Le traitement inhumain des détenus répandu dans les prisons d’Israël – rapport
Rechercher

Le traitement inhumain des détenus répandu dans les prisons d’Israël – rapport

Un rapport officiel évoque le menottage de prisonniers plusieurs jours d'affilée, les fouilles corporelles sans véritable raison et la prolifération de rats, cafards et punaises

La prison Eshel à Beer Sheva (Crédit : Moshe Shai/Flash90)
La prison Eshel à Beer Sheva (Crédit : Moshe Shai/Flash90)

Les prisonniers d’Israël sont souvent détenus dans des établissements « impropres à l’accueil d’humains » et sont parfois en proie à des mesures punitives illégales, comme être attachés des heures ou des jours d’affilée à leur lit, l’isolement, des fouilles corporelles inappropriées, d’après un rapport accablant du Bureau d’aide juridictionnelle publié dimanche matin.

Celui-ci s’est penché sur les années 2017-2018 et s’appuie sur des observations constatées lors de visites surprises de différentes prisons.

L’un des phénomènes problématiques évoqués dans le rapport est la fouille de détenus sans leur consentement — comme exigé par la réglementation — et sans soupçons d’infraction, mais par pure mesure punitive ou « dissuasive ». La manœuvre a été principalement observée à la prison d’Ayalon, où ce serait la norme d’après le rapport.

Autre mesure illégale constatée — en particulier à la prison d’Ofek, réservée aux adolescents — le menottage des détenus à leur lit, parfois pratiqué sur des prisonniers atteints de troubles mentaux en guise de traitement.

À la prison d’Ayalon, un détenu nécessitant des soins médicaux s’est vu attaché à un lit par les quatre membres pendant 38 heures. Aux prisons d’Eshel et de Givon, c’est allé si loin que des prisonniers ont dû se déféquer dessus. Dans d’autres cas, les détenus avaient les mains attachées au-dessus de la tête.

D’après la réglementation des Services pénitentiaires israéliens, attacher les personnes incarcérées ne doit être employé qu’en dernier recours pour les empêcher de s’en prendre à d’autres détenus ou à eux-mêmes, mais pas pour les sanctionner.

Des prisonniers en détention en Israël. Illustration. (Crédit : Moshe Shai/Flash90)

Certains prisonniers ont été placés en isolement dans des conditions effroyables, les gardiens ne leur donnant pas de vêtements propres pendant six jours d’affilée par exemple. Un détenu a été aspergé d’eau et contraint de conserver ses vêtements humides pendant plusieurs jours, lit-on dans le rapport. Certains établissements pénitentiaires sont en très mauvais état : toilettes cassées, fenêtres scellées sans climatisation dans la cellule.

« Deux mineurs ont expliqué qu’on leur avait ôté leur matelas quand ils étaient en isolement et qu’ils avaient dû dormir sur leur lit en métal », détaille le rapport.

Des problèmes sanitaires ont été constatés dans 19 prisons, certaines ailes sont même qualifiées « d’impropres à l’accueil d’êtres humains », dont certaines réservées aux personnes souffrant de troubles mentaux — des conditions qui pourraient exacerber leurs troubles, a averti le Bureau d’aide juridictionnelle.

Les murs de la prison d’Eshel sont moisis et criblés de fissures, des rats et des souris infestent même les cellules. Dans celle d’Ayalon, certains détenus disent préférer dormir par terre à cause des punaises de lits dans leur matelas. Des cafards et des punaises ont également été retrouvés dans d’autres prisons, et les cellules sentent la moisissure, la saleté ou la cigarette.

Illustration d’un prisonnier derrière les barreaux (sakhorn38 / iStock via Getty images)

Les inspecteurs ont également dénoncé les mauvaises conditions dans une aile du centre de détention de Hadarim, où les condamnés sont placés à l’isolement ou sous surveillance spéciale en raison de leurs pensées suicidaires. Le rapport recommande que personne ne soit placé dans cette aile, se présentant sous la forme d’un long couloir sans fenêtres et lumière du jour.

Les inspecteurs ont également relevé 16 cas où l’espace accordé à chaque détenu est inférieur aux trois mètres-carrés minimum requis par la Haute Cour de justice — parfois même deux fois inférieur.

« Il s’agit d’un problème touchant tout le pays et qui constitue une violation quotidienne des droits les plus élémentaires des détenus et une violation de leurs droits humains », dénonce le rapport.

En réaction, les services pénitentiaires ont indiqué qu’une commission chargée d’appliquer les règles en vigueur pour l’isolement avait été mise en place. Ils ont également assuré que depuis le 30 avril 2019, tous les établissements respectaient les trois mètres-carrés par détenu et qu’ils faisaient le nécessaire pour faire passer ce chiffre à 4,5 m², la prochaine étape exigée par la Haute Cour.

Les services pénitentiaires ont ajouté que les problèmes sanitaires, d’hygiène et de nuisibles « avaient été traités dans tous les établissements », de même que l’attachement illégal des prisonniers. « Nous avons répété les instructions à ce sujet ».

D’après les services, le confinement à l’isolement et les fouilles corporelles n’étaient que des mesures exceptionnelles, appliquées lorsque cela était nécessaire, et que les ordres avaient été rappelés aux prisons concernées.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...