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Le Sommet du Neguev est « une attaque dure contre les Palestiniens », dit l’AP

Blinken a discuté avec Abbas qui s'est insurgé contre un "deux poids, deux mesures" face au droit international en Ukraine ou sur les territoires palestiniens

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, à droite, et le secrétaire d'État américain Antony Blinken font une déclaration conjointe à l'issue de leur rencontre à Ramallah, en Cisjordanie, le 27 mars 2022. (Crédit: AP Photo/ Nasser Nasser)
Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, à droite, et le secrétaire d'État américain Antony Blinken font une déclaration conjointe à l'issue de leur rencontre à Ramallah, en Cisjordanie, le 27 mars 2022. (Crédit: AP Photo/ Nasser Nasser)

Le secrétaire d’État américain Antony Blinken a rencontré dimanche le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas à Ramallah, avant un sommet diplomatique avec les ministres des Affaires étrangères d’Israël, des Émirats arabes unis, de Bahreïn, du Maroc et d’Égypte dans le sud du désert du Neguev.

Dans un communiqué qui a été émis dimanche au sujet de ce sommet historique organisé à Sde Boker, l’Autorité palestinienne s’est abstenue de critiquer les participants arabes tout en les mettant en garde, notant que l’État juif utilisait cette rencontre pour éviter de devoir s’attaquer à la question palestinienne.

« Cette mobilisation israélienne vise à couvrir ses actes d’implantation et d’annexion et elle vise aussi à empêcher la fondation d’un État palestinien », a fait savoir le ministère des Affaires étrangères de l’AP.

Il a qualifié le sommet « d’attaque dure » à l’encontre des Palestiniens.

Le ministère des Affaires étrangère de l’AP s’en est aussi pris au gouvernement israélien en estimant qu’il était « le gouvernement du mouvement pro-implantations et des néo-fascistes, le gouvernement du meurtre et de la discrimination raciale ».

Pendant son entretien avec Blinken, Abbas a largement abordé les sujets de discussion chers à l’AP en exprimant son attachement à une solution à deux États sur la base des frontières pré-1967, en condamnant l’expansion des implantations israéliennes et en demandant le respect du droit international, a fait savoir l’agence de presse officielle de l’Autorité palestinienne, Wafa.

Le président russe Vladimir Poutine rencontre le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas à Bethléem, en Cisjordanie, le 23 janvier 2020. (Crédit : Alexander NEMENOV / diverses sources / AFP)

Abbas a aussi pointé du doigt le « deux poids deux mesures » des Occidentaux, prompts à invoquer le droit international pour imposer des sanctions à la Russie qui a envahi l’Ukraine, mais pas à Israël pour ses « crimes » dans les territoires palestiniens. L’État juif a été accusé par des organisations de défense des droits de l’Homme majeures de « nettoyage ethnique » de « discrimination raciale » et « d’apartheid ».

« Les événements actuels en Europe ont fait apparaitre des doubles standards flagrants », a déclaré M. Abbas. « Malgré les crimes de l’occupation israélienne, qui s’apparentent à du nettoyage ethnique et à de la discrimination raciale et qui ont été reconnus par les organisations de droits humains internationales, (…), nous ne trouvons personne pour tenir responsable Israël qui agit comme un Etat au-dessus du droit ».

« Ce qui se passe en Palestine ne peut être toléré, le droit international ne peut être bafoué, et nous nous demandons si la domination des autorités d’occupation israéliennes sur le peuple palestinien, l’humiliation de sa dignité et la violation de ses droits légitimes, peut continuer sans que ne soit prises des mesures pour y mettre fin », a ajouté M. Abbas en arabe.

Hanane Achraoui, ancienne membre du comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), a précisé que le refus palestinien de condamner la Russie ne témoignait pas d’un soutien explicite à Moscou mais d’un sentiment « d’hypocrisie » des Occidentaux qui ont rapidement imposé des sanctions contre la Russie, mais pas contre Israël pour sa politique dans les territoires palestiniens.

« Nous ne sommes pas aux côtés de la Russie, mais nous ressentons une injustice », a-t-elle déclaré à l’AFP avant l’entretien entre Abbas et Blinken.

L’Autorité palestinienne et le Hamas, les deux principales factions palestiniennes, ont évité d’adopter un positionnement sur l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Cette réticence de la part de l’Autorité palestinienne a irrité des diplomates occidentaux à Jérusalem et dans les territoires palestiniens. De nombreuses sources diplomatiques occidentales ont ainsi fait état à l’AFP sous le couvert de l’anonymat de demandes formulées à l’Autorité palestinienne –dont l’Union européenne est le premier bailleur– afin de condamner l’invasion de l’Ukraine.

De leur côté, de nombreux Palestiniens font part de leur sympathie à l’égard des Ukrainiens et affirment qu’il y a des parallèles entre la conquête de l’Ukraine par la Russie et le contrôle israélien.

Mais d’autres Palestiniens entretiennent des liens historiques avec Moscou. Un grand nombre ont fait leurs études dans l’ex-Union soviétique, qui a aussi fourni des aides et du réconfort à l’Organisation de libération de la Palestine pendant des années.

