Le rabbin Kanievsky ordonne la réouverture des écoles, puis se ravise
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Le rabbin Kanievsky ordonne la réouverture des écoles, puis se ravise

Le leader haredi, malade du COVID, est revenu sur sa décision qui défiait les règles nationales ; il aurait subi des pressions de la part du chef de la yeshiva de Ponevezh

Le rabbin Chaïm Kanievsky dans la ville de Safed, au nord d'Israël, le 26 février 2020. (David Cohen/Flash90)
Le rabbin Chaïm Kanievsky dans la ville de Safed, au nord d'Israël, le 26 février 2020. (David Cohen/Flash90)

L’éminent guide spirituel de la communauté ultra-orthodoxe lituanienne, le rabbin Chaim Kanievsky, a révoqué dimanche soir son ordre de rouvrir les écoles primaires pour garçons du secteur haredi, appelées Heder. Il avait initialement ordonné leur réouverture ce lundi. Toutes les écoles du pays sont fermées dans le cadre du confinement imposé pour endiguer la pandémie de coronavirus.

Selon les médias ultra-orthodoxes, le rabbin de 92 ans, actuellement malade, avait initialement ordonné aux directeurs des écoles du milieu juif orthodoxe lituanien – c’est à dire non-hassidique – de rouvrir les écoles comme d’habitude, au lendemain de la fête de Souccot.

Illustrant les désaccords qui divisent la communauté face aux restrictions, le rabbin Kanievsky a ensuite modéré puis annulé son ordre. Après avoir déclaré que les écoles pouvaient rouvrir, il a affirmé qu’il était préférable qu’elles agissent conformément aux directives des autorités locales. Il a finalement révoqué complètement l’ordre de rouvrir les écoles ce lundi.

« Le rabbin a accepté de reporter la reprise de quelques jours afin d’aller au bout des négociations avec les autorités », auraient déclaré ses proches.

Selon la Treizième chaîne, certaines écoles dans les communautés ultra-orthodoxes prévoyaient d’ouvrir lundi matin, probablement en raison d’une certaine confusion. Des parents de l’implantation de Beitar Illit ont par exemple reçu l’instruction d’ignorer les directives des « autorités laïques », en référence au ministère de l’Education qui a formellement interdit la réouverture des écoles de la ville.

Ynet a rapporté que le changement de position du rabbin Kanievsky a fait suite à des pressions exercées par le rabbin Gershon Edelstein, directeur de la prestigieuse yeshiva de Ponovezh et également guide spirituel de la communauté. Il avait, pour sa part, ordonné que les écoles restent fermées.

Le rabbin Gershon Edelstein, directeur de la yeshiva Ponovitz, chez lui après avoir allumé les bougies au quatrième soir de Hanoucca, à Bnei Brak, le 5 décembre 2018. (Crédit : Aharon Krohn/Flash90)

Edelstein aurait endossé ces derniers jours le rôle de « l’adulte responsable » au sein de la communauté et maintient que toutes les institutions devaient se plier aux directives nationales.

Les écoles israéliennes sont fermées depuis près d’un mois. Israël est entré dans une deuxième phase de confinement pour tenter d’endiguer une hausse des taux d’infection au COVID-19, qui ont été disproportionnellement élevés dans la communauté ultra-orthodoxe.

Plus tôt dans la journée de dimanche, un responsable du ministère de la Santé, présentant les détails d’un plan de déconfinement progressif du système éducatif, a indiqué que les écoles ne rouvriront probablement pas la semaine prochaine, comme initialement prévu.

Les critiques à l’encontre de la communauté ultra-orthodoxe se sont multipliées ces dernières semaines. Si de nombreux membres de la communauté respectent les directives, d’autres n’ont pas tenu compte des restrictions du confinement pendant les fêtes de Souccot, notamment en organisant des rassemblements de masse.

Les ultra-orthodoxes ont connu des taux d’infection au coronavirus très élevés, une évaluation réalisée la semaine dernière ayant annoncé un taux 2,5 fois supérieur à la moyenne nationale. La spirale des infections dans tout le pays a provoqué le confinement actuel, le deuxième cette année. Alors qu’il devait prendre fin après les fêtes de Souccot, les autorités ont déclaré que tout assouplissement des restrictions se ferait au moins une semaine plus tard.

