Le village syrien qui parle araméen se prépare pour les pèlerinages d’été
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Le village syrien qui parle araméen se prépare pour les pèlerinages d’été

La localité est célèbre pour son dédale de grottes troglodytiques qui ont servi de refuge aux chrétiens fuyant les persécutions après leur conversion aux débuts du christianisme

Un drapeau national et des portraits du président syrien Bashar al-Assad dans le village de Maalula, au nord Damas, le 29 juin 2021. (Crédit : LOUAI BESHARA / AFP)
Un drapeau national et des portraits du président syrien Bashar al-Assad dans le village de Maalula, au nord Damas, le 29 juin 2021. (Crédit : LOUAI BESHARA / AFP)

Dans l’antique village syrien de Maaloula, des ouvriers armés de râteaux et poussant des brouettes s’activent dans l’étroite faille rocheuse de Mar Takla, afin de préparer la venue des pèlerins chrétiens et des touristes estivaux après des années de guerre.

Niché sur le flanc escarpé des montagnes rocailleuses du Qalamoun, à une soixantaine de kilomètres au nord de Damas, Maaloula était autrefois envahi chaque année par des milliers de visiteurs, venus se balader dans ses ruelles pour entendre les riverains converser en araméen, la langue de Jésus-Christ.

Outre les églises et les monastères, la localité est célèbre pour son dédale de grottes troglodytiques qui ont servi de refuge aux chrétiens fuyant les persécutions après leur conversion durant les premiers siècles du christianisme.

Près du couvent grec orthodoxe de Mar Takla, la gorge de Sainte-Thècle aurait sauvé la jeune femme, convertie en l’an 67 et pourchassée par des soldats romains après avoir fui sa famille de notables païens. La légende veut qu’à son arrivée à Maaloula, la montagne se serait fendue pour lui offrir une échappatoire.

« Elle sera plus belle qu’avant », s’enthousiasme Yehia, un volontaire du village, le front en sueur, en tentant d’effacer des graffitis et inscriptions sur un des murs de la faille.

Munis de pelles et de râteaux, d’autres ouvriers égalisent le sol et les graviers, soulevant aussi de grosses pierres qui se sont vraisemblablement détachées des hauteurs.

Des volontaires ratissent des pierres entre des falaises dans le village de Maalula, au nord de la capitale syrienne Damas, en préparation du retour des pèlerins chrétiens. (Crédit : LOUAI BESHARA / AFP)

Par endroits les parois se toucheraient presque, laissant à peine filtrer les rayons du soleil.

Les habitants espèrent terminer ces travaux d’entretien avant la fête de l’Assomption, le 15 août, qui attire des centaines de visiteurs.

Hugo Chavez, Jimmy Carter

Avant le conflit déclenché en 2011, touristes occidentaux ou fidèles, venus notamment du Liban voisin, se déversaient par milliers dans ce couloir montagneux qui serpente sur 500 mètres avant de déboucher sur le couvent de Mar Takla et le monastère grec catholique de Saint-Serge et Saint-Bacchus.

Maaloula, qui signifie « entrée » en araméen, est le plus célèbre des trois villages des environs de Damas où l’on pratique encore cette langue ancestrale.

L’une des cours du monastère de Mar Taqla dans le village de Maalula, au nord de la capitale syrienne Damas, le 29 juin 2021. (Crédit : LOUAI BESHARA / AFP)

« La gorge est un des sites les plus importants de Maaloula », vante le maire du village, Ibrahim al-Chaër, reconnaissant que le lieu a toutefois souffert « de négligence et des intempéries » mais porte aussi les stigmates des affrontements, de tirs d’obus et d’incendies.

Les combats ont gagné le secteur en 2013. Rebelles et jihadistes liés à Al-Qaïda se sont emparés du village, enlevant 13 religieuses – libérées trois mois plus tard. Le pouvoir de Damas a finalement reconquis la zone en avril 2014.

Si les destructions à Maaloula n’ont pas été de l’ampleur de celles survenues dans d’autres régions syriennes, les sites religieux n’ont pas été épargnés. Eglises et monastères en pierre ont été mis à sac et endommagés par des tirs d’artillerie, des icônes détruites, d’autres volées.

Une statue de la Vierge Marie surplombe le village de Maalula, à Damas, le 29 juin 2021. (Crédit : LOUAI BESHARA / AFP)

Ces sites ont depuis été restaurés. Mais sur les plus de 6.000 habitants que comptait autrefois Maaloula, seuls 2 000 sont revenus après avoir fui. Les autres se sont installés à Damas ou dans ses alentours, quand ils ne sont pas partis à l’étranger.

Youssef Ibrahim, adjoint du gouverneur des environs de Damas, espère doper « la vie touristique et les pèlerinages » afin qu’ils retrouvent leurs niveaux « d’avant ».

« De nombreux chefs d’Etat nous ont rendu visite, parmi les plus célèbres il y a eu le Vénézuélien Hugo Chavez et le président américain Jimmy Carter », s’enorgueillit-il.

« Les gens visitent la gorge de Maaloula pour prier (…) Ici Dieu est au plus près des cœurs », ajoute le responsable. « Je serai des plus heureux quand je verrai les visiteurs affluer. »

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