etti Abergel, qui réinterprète les bibliothèques privées des habitants du quartier. Les étagères sont enduites de plâtre et garnies de divers objets hétéroclites, ce qui témoigne du vécu des habitants du quartier.

Il y a une autre installation en bas, « Kushmantush » de Ron Asulin. L’artiste se sert de l’argot des années 1950 « rechush natush », (propriété abandonnée), pour évoquer la vie de sa famille à Jaffa. Ses grands-parents immigrants marocains ont reçu les clés d’une maison arabe abandonnée, où son grand-père a trouvé un tonneau enterré dans le sol rempli de linge de lit brodé et autres objets précieux qui ont été finalement utilisés dans sa maison.

Asulin a traduit cette expérience par une installation d’arbres métalliques déracinés du sol, accompagnée d’une vidéo d’un laboratoire de l’Université de Tel Aviv qui développe des systèmes racinaires hors-sol, pour représenter le déracinement de la société palestinienne.

La représentation du déracinement de Ron Asulin pour Manofim 2018, décrivant l’histoire de sa famille dans une maison arabe abandonnée à Jaffa (Avec l’aimable autorisation de Manofim)

Dans le bâtiment Polonsky voisin, également sur le campus Van Leer, l’artiste Nardeen Srouji a créé « Column », une colonne blanche identique aux autres colonnes qui se trouvent dans le vaste hall de réception mais dont il manque la partie centrale, symbole du processus, affirme-t-il, que la société israélienne exerce sur la société palestinienne.

 » Il est question du manque d’appartenance », explique Shulov. « Il s’agit aussi en grande partie du conflit entre Israéliens et Palestiniens », a-t-elle ajouté, faisant référence aux citoyens arabes d’Israël. « Ils doivent être les deux, comme s’ils avaient le choix. »

La « Colonne » de Nardeen Srouji, sa pièce manquante représentant un aspect de l’expérience palestinienne (Avec l’aimable autorisation de Manofim)

Les murs blancs et vierges de l’édifice Polonsky sont la toile de fond parfaite pour les sculptures en acier rouillé d’Aya Ben Ron, illustrant des images tirées du manuel de premiers secours de l’armée israélienne.

Les représentations démembrées et défigurées, esquissées dans l’acier rouillé, illustrent les séquelles d’un soldat blessé et remettent en question le bien fondé de la guerre.

Edelstein et Shulov n’ont pas confiné la partie Talbieh de Manofim au seul site de Van Leer, mais amènent des visiteurs dans plusieurs maisons privées ainsi qu’au Musée des arts islamiques et à la Maison Hansen, situés à proximité, dans le cadre de « Properties », qui est l’exposition principale du festival.

En plus de Talbieh se trouvent les expositions dans les ateliers d’artistes, les galeries et les espaces alternatifs à travers la ville, avec une liste complète des artistes et des lieux sur le site de Manofim.

Une des sculptures en acier rouillé d’Aya Ben Ron à Manofim 2018 (Avec l’aimable autorisation de Manofim)

Tout au long de la semaine du festival, des visites et des conférences auront lieu, telles que « The Houses Speak Arabic, In the Trail of Palestinian Urban Culture » avec Anwar Ben-Badis le 23 octobre, et des soirées de spectacles et de conversations à Hansen House, l’ancienne léproserie transformée en lieu artistique qui est située aux limites entre Talbieh et la German Colony.

La Hansen House accueille également la troisième Jerusalem Art Conference, un rassemblement d’artistes, de conservateurs, de directeurs artistiques et de professionnels des arts et de la culture.

Les activités traditionnelles de Manofim se perpétuent, comme les rendez-vous individuels avec les artistes dans leurs ateliers le vendredi 26 octobre et la possibilité de voir les œuvres des artistes invités en résidence à l’atelier des artistes d’Art Cube, également à Talpiot.

Chaque journée de Manofim se termine par un programme musical en live dans différents lieux et mettant en vedette des musiciens locaux, tels que Apo Sahagian au Musée d’art islamique, Shiran à Hansen House, le Hoodna, un orchestre de 12 musiciens africains au garage Meir Davidov et le groupe libanais Mashrou’Leila au centre de sécurité routière à Nayot.

Pour plus d’informations sur les expositions et événements de Manofim, visitez son site web, disponible en hébreu, arabe et anglais.

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