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Le réseau 4G toujours inexistant pour les Palestiniens

Les responsables dénoncent une "manœuvre dilatoire" de la part d'Israël, notant que Jérusalem n'offre aucune bande passante cellulaire, ou presque, aux Palestiniens

Un vendeur propose des contrats de téléphonie mobile depuis un stand situé dans une rue de Naplouse en Cisjordanie, le 15 novembre 2016. (Crédit : Sebi Berens/Flash90)
Un vendeur propose des contrats de téléphonie mobile depuis un stand situé dans une rue de Naplouse en Cisjordanie, le 15 novembre 2016. (Crédit : Sebi Berens/Flash90)

Les discussions entre les responsables israéliens et palestiniens concernant la mise en place d’un réseau 4G pour les Palestiniens, attendu depuis longtemps, sont dans l’impasse en raison de « manœuvres dilatoires » de la part d’Israël, alors même que le gouvernement israélien renforce la vitesse et la portée d’internet pour les résidents des implantations en Cisjordanie, ont déclaré des responsables au Times of Israel.

Les responsables israéliens avaient pourtant approuvé à titre provisoire la mise en place d’un service cellulaire 4G au mois de novembre, une décision qui avait été prise dans le cadre de la politique gouvernementale actuelle qui cherche à dynamiser l’économie de l’Autorité palestinienne.

Mais plus de sept mois plus tard, peu de progrès ont été réalisés dans les discussions. Les responsables proches des négociations affirment que les retards accumulés par les Israéliens et leurs propositions n’offrent que peu d’opportunité de mettre en place un réseau 4G viable pour les Palestiniens.

Israël est responsable du contrôle sécuritaire en Cisjordanie et à Gaza, notamment dans le domaine des télécommunications. Même si l’État juif est passé à la 4G en 2013 et qu’il a construit, depuis, des réseaux 5G hyper-rapides dans les centres urbains, les entreprises palestiniennes n’utilisent qu’un réseau 3G dont elles bénéficient depuis 2018.

Dans la bande de Gaza, dirigée par les terroristes du Hamas, Israël n’a jusqu’à présent autorisé que la 2G.

Même si Israël avait approuvé la 4G au mois de novembre, le ministère des Communications n’avait programmé à ce moment-là la prochaine rencontre entre hauts-responsables israéliens et palestiniens à ce sujet que six mois plus tard.

Un policier palestinien se tient à côté d’une affiche informant le président américain Barack Obama : « Nous n’avons pas de 3G en Palestine », dans la ville de Ramallah en Cisjordanie, en 2013. (Crédit : Issam Rimawi/Flash90)

Et quand les deux parties se sont réunies en date du 26 avril, les Israéliens n’ont offert que de rares fréquences 4G à l’AP – des fréquences très insuffisantes pour répondre aux besoins des Palestiniens, estiment les observateurs.

Conformément à une étude indépendante des Nations unies, les responsables de l’Autorité palestinienne ont réclamé une fréquence de vitesse de 90 mégahertz en Cisjordanie de manière à pouvoir s’appuyer sur un réseau 4G viable.

En 2020, les Israéliens avaient offert aux Palestiniens 33 mégahertz pour la 4G et 80 mégahertz pour une 5G ultra-rapide. Et lors de la réunion la plus récente, qui a eu lieu au mois d’avril, l’État juif n’a proposé que 35 mégahertz – soit un-tiers de ce qu’avaient demandé les Palestiniens – sans aucune opportunité pour une remise à niveau en 5G.

Les responsables israéliens ont justifié leurs propositions en affirmant qu’il ne restait pas suffisamment de bande passante pour les Palestiniens, ont confié les responsables impliqués dans les négociations.

« Cette offre a choqué la communauté internationale. C’est moins que ce qu’Israël avait offert en 2020, une offre qui avait été également inacceptable pour les Palestiniens… On recule », a commenté un responsable proche du dossier.

« C’est une offre loin d’être suffisante pour un bon déploiement des systèmes 4G en Palestine », a-t-il ajouté.