Le président de l’AP n’a pas manqué de remercier l’administration Biden pour la reprise de l’aide apportée aux Palestiniens, largement par le biais de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA).

Un enfant à côté d’un sac de farine lors d’une distribution d’aide alimentaire dans un centre de l’UNRWA (l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés palestiniens) à Khan Younès, dans la bande de gaza, le 2 février 2020. (Crédit : SAID KHATIB/ AFP/ File)

Les États-Unis ont d’ores et déjà fourni plus d’un demi-milliard de dollars en aide aux Palestiniens – avec plus de 417 millions de dollars versés à l’UNRWA, 75 millions de dollars d’aide pour des projets humanitaires menés par l’Agence américaine de développement international et 20,5 millions de dollars dans le cadre de la lutte contre la COVID-19 et de l’assistance pour la reconstruction de la bande de Gaza.

Dimanche matin, Blinken a pris part à une cérémonie pendant laquelle il a annoncé le nom du troisième destinataire d’une subvention de l’USAID dans le cadre de la loi sur le partenariat pour la paix au Moyen-Orient (MEPPA). Une subvention à hauteur de 3,3 millions de dollars a été ainsi attribuée à EcoPeace, une organisation réunissant des spécialistes de l’environnement israéliens, palestiniens et jordaniens, dont le travail est de s’attaquer aux défis posés par le manque d’eau et par le changement climatique.

La MEPPA prévoit que les Américains transfèreront un montant annuel de 50 millions de dollars en subventions diverses à des organisations qui travaillent sur le terrain et dont les activités se concentrent sur la coopération israélo-palestinienne, de l’argent également consacré au développement des entreprises palestiniennes. Deux autres organisations ont obtenu des subventions de 5,5 millions de dollars au début du mois de mars, même si les États-Unis n’ont pas divulgué leurs noms.

Abbas a aussi vivement demandé à l’administration Biden de tenir sa promesse de rouvrir le consulat américain à Jérusalem qui servait de mission de-facto aux Palestiniens avant sa fermeture décidée en 2019 par l’ancien président Donald Trump.

Biden tarde à concrétiser cette initiative à laquelle l’État d’Israël est férocement opposé. Les responsables américains disent néanmoins ouvertement qu’ils mèneront à bien ce projet de réouverture – mais aucun plan ne semble actuellement examiné pour permettre qu’il devienne réalité, selon trois sources proches de ce dossier.

Le président de l’AP a fait part de ses regrets concernant le refus opposé par Biden de déclarer inconstitutionnelle la loi qui avait été adoptée par le Congrès, en 1987, une loi qui avait considéré l’OLP (Organisation de libération de la Palestine) comme un groupe terroriste.

Le bureau de Washington de l’Organisation de libération de la Palestine, le 18 novembre 2017. (AP Photo/Alex Brandon)

Cette législation a entravé les efforts visant à rouvrir la mission diplomatique de l’OLP à Washington, qui avait été elle aussi fermée par Trump en 2018.

Des responsables palestiniens ont fait savoir au Times of Israël que Ramallah souhaitait réformer sa politique controversée d’aides sociales qui comprend des allocations des versées aux prisonniers sécuritaires palestiniens si, par ailleurs, Biden abrogeait sa loi de 1987.

La frustration de l’Autorité palestinienne à l’égard de l’administration Biden n’a pas cessé de se renforcer – la Maison Blanche ayant, d’un côté, repris ses relations et ses aides aux Palestiniens tout en acceptant largement, d’un autre côté, le positionnement israélien estimant que les deux parties ne sont pas prêtes pour la reprise d’une initiative diplomatique.

Face à une crise financière qui ne cesse de devenir plus intense, les officiels à Ramallah déclarent ne pas avoir les moyens de se payer le luxe de patienter.

Selon un compte-rendu émis par les États-Unis, pendant sa rencontre avec Abbas, Blinken a insisté sur le fait que l’administration Biden était attachée à une solution à deux États. « Les deux parties sont très éloignées l’une de l’autre et nous allons donc continuer notre travail, pas à pas, pour tenter de les rapprocher. Nous allons tenter de faire en sorte d’empêcher des actions prises par une partie ou par l’autre qui seraient susceptibles d’accroître les tensions », a-t-il déclaré.

Abbas doit rencontrer le roi de Jordanie, Abdallah II, mardi à Ramallah. Le ministre de la Défense israélien Benny Gantz avait cherché à pouvoir participer à ces entretiens, mais le Premier ministre Naftali Bennett s’est opposé à cette perspective.

Dimanche matin, Blinken a pris part à une table ronde avec des responsables de la société civile palestinienne à Jérusalem-Est, les remerciant pour leur rôle dans le renforcement de la démocratie palestinienne. Parmi les personnes présentes, les avocats qui luttent actuellement contre les ordonnances d’expulsion émises à l’encontre de Palestiniens de Jérusalem-Est, et que Blinken a salué pour leur travail.

L’AFP a contribué à cet article.

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