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Le Shin Bet justifie sa décision concernant Ben Gvir pour des raisons de sécurité

Le service de sécurité a déclaré qu'autoriser le député à défiler dans la Vieille Ville, la semaine dernière, aurait eu de graves conséquences

Le député Itamar Ben Gvir dans le quartier de Sheikh-Jarrah, à Jérusalem-Est, le 20 janvier 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le député Itamar Ben Gvir dans le quartier de Sheikh-Jarrah, à Jérusalem-Est, le 20 janvier 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Contrairement à ses habitudes, le service de sécurité du Shin Bet a publié vendredi une déclaration publique justifiant sa recommandation
d’interdire au député d’extrême droite Itamar Ben Gvir de mener une marche nationaliste dans la Vieille Ville de Jérusalem la semaine dernière, affirmant que sa présence aurait entraîné un « préjudice significatif » à la sécurité d’Israël.

La déclaration du Shin Bet a été rendue publique quelques heures après les vives critiques de Ben Gvir contre l’agence, accusant son chef, Ronen Bar, de passer plus de temps à contrôler ses allers et venues qu’à lutter contre le terrorisme.

« Pour que les choses soient claires : au cours du dernier mois, le Shin Bet a transmis plusieurs recommandations visant à renforcer la sécurité et empêcher une escalade sur tous les fronts », indique le communiqué.
« Le Shin Bet est conscient de l’importance de la liberté de mouvement – en général – et en particulier pour les membres de la Knesset.

À titre exceptionnel, une recommandation a été faite, sur la base de renseignements, alertant d’un risque de préjudice significatif presque certain à la sécurité de l’État », a déclaré le Shin Bet.

« L’obligation – et la mission – du Shin Bet sont d’empêcher les actes susceptibles de dégrader la situation sécuritaire et nuire aux citoyens, aux soldats de Tsahal et à la police », a-t-il déclaré.

Le Premier ministre Naftali Bennett dans une réunion avec le chef du Shin Bet, Ronen Bar, à droite, son secrétaire militaire Avi Gil et d’autres responsables de la sécurité, le 2 avril 2022. (Crédit : Shin Bet)

Quelques heures plus tôt, Ben Gvir, du parti extrémiste Otzma Yehudit, avait accusé le Shin Bet d’avoir abandonné le combat pour sur la sécurité, lui attribuant la responsabilité des récents heurts sur le mont du Temple, dans la Vieille Ville de Jérusalem, des attentats terroristes des dernières semaines à Beer Sheva, Bnei Brak, Hadera et Tel Aviv, et la flambée des tensions à Gaza, avec de nouveaux tirs de roquettes.

« Alors que le mont du Temple brûle et que les attentats terroristes se multiplient, le Shin Bet devrait s’occuper de la sécurité de la nation plutôt que d’organiser des réunions contre moi », a écrit Ben Gvir sur Twitter.

Selon les informations, le Shin Bet aurait recommandé la semaine passée que Ben Gvir ne soit pas autorisé à mener une marche nationaliste dans le quartier musulman de la Vieille Ville de Jérusalem, de peur d’aggraver encore le conflit.

La marche avait été programmée dans le contexte de tensions extrêmement fortes, marqué par des heurts quasi quotidiens entre Palestiniens et policiers sur le mont du Temple et les menaces de groupes gazaouis concernant des tirs de roquettes. Les responsables craignaient que la marche ne déclenche une nouvelle guerre, à l’instar de celle de mai 2021 entre Israël et les combattants dirigés par le Hamas, à Gaza.

Le Premier ministre Naftali Bennett avait par la suite décidé que Ben Gvir ne pourrait accéder à la porte de Damas, et les manifestants avaient également été empêchés d’entrer dans la Vieille Ville en empruntant cet itinéraire.

« La présence de Ben Gvir est un détonateur, et un détonateur doit être désamorcé », aurait déclaré la semaine passée un responsable du Shin Bet, selon des médias. « Ces provocations pourraient conduire à de nouvelles violences et à une flambée des tensions au point d’embraser toute la région. »

Les responsables du Shin Bet ont nié, vendredi, avoir prononcé de tels mots.