Et en même temps, le ministre des Communications, Yoaz Hendel, fervent soutien du mouvement pro-implantation en Israël, a pris l’initiative d’élargir de manière spectaculaire la couverture cellulaire israélienne en Cisjordanie, évoquant « une souveraineté pratique ».

« De mon point de vue, la Judée-Samarie doit être traitée de la même façon que n’importe quelle autre ville en Israël. Il n’y a aucune différence entre Netanya et la vallée du Jourdain ou entre Revava et le kibboutz Kabri », avait déclaré Hendel aux journalistes lors d’une conférence de presse, l’année dernière, citant des lieux situés des deux côtés de la Ligne verte.

Mais les fréquences cellulaires sont des ressources limitées. Les observateurs s’inquiètent du fait que, alors que l’État juif distribue de plus en plus de bande aux compagnies israéliennes en Cisjordanie, il ne restera finalement que peu à donner aux fournisseurs cellulaires palestiniens.

« Au même moment où on nous explique qu’il n’y a plus de bande pour les Palestiniens, Israël en réserve toujours davantage aux entreprises israéliennes du secteur », a déploré avec une frustration évidente le responsable proche du dossier.

Les responsables israéliens ont refusé ou ignoré les demandes des Palestiniens qui ont réclamé que des réunions soient organisées plus fréquemment afin de résoudre cette impasse technique. La prochaine réunion est prévue au début du mois de juin.

« Ce sont des manœuvres dilatoires de la part des Israéliens, purement et simplement », a déclaré un autre responsable palestinien, qui prend part aux négociations.

« Au début, j’étais optimiste sur le fait qu’ils allaient nous offrir une licence 4G. Mais après les offres qui nous ont été faites, je ne pense pas qu’ils soient sérieux. Ils tentent juste de retarder les choses », a-t-il regretté.

Yoaz Hendel lors d’une conférence à Ramat Gan, le 8 septembre 2019. (Crédit : Flash90)

Le ministère israélien des Communications a refusé de réagir à cet article et a décliné toute interview de ses responsables.

Les compagnies cellulaires israéliennes travaillent beaucoup en Cisjordanie et leur couverture s’étend sur la plus grande partie des territoires palestiniens. De nombreux Palestiniens utilisent le réseau cellulaire israélien, moins cher et dont les services sont aussi plus rapides que ceux qui sont offerts par les firmes palestiniennes.

Le réseau israélien est censé fournir ses services aux implantations de Cisjordanie sans empiéter sur les secteurs relevant de l’Autorité palestinienne, selon des accords conclus entre les deux parties. Mais sur le terrain, la couverture cellulaire israélienne s’étend souvent profondément dans les villes palestiniennes.

La Banque mondiale a fait savoir que l’économie palestinienne avait perdu entre 436 millions de dollars et 1,5 milliard de dollars entre 2013 et 2015 en raison du « siphonnage » des clients palestiniens par les firmes israéliennes, ce qui représente environ 30 % du marché cellulaire palestinien.

De leur côté, les responsables américains ont souligné de manière répétée que la 4G était une priorité déterminante pour les Palestiniens. Lors d’une conférence qui a réuni les pays donateurs à l’AP, au mois de novembre, l’envoyé américain Hady Amr a fait part de son espoir que l’accord portant sur la 4G puisse être finalisé « dans les meilleurs délais ».

Et au cours d’une conférence de presse aux côtés du groupe de gauche APN (Americans for Peace Now), l’ambassadeur des États-Unis au sein de l’État juif, Thomas Nides, a promis qu’il évoquerait le dossier dans ses discussions avec les Israéliens.

« Qui diable bénéficie encore de la 3G ? C’est ridicule », avait dit Nides au mois de mars avant un dîner avec Hendel.

L’envoyé avait ajouté qu’il allait « taper du poing sur la table », soulignant qu’il « est important que tous les Palestiniens puissent bénéficier du même réseau 4G ou 5G sur leurs téléphones ».

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