Le ressentiment contre les Haredim marquera les prochaines élections – expert
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Le ressentiment contre les Haredim marquera les prochaines élections – expert

Les villes ultra-orthodoxes fâchent, ce qui marque un "tournant" pour Israël et sa politique, selon Yohanan Plesner, ex-député qui dirige l’Institut israélien pour la démocratie

Des policiers s'affrontent avec des hommes ultra-orthodoxes lors d'une manifestation contre l'application des restrictions dues au coronavirus dans le quartier de Mea Shearim à Jérusalem, le 4 octobre 2020. (Nati Shohat/Flash90)
Des policiers s'affrontent avec des hommes ultra-orthodoxes lors d'une manifestation contre l'application des restrictions dues au coronavirus dans le quartier de Mea Shearim à Jérusalem, le 4 octobre 2020. (Nati Shohat/Flash90)

Le ressentiment suscité par la désobéissance des ultra-orthodoxes devant les règlements du COVID-19 pèsera lourdement les prochaines élections en Israël, qui seront probablement caractérisées par une campagne communautaire laide, a prédit le président de l’Institut israélien pour la démocratie.

Yohanan Plesner a déclaré que la réalité actuelle était à l’opposé du plan « feux de circulation » proposé par le responsable de la gestion du coronavirus Ronni Gamzu, pour instituer un verrouillage strict des zones « rouges » où les taux de contamination sont élevés, et permettre une vie quasi normale dans les zones « vertes », où les taux sont faibles. Les politiciens issus de la communauté ‘haredi se sont opposés à ce plan plus tôt cet été, car il aurait fortement affecté leur circonscription.

Au lieu de cela, a déclaré Plesner, la violation par les haredim des règles relatives aux virus est devenue si grave qu’il existe actuellement une « situation de feux de circulation inversés », dans laquelle les zones les plus virales, au lieu d’intensifier le respect des règles, sont enclines à la désobéissance alors que les règles ont tendance à être rigoureusement suivies dans les régions à faible taux de virus (on peut bien sûr débattre de la cause et de la conséquence dans cette situation).

Plesner, un ancien député, s’est exprimé lors d’un briefing aux journalistes et a accordé une interview avec le Times of Israël mercredi, alors même que les médias font état de nombreuses vidéos de violations d’ultra-orthodoxes pendant la saison des Fêtes et qu’il est apparu que même après une baisse, les taux de tests positifs des ‘haredim sont toujours deux fois plus élevés que la moyenne nationale.

Des juifs haredim de la secte hassidique Shomrei Emunim assistent aux funérailles du Rav Refael Aharon Roth, 72 ans, décédé du coronavirus, à Bnei Brak, Israël, le 13 août 2020. (AP Photo/Oded Balilty)

Soulignant qu’Israël pourrait bientôt aller aux urnes, Plesner a déclaré que la colère ressentie par la population non-haredi sera une question clé de la campagne, et pourrait déborder sur des expressions de haine.

« Si la situation sanitaire et économique reste dans son état actuel, alors que nous nous rapprochons d’une élection, il y a un réel danger que la critique politique légitime se transforme en un discours politique laid qui aura des conséquences désastreuses pour la société israélienne », a-t-il déclaré.

L’avertissement de Plesner intervient deux jours après que le président Reuven Rivlin a déclaré dans un discours passionné que « l’atmosphère est remplie de poudre à canon » et que « le tribalisme israélien éclate à travers les fissures ».

Yohanan Plesner, président de l’Institut israélien pour la démocratie, lors d’une conférence à Jérusalem le 17 décembre 2019 (Hadas Parush/Flash90)

Plesner a déclaré que la discorde sur la conduite des haredim était un « tournant » ayant « des implications stratégiques majeures pour Israël en tant qu’Etat, et pour l’opinion des Israéliens”.

Discutant des « vastes conséquences politiques », il a noté qu’Israël s’est habitué à un arrangement politique dans lequel les partis ultra-orthodoxes soutiennent les coalitions et voient généralement leurs souhaits exaucés, y compris en mettant leur veto sur les questions de religion et d’Etat.

Plesner a déclaré que si le Premier ministre Benjamin Netanyahu paie actuellement un « prix relativement modeste » sur le plan politique pour avoir accepté ces demandes, cela pourrait bien changer, car certains partis exploitent le sentiment anti-haredi. Si cela se produisait, la conversation nationale pourrait finir par franchir la ligne de la colère et de la haine, a-t-il suggéré.

Plesner estime que le meilleur espoir d’accroître le respect des règlements par les ultra-orthodoxes, de s’attaquer aux taux de virus disproportionnés de la communauté et de diffuser les frictions sociétales est de convaincre les secteurs ultra-orthodoxes d’accepter des fermetures locales basées sur le système “feux de circulation” de Gamzu.

Roni Numa, coordinateur gouvernemental de la lutte contre le coronavirus travaillant avec la communauté ultra-orthodoxe, a déclaré mercredi que certaines villes ultra-orthodoxes pourraient devoir rester fermées après le déconfinement national.

Gilad Malach, directeur de la division de l’Institut israélien pour la démocratie pour la recherche sur la communauté ultra-orthodoxe, a jugé cela réaliste, étant donné que le plan est moins controversé pour les ‘haredim aujourd’hui par rapport au mois dernier. En effet, un effort national a déjà fait baisser les taux du virus, et les zones rouges devront faire un sacrifice pendant seulement deux ou trois semaines en moyenne.

Gilad Malach (avec l’aimable autorisation de l’Institut israélien pour la démocratie)

Malach a déclaré qu’une approche “de la carotte et du bâton » est nécessaire, avec des investissements financiers élevés dans le soutien social pour les zones devant rester fermées après le confinement national, assortis d’une action policière musclée contre les violations à grande échelle, comme les yeshivot fonctionnant contre les règles. De fortes campagnes de communication, visant à garantir le respect des règles, seront également nécessaires, a-t-il déclaré.

Malach pense que l’un des obstacles au respect des règlements par les haredim, qui n’est pas bien compris, est qu’il peut être difficile de leur faire reconnaître la gravité du virus en raison du profil d’âge de la communauté. Si les taux d’infection dans la communauté ultra-orthodoxe sont élevés, la mortalité est faible, car les ‘haredim sont en moyenne beaucoup plus jeunes que les autres Israéliens, a analysé Malach.

Dans la société israélienne en général, 15 % des personnes ont plus de 65 ans, tandis que chez les ‘haredim , ce chiffre est de 3 %, ce qui signifie que le virus s’avère, en moyenne, moins mortel, a rapporté Malach. « C’est la principale raison pour laquelle ils ne qualifient parfois pas le virus de dangereux », a-t-il déclaré.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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