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Le sort d’un tableau de Pissarro spolié par les nazis devant la Cour suprême US

Le différend oppose depuis 2005 l'héritier d'une femme juive contrainte de vendre ses œuvres lorsqu'elle a fui l'Allemagne et un musée espagnol qui les a ensuite achetées

Cette photo d'archive du 12 mai 2005 montre un visiteur regardant le tableau impressionniste intitulé "Rue St.-Honoré, Apres-Midi, Effet de Pluie" peint en 1897 par Camille Pissarro, exposé au Musée Thyssen-Bornemisza de Madrid. (Crédit : AP Photo/Mariana Eliano, Archive)
Cette photo d'archive du 12 mai 2005 montre un visiteur regardant le tableau impressionniste intitulé "Rue St.-Honoré, Apres-Midi, Effet de Pluie" peint en 1897 par Camille Pissarro, exposé au Musée Thyssen-Bornemisza de Madrid. (Crédit : AP Photo/Mariana Eliano, Archive)

La Cour suprême des Etats-Unis a examiné mardi la demande de restitution d’un tableau de Camille Pissarro spolié par les nazis en 1939 et actuellement exposé en Espagne.

La toile « Rue Saint-Honoré, dans l’après-midi. Effet de pluie », peinte en 1897, se trouve, comme d’autres œuvres de l’impressionniste, au cœur d’une longue bataille judiciaire aux ramifications internationales.

Ce tableau, qui montre des calèches et des piétons s’affairer à un carrefour parisien, appartenait en 1937 à une Juive allemande, Lilly Cassirer Neubauer, qui avait été contrainte de le céder à un responsable nazi en échange de documents lui permettant de quitter l’Allemagne.

Elle avait alors perdu la trace du tableau, vendu aux enchères à Berlin pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1958, elle avait accepté une compensation financière, attribuée par un tribunal allemand, sans renoncer à ses droits.

David Cassirer, à droite, et l’avocat David Boies parlent de leur procès devant la cour fédérale pour récupérer le tableau de Camille Pissarro « Rue St.-Honore, Apres-Midi, Effet de Pluie », pris à l’arrière-grand-mère de Cassirer, devant un tribunal fédéral à Los Angeles, le 4 décembre 2018. (Crédit : AP Photo/John Rogers, Archive)

Ce n’est qu’en 2000 qu’un de ses descendants localise l’œuvre : Claude Cassirer apprend que le tableau, qu’il a vu enfant dans le salon de sa grand-mère, est exposé à Madrid, au musée Thyssen-Bornemisza.

Le gouvernement espagnol l’a racheté sept ans plus tôt au baron Hans-Heinrich Thyssen Bornemisza, héritier de l’empire industriel de la famille Thyssen et grand collectionneur d’art, qui l’avait lui-même acheté aux Etats-Unis dans les années 1970 sans connaître son histoire.

Claude Cassirer demande donc au gouvernement espagnol de restituer l’oeuvre, mais essuie un refus.

Installé en Californie, il dépose plainte en 2005 devant un tribunal fédéral américain. Il est depuis décédé et ses enfants ont pris le relais.

Façade du Musée Thyssen-Bornemisza, le 12 février 2011. (Crédit : Luis García/Wikimedia)

Le dossier s’étire alors sur les deux continents, avec des décisions de la justice espagnole et de la justice américaine défavorables aux héritiers.

L’audience qui s’est tenue mardi à la Cour suprême représente leur dernier espoir.

Les débats se sont focalisés sur une question juridique : est-ce le droit espagnol – selon lequel un propriétaire n’est pas obligé de rendre un bien spolié s’il ignorait son origine au moment de l’achat – ou le droit californien – qui ne prend pas en compte la bonne foi du propriétaire – qui s’applique dans ce dossier ?

Les juges, qui lors de l’audience se sont focalisés sur des points très techniques ne mentionnant même pas l’œuvre en cause, rendront leur décision dans quelques mois.

Entre 1933 et 1945, les nazis ont volé, pillé, saisi ou détruit 600 000 œuvres d’art en Europe, selon un rapport du Congrès américain. Malgré des efforts de restitution, les conflits sont fréquents entre anciens et nouveaux propriétaires, et les tribunaux des deux côtés de l’Atlantique sont régulièrement amenés à intervenir.

« La Cueillette des pois », par Camille Pissaro. (Crédit : Domaine public via Wikimedia Commons)

Outre la toile « Rue Saint-Honoré », d’autres tableaux de Pissaro ont fait l’objet d’intenses querelles juridiques, dont « la Cueillette des Pois » – au sujet duquel s’opposent un couple de collectionneurs américains et une famille juive française -, ou « La Bergère rentrant ses moutons » – une héritière ayant finalement renoncé à ses droits au profit de l’Université de l’Oklahoma.

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