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Les affaires au cœur de la première visite de Bennett aux Emirats

"Nous sommes voisins et cousins. Nous sommes les petits-enfants du prophète Abraham", a déclaré le Premier ministre israélien

Le Premier ministre Naftali Bennett (à gauche) rencontre le prince héritier des Émirats arabes unis Mohammed bin Zayed Al Nahyan dans le palais d'Abu Dhabi de ce dernier, le 13 décembre 2021. (Crédit : Haim Zach/GPO)
Le Premier ministre Naftali Bennett (à gauche) rencontre le prince héritier des Émirats arabes unis Mohammed bin Zayed Al Nahyan dans le palais d'Abu Dhabi de ce dernier, le 13 décembre 2021. (Crédit : Haim Zach/GPO)

Le Premier ministre d’Israël Naftali Bennett s’est entretenu lundi à Abou Dhabi avec l’homme fort des Emirats arabes unis Mohammed ben Zayed, une rencontre historique qui vient sceller une « nouvelle réalité » dans la région.

Les liens commerciaux ont été au cœur des discussions, au deuxième jour de la visite de M. Bennett, la première d’un chef de gouvernement israélien dans une monarchie arabe du Golfe.

Cette visite a lieu au moment où Israël, par ailleurs, pousse pour le maintien des sanctions contre l’Iran, son ennemi juré et pays riverain et important partenaire économique des Emirats.

M. Bennett a rencontré le prince héritier d’Abou Dhabi, Mohammed ben Zayed, qui a « exprimé l’espoir que cette visite contribuera à des avancées positives dans la coopération » bilatérale, selon l’agence de presse officielle émiratie WAM.

Le Premier ministre Naftali Bennett rencontre le ministre des Affaires étrangères des Emirats arabes unis Abdullah bin Zayed à Abu Dhabi le 12 décembre 2021. (Crédit : Haim Zach/GPO)

Les deux hommes ont discuté des « voies de coopération » dans « l’investissement, l’économie, le commerce et le développement, en particulier dans les domaines de l’agriculture, de la sécurité alimentaire, des énergies renouvelables, des hautes technologies et de la santé », d’après WAM.

Dans une interview à la WAM, M. Bennett a évoqué « une nouvelle réalité » dans la région et dit s’attendre à de « bonnes relations » dans le secteur économique.

Zayed a pour sa part exprimé l’espoir que la rencontre « contribuera à une plus grande coopération au profit des peuples des deux pays et des peuples de la région ».

Selon la WAM, les deux dirigeants ont « examiné la coopération bilatérale et les moyens de la développer davantage » dans divers domaines.

Le prince des Émirats arabes unis Mohammed bin Zayed al-Nahyan à Abu Dhabi, le 15 octobre 2019. (Crédit : AP Photo/Alexander Zemlianichenko, Pool)

Le communiqué indique que le prince héritier « a souligné que les relations étrangères des EAU sont basées sur des principes fermes de respect mutuel, de coopération et de défense des valeurs de coexistence et de paix… exprimant son espoir que la stabilité prévaudra au Moyen-Orient ».

« En conclusion de la réunion, les deux parties ont souligné la volonté de stimuler la coopération bilatérale et l’action conjointe dans le but de renforcer les intérêts mutuels et de contribuer à la consolidation de la stabilité, de la sécurité et du développement dans la région », a rapporté la WAM.

Nucléaire iranien

Naftali Bennett est arrivé dimanche soir à Abou Dhabi, plus d’un an après la signature d’un accord sur la normalisation entre les deux pays le 15 septembre 2020. Le même jour, Bahreïn a signé le même accord et ces deux pays sont devenus les premières monarchies arabes du Golfe à normaliser publiquement les relations avec Israël.

Il a été accueilli à l’aéroport par le ministre des Affaires étrangères Abdullah bin Zayed al-Nahyan – le frère du prince héritier – et par une garde d’honneur après son atterrissage.

« J’apprécie votre chaleureuse hospitalité. C’est un accueil merveilleux. Je suis très heureux d’être ici, à l’occasion de la première visite officielle d’un dirigeant israélien ici », a déclaré Bennett à bin Zayed, selon un communiqué du bureau du Premier ministre. « Nous espérons renforcer les relations entre les deux pays ».

Le Premier ministre Naftali Bennett ave le ministre des Affaires étrangères des Emirats arabes unis Abdullah bin Zayed à Abu Dhabi le 12 décembre 2021. (Crédit : Haim Zach/GPO)

Depuis, les Emirats et Israël ont conclu plusieurs accords commerciaux -tourisme, aviation, services financiers etc…

« Les Emiratis s’intéressent à l’expérience de M. Bennett dans le domaine des hautes technologies et des affaires, ainsi qu’à l’innovation israélienne en général », a dit cette source, précisant que les réunions devraient « se concentrer principalement sur les échanges commerciaux ».

