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Les autorités appelées à agir pour stabiliser le niveau de la mer Morte

Dans un projet de document d'orientation, le ministère de l'Environnement propose de limiter et de tarifier le pompage industriel, ainsi qu’un accord régional sur l'eau du Jourdain

Vue des formations de sel sur le rivage de la mer Morte, le 30 octobre 2021. (Crédit : Mila Aviv/Flash90)
Vue des formations de sel sur le rivage de la mer Morte, le 30 octobre 2021. (Crédit : Mila Aviv/Flash90)

Le ministère de l’Environnement a publié lundi un projet de document d’orientation sur l’avenir de la mer Morte pour consultation publique.

Le document, disponible en hébreu, invite le gouvernement à prendre des mesures immédiates pour stabiliser la baisse du niveau d’eau, bien qu’il ne fournisse pas de chiffre quant au niveau optimal.

Il recommande de limiter le volume d’eau qui peut être pompé de la mer Morte pour l’extraction industrielle de minéraux, en précisant que le pompage ne devrait pas dépasser la moyenne des deux dernières décennies. Il préconise également de rendre ce pompage payant.

Ces frais – qui seront formalisés sous la forme d’une taxe lors du renouvellement de la concession minière en 2030 – contribueraient à financer les nombreuses recommandations du document.

En octobre dernier, le ministère de la Justice avait accepté de manière controversée d’effacer une dette d’eau de 65 millions de shekels due à l’État par la Dead Sea Works.

Le document propose que 100 millions de mètres cubes d’eau douce soient transférés chaque année du lac de Tibériade vers la mer Morte, via le Jourdain, dans le cadre d’un accord régional avec la Jordanie et l’Autorité palestinienne, et recommande la création d’une autorité fluviale conjointe pour gérer et entretenir le réseau fluvial.

La mer Morte a diminué de moitié environ depuis 1976, en raison du détournement, par Israël, la Jordanie et la Syrie, des quelque 1 200 millions de mètres cubes d’eau douce qui s’y déversaient pour satisfaire aux besoins humains, et parce que les usines situées sur les rives israéliennes et jordaniennes pompent l’eau pour l’extraction de minéraux sans la remplacer.

Une vue de l’usine de la mer Morte, le 2 février 2018. The Dead Sea Works est une usine israélienne de potasse située à Sdom, sur la côte de la mer Morte en Israël. (Crédit : Issac Harari/Flash90)

Le niveau de la mer baisse d’environ 1,15 mètre chaque année, une tendance qui a provoqué l’ouverture de milliers de dolines dans la région et des changements hydrologiques dans les cours d’eau et les sources – des phénomènes qui ont durement touché le tourisme et l’agriculture.

Galit Cohen, directrice générale du ministère de la Protection de l’environnement. (Crédit : Haim Zach / GPO)

Galit Cohen, directrice générale du ministère de l’Environnement, a déclaré que le document – une feuille de route pour « une gestion prudente qui concilie conservation et développement » – visait à permettre « une discussion publique réelle et approfondie. »

Le document prévoit l’état de la mer Morte et de la zone qui l’entoure en 2070 selon deux scénarios extrêmes.

Une doline s’est ouverte sous ce qui était autrefois une route. Le village de vacances abandonné du kibboutz Ein Gedi est visible à l’arrière-plan, le 20 janvier 2022. (Crédit : Sue Surkes/Times of Israel)

Si les autorités continuent à fonctionner comme avant, le niveau du lac baissera encore de 60 mètres (il se situe actuellement à 436 mètres sous le niveau de la mer) et sa superficie diminuera encore de 15 %, après avoir perdu 21 milliards de mètres cubes d’eau. Dans ce scénario, la détérioration des infrastructures autour de la mer se poursuivrait, et l’accès à l’eau serait encore plus compromis.

La mer Morte s’étendait autrefois jusqu’à cette jetée, aujourd’hui échouée sur la rive d’Ein Gedi. (Crédit : Nadav Lensky, Observatoire de la mer Morte, Service géologique d’Israël)

Le document suggère en revanche que le lac pourrait être stabilisé si l’on garantissait un apport annuel d’environ 750 millions de mètres cubes provenant de diverses sources, dont la Méditerranée et la mer Rouge. L’équipe a examiné diverses solutions du point de vue environnemental, économique et pratique.

Une femme flotte dans la mer Morte, à Ein Bokek. (Crédit : Subbotsky via iStock par Getty Images)

Parmi les autres recommandations du document de 119 pages figurent :

– obliger Dead Sea Works à présenter un plan détaillé assorti d’un calendrier contraignant pour le raclage du sel au fond du grand bassin d’évaporation d’Ein Bokek, afin d’éviter que la montée des eaux à cet endroit n’inonde les hôtels voisins ;

– le lancement d’un projet interministériel visant à développer des alternatives d’emploi afin de réduire la dépendance de la région en matière d’emplois dans des usines qui dépendent d’une ressource naturelle en voie de disparition ;

– l’aménagement de plages de baignade publiques et de sentiers de randonnée le long des rives nord-ouest de la mer Morte, dont certaines se trouvent en Israël et d’autres en Cisjordanie mais sous contrôle israélien. (Actuellement, il n’existe que trois plages le long de la rive nord-ouest de la mer Morte, qui sont toutes payantes. La mer s’arrête avant les hôtels d’Ein Bokek, dont la plage jouxte un grand bassin d’évaporation).

– la protection de la route 90, qui longe le rivage occidental de la mer Morte et relie les carrefours du Lido et d’Arava ;

– la construction de ponts le long des sections du littoral qui sont actuellement marquées par des dolines et inaccessibles au public, ainsi que de belvédères, de sites de stationnement réglementés et de navettes vers les plages et les sites touristiques existants et proposés.

« Le prélèvement continu d’eau dans le bassin a des implications importantes pour l’avenir de la région, et le gouvernement doit agir résolument et rapidement pour s’assurer que les générations futures profiteront également de cette ressource naturelle unique », a déclaré M. Cohen.

Les commentaires et suggestions (qui peuvent être faits ici) seront soumis au ministre pour une décision sur les recommandations finales, a-t-elle ajouté.

ICL (anciennement Israel Chemicals Ltd.), la société mère de Dead Sea Works, qui exploite les minéraux, n’a pas fait de commentaire immédiat.

Le ministère de l’Environnement – chargé de diriger la formulation d’une politique à long terme pour le bassin de la mer Morte dans le cadre d’un effort interministériel visant à étudier tous les aspects du déclin de la mer Morte sous la direction du bureau du Premier ministre – a rédigé le document en collaboration avec le Geological Survey, l’Autorité israélienne d’assainissement de la mer Morte et le Jerusalem Institute for Policy Studies.

Le projet s’est déroulé au sein d’une grande équipe de coordination interministérielle comprenant des représentants des ministères, des conseils régionaux, de l’Autorité israélienne de la Nature et des Parcs et des organisations environnementales.

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