Une communauté divisée ?

Le désaccord entre les rabbins Kanievsky et Edelstein survient après qu’une dissension sans précédent a été annoncée au sujet de la réouverture des lieux d’études, qui ont été l’un des vecteurs principaux de contamination.

La Douzième chaîne a rapporté mardi que le rabbin Kanievsky avait signé une lettre adressée au journal Yated Ne’eman, affilé au parti Yahadout HaTorah, appelant à la réouverture des yeshivot. Cependant, le journal, sous la direction d’Edelstein, a choisi de ne pas publier ce courrier. Selon le reportage, il s’agit d’une « mesure sans précédent » dans le monde ultra-orthodoxe.

Quelques heures après ce reportage, les deux rabbins ont diffusé un communiqué conjoint décrivant ce reportage comme « mensonger et infondé » et ont indiqué qu’Edelstein avaient suspendu la publication de la lettre parce qu’il souhaitait « éclaircir certains points marginaux » avant l’impression.

Le Rav Kanievsky a été diagnostiqué avec le virus deux jours seulement après un article du quotidien Haaretz selon lequel il avait violé la quarantaine, accueillant des visiteurs chez lui à Bnei Brak après Yom Kippour, alors qu’il devait s’isoler en raison de son exposition à un porteur confirmé de coronavirus.

Le Rav Chaim Kanievsky et des fidèles à son domicile dans la ville de Bnei Brak, le 22 septembre 2020, derrière une vitre de protection contre le coronavirus. (Aharon Krohn/Flash90)

Dans une vidéo, tournée lors d’une fête de Souccot la semaine dernière, le rabbin s’évanouit sur sa chaise, signe de la dégradation de son état de santé.

Kanievsky a fait l’objet de critiques acerbes pour sa gestion de la crise au début de la pandémie.

Il avait fait la Une des journaux le 12 mars lorsque, malgré les appels du bureau du Premier ministre et de la police israélienne, il avait insisté pour que les yeshivot et les écoles restent ouvertes au mépris des appels du gouvernement à les fermer, dans une décision décrétant que « l’annulation de l’étude de la Torah est plus dangereuse que le coronavirus ». Israël enregistrait alors 200 cas de coronavirus actifs et aucun décès.

Le rabbin a changé son fusil d’épaule deux semaines plus tard, alors que les infections atteignaient des centaines de cas quotidiens et que sa ville natale de Bnei Brak connaissait une infection généralisée. Le 29 mars, il avait alors ordonné à ses disciples de prier seuls plutôt que dans des offices collectifs et écrit que ceux qui violaient les règles de distanciation sociale et sanitaires, mettant en danger les autres, étaient assimilables à des meurtriers aux yeux de la loi juive et pouvaient être dénoncés aux autorités israéliennes.

Chaim Kanievsky a ensuite été accusé dans un reportage d’encourager les étudiants de yeshiva à ne pas se faire tester pour le virus, déclenchant les critiques acerbes de Ronni Gamzu, responsable de la lutte contre le coronavirus en Israël. Gamzu s’est ensuite excusé, déclarant que les citations attribuées au grand rabbin ultra-orthodoxe étaient trompeuses. Il confirmait manifestement un article du magazine ultra-orthodoxe Mishpacha disant que le rabbin ne faisait pas référence à une politique générale, mais évoquait un cas spécifique d’étudiants qui avaient été testés deux semaines auparavant et qui avaient depuis été isolés dans des « capsules » d’étude.

La semaine précédente, les rabbins Kanievsky et Edelstein avaient lancé un appel à respecter les règles sanitaires. Une lettre signée par les deux personnalités, rendue publique par le ministère de la Santé, demandait aux ultra-orthodoxes de n’organiser des offices de prière qu’en plein air, tout en respectant la distanciation sociale et en portant des masques tout au long de la cérémonie. La lettre disait que les règles sanitaires devaient être respectées sans exception et que les fêtes de Souccot devaient être célébrées uniquement avec la famille nucléaire.

Kanievsky a également dit à ses disciples qu’ils devraient passer des tests de coronavirus si nécessaire pendant les fêtes, car c’était un impératif de « pikuah nefesh« .

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