Outre le prince héritier, Bennett a également rencontré lundi le ministre de l’Industrie et des Technologies avancées des EAU, Sultan Ahmed Al Jaber, et la ministre de la Culture, Noura bint Mohammed Al Kaabi.

Au-delà de l’économie, le dossier nucléaire de l’Iran fait partie des inquiétudes communes d’Israël et de ses nouveaux partenaires du Golfe.

Images de l’installation nucléaire de Natanz diffusée par la télévision d’État iranienne, le 17 avril 2021. (Capture d’écran/Twitter)

Dans une interview accordée à WAM, M. Bennett a déclaré que les accords d’Abraham de l’année dernière, qui ont normalisé les liens entre Israël et les EAU et plusieurs autres États arabes, ont établi une « nouvelle structure profonde et solide pour les relations diplomatiques, économiques et culturelles » au Moyen-Orient.

« Les relations entre les deux pays se sont renforcées dans tous les domaines, et j’en suis très satisfait, car de nombreux accords de coopération ont été conclus dans les domaines du commerce, de la recherche et du développement, de la cyber-sécurité, de la santé, de l’éducation, de l’aviation, etc. Notre coopération offre des opportunités économiques sans précédent, non seulement pour nous, mais aussi pour un plus grand nombre de pays, ce qui constitue un autre élément pour renforcer la stabilité et la prospérité dans cette région », a-t-il ajouté.

« Le message que je souhaite délivrer aux dirigeants des EAU et aux citoyens émiratis est que le partenariat mutuel et l’amitié sont naturels. Nous sommes voisins et cousins. Nous sommes les petits-enfants du prophète Abraham », a ajouté M. Bennett, concluant que le réchauffement des liens au cours de l’année écoulée « est la meilleure preuve que le développement des relations bilatérales est un trésor précieux pour nous et pour toute la région. »

La région a été le théâtre d’un bal diplomatique ces dernières semaines alors que des pourparlers sur ce dossier se déroulent actuellement à Vienne, jusque-là sans résultat.

Ces négociations indirectes à Vienne entre l’Iran et les Etats-Unis, par l’intermédiaire notamment des Européens, ont repris fin novembre pour tenter de ressusciter l’accord de 2015 censé empêcher Téhéran de se doter de la bombe atomique.

Les Etats-Unis se sont retirés en 2018 de cet accord, en rétablissant leurs sanctions contre l’Iran, lequel en réponse s’est affranchi progressivement des restrictions à son programme nucléaire, suscitant les inquiétudes internationales même si ce pays a maintes fois démenti chercher à fabriquer une bombe nucléaire.

Le président iranien Hassan Rouhani, deuxième à droite, écoute le chef de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique, Ali Akbar Salehi, alors qu’il visite une exposition sur les nouvelles réalisations nucléaires de l’Iran à Téhéran, en Iran, le 10 avril 2021. (Bureau de la présidence iranienne via AP)

Prudence

Israël rejette l’accord de 2015 et continue d’accuser l’Iran.

Les Emirats gardent néanmoins une attitude plus prudente vis-à-vis de la République islamique.

Début décembre, le conseiller à la sécurité nationale, cheikh Tahnoun ben Zayed, s’est rendu à Téhéran, une première visite en cinq ans d’un responsable émirati de ce rang, et l’Iran a alors exprimé l’espoir d’ouvrir une nouvelle page avec les Emirats.

Le 11 novembre, les Emirats et Bahreïn ont mené des premières manœuvres navales conjointes avec l’Etat hébreu, dans le but d’ « améliorer nos capacités collectives de sécurité maritime », selon la marine américaine à la tête de cet exercice.

De gauche à droite : Benjamin Netanyahu, alors Premier ministre, Donald Trump, alors président des États-Unis, et Abdullah bin Zayed Al-Nahyan, le ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, à la signature des accords d’Abraham à la Maison Blanche le 15 septembre 2020. (Saul Loeb / AFP)

La République islamique est régulièrement accusée de mener des opérations hostiles dans les eaux du Golfe.

La visite de Naftali Bennett a été globalement peu suivie par les médias émiratis, la population locale et arabe restant encore très solidaire des Palestiniens et hostile à l’Etat hébreu.

Aux Emirats comme à Bahreïn, les critiques contre Israël ne manquent pas mais s’arrêtent souvent aux réseaux sociaux, les condamnations publiques contre les gouvernements étant rares dans ces pays accusés de museler les voix dissidentes.

La normalisation avec Israël a rompu avec des décennies de consensus arabe excluant l’établissement de liens officiels sans résolution du conflit israélo-palestinien.

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