Bennett et d’autres responsables du gouvernement ont critiqué Ben Gvir pour ses propos vendredi, assurant Bar de leur soutien.

« Ses actes sont lâches et anti-israéliens, faits pour mettre le pays à feu et à sang, semant la division et le chaos », a déclaré Bennett à propos de Ben Gvir.

En réponse aux critiques, Ben Gvir a plus tard accusé Bennett d’utiliser le Shin Bet pour ses propres besoins politiques et des campagnes d’incitation à la haine contre lui.

Mettant en place une autre confrontation possible, la Douzième chaîne a indiqué vendredi que Ben Gvir envisageait maintenant de se rendre sur le mont du Temple le jour de l’indépendance d’Israël, la semaine prochaine.

La Vieille Ville de Jérusalem est le lieu le plus saint du judaïsme, à l’emplacement des deux temples bibliques. Elle abrite également la mosquée Al-Aqsa, troisième sanctuaire le plus saint de l’islam. Israël a pris la Vieille Ville et Jérusalem-Est à ses occupants jordaniens lors de la guerre de 1967 et y a étendu sa souveraineté. Il est permis aux Juifs de s’y rendre mais pas d’y prier. Le Waqf musulman administre les lieux saints situés sur le mont, connu en arabe sous le nom de Haram al-Sharif, ou Sanctuaire sacré.

Des affrontements entre des Palestiniens et la police israélienne sur le mont du Temple dans la Vieille Ville de Jérusalem, le 22 avril 2022. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Bennett a essuyé de vives critiques de la part d’ex-alliés de droite qui lui reprochent d’avoir cherché à apaiser les tensions à Jérusalem, en permettant notamment à la police d’interdire aux non-musulmans de visiter le mont du Temple et l’enceinte de la mosquée Al-Aqsa de vendredi jusqu’à la fin du Ramadan le 1er mai, suivant une pratique en vigueur depuis des années.

Dans une atmosphère politique surchauffée, Bennett et sa famille ont reçu cette semaine deux lettres contenant chacune des menaces de mort et une balle de revolver.

La Douzième chaîne a indiqué que les deux lettres comprenaient des menaces directes contre Bennett, lui enjoignant de démissionner de ses fonctions sans quoi sa famille serait « touchée ».

La deuxième lettre, reçue jeudi au domicile de Bennett à Ra’anana, a été adressée au fils de Bennett, Yoni, âgé de 15 ans.

Bennett n’a pas fait de commentaires publics par rapport à ces menaces. Cependant, la Douzième chaîne a fait savoir vendredi que Bennett avait critiqué en privé les politiciens de droite qui ont accusé son gouvernement de trahir le pays.

« Si, tout au long de la journée, on abreuve le peuple de mensonges sur les réseaux sociaux, disant qu’un escroc a vendu l’État au Hamas, qu’il leur donne des milliards et abandonne la sécurité [d’Israël] à cause de la présence de Raam et du Mouvement islamique, alors il est logique qu’il se trouve des personnes prêtes à tout pour que cela cesse », aurait expliqué Bennet selon une information non sourcée.

La Treizième chaîne a indiqué que des proches de Bennett avaient récemment exprimé leurs craintes que les menaces soient sérieuses et qu’un homme politique puisse être assassiné prochainement.

Parmi les personnalités menacées figurent Bennett, la ministre de l’Intérieur Ayelet Shaked ou d’autres députés de Yamina, et Bar, du Shin Bet.

Les médias israéliens ont donné à voir des dizaines de publications sur les réseaux sociaux dans lesquelles Bar était représenté vêtu d’un uniforme nazi. Un autre site publie des photos de politiciens du gouvernement affublés de la moustache hitlérienne.

Ces messages évoquent les affiches des partis de droite qui s’étaient multipliées, peu de temps avant l’assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin, dans lesquelles il était représenté vêtu d’un uniforme nazi ou portant une coiffe palestinienne.

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