Les clowns rejoignent le front dans la lutte contre le coronavirus
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Les clowns rejoignent le front dans la lutte contre le coronavirus

"On aide le système à rester sain d'esprit", dit l'homme à la tête d'une équipe de cent clowns qui prescrivent le rire comme meilleur traitement dans 30 hôpitaux d'Israël

Le clown médical Nimrod Eisenberg à l'hôpital Sourasky de Tel Aviv (Autorisation)
Le clown médical Nimrod Eisenberg à l'hôpital Sourasky de Tel Aviv (Autorisation)

Les clowns des hôpitaux israéliens refusent de se laisser stopper par le coronavirus – même si cela signifie réinventer le fameux nez rouge et désinfecter les pantalons exagérément grands en les plongeant dans des températures presque bouillantes.

Les clowns sont aux prises avec leurs pantalons larges qui se rétrécissent sous l’effet de lavages quotidiens à 90 degrés et doivent se tenir derrière des vitres épaisses lorsqu’ils s’efforcent de créer le lien avec les malades du coronavirus. Mais des sourires et des rires bienvenus se succèdent lors de leurs interventions dans les différentes unités hospitalières – y compris celles qui accueillent les malades du Covid-19.

« Au lieu de le laisser nous séparer, nous parodions le niveau de protection nécessaire pour faire rire », explique Nimrod Eisenberg. « Je mets des gants sur mes oreilles, par exemple, pour rendre amusante cette situation effrayante. »

Israël est leader mondial en termes d’intervention des clowns dans les hôpitaux, et Nimrod Eisenberg, qui travaille à l’hôpital Sourasky, est l’un des cent clowns appartenant à l’organisation à but non lucratif Dream Doctors. Cette association est présente dans 30 établissements hospitaliers en Israël, s’efforçant de redonner le moral aux patients et aux personnels et accompagnant plus de 40 types d’interventions médicales.

Le directeur général de Dream Doctors, Tsour Shriqui, explique que certains hôpitaux – une minorité – ont demandé aux clowns de cesser de venir au début de la crise.

« Certains hôpitaux ont suggéré qu’on arrête de venir, mais on continue à travailler dans 82 % d’entre eux », indique-t-il. « Il ne s’agit plus seulement de divertir et de faire rire les patients, mais aussi de réduire la peur et l’anxiété, qui sont particulièrement importantes ces derniers temps. On intervient aussi pendant des opérations, ce qui calme les malades et améliore leur coopération. »

Les accessoires utilisés par les clowns n’ont pas été créés pour supporter les contacts avec les produits chimiques, et ils s’abîment petit à petit à force d’être aspergés d’alcool. Nimrod Eisenberg explique que « tout doit être nettoyé à l’alcool médical et nous devons porter un grand nombre de protections ».

Le clown médical Nimrod Eisenberg à l’hôpital Sourasky de Tel Aviv. (Autorisation)

Rien n’a été laissé au hasard dans la mise en place des interventions au sein des unités accueillant des malades du Covid-19, et il a fallu s’adapter.

« Un grand nombre de nos clowns ont travaillé dans des cirques, et c’est donc normal pour eux de faire participer les gens, par exemple, en passant un mouchoir plein de couleurs à un enfant », explique Nimrod Einseberg.

« Mais maintenant, il n’y a plus de contact physique du tout, on ne peut même pas leur donner un objet. Alors il faut renforcer le langage corporel, la voix, et rendre la présence bien plus importante », poursuit-il.

Les fameux nez rouges ne sont pas compatibles avec les équipements de protection. « Avec un masque sur le visage, il faut mettre un type différent de nez rouge, et on a dû préparer des autocollants avec des nez rouges », décrit le clown.

Et tandis que l’essence même du travail de clown consiste à s’approcher des malades, il a fallu introduire la distance sociale, pour respecter les régulations très strictes mises en œuvre dans les unités de prise en charge du coronavirus.

« Nous allons encore dans les hôpitaux, on reste derrière les vitres et on interagit avec les malades du coronavirus », précise-t-il. « C’est une belle chose. Si on ne peut pas avoir recours au son, alors on mime ou, si nous le pouvons, nous plaçons un haut-parleur dans la pièce pour qu’ils puissent nous entendre. »

Et d’ajouter : « On va se tenir hors de la pièce et travailler soit par vidéoconférence, soit derrière les vitres en verre. Ce qui est étonnant dans l’art du clown, c’est qu’il peut être beau et non verbal. Nous sommes donc un outil formidable pour transmettre une émotion positive, même derrière une vitre épaisse. »

« S’il n’y a pas de son, alors on a recours au pantomime physique, et s’il y a des haut-parleurs et des microphones à notre disposition, on chante, on joue la comédie, on écoute les histoires des malades », continue-t-il.

Nimrod Eisenberg estime que « les restrictions mises en place par le coronavirus représentent un défi créatif pour les clowns, mais cela en vaut la peine ».

Tsour Shriqui explique que les clowns investissent beaucoup d’énergie pour tenter de détendre les personnels soignants ainsi que les malades, notant que, s’ils revêtent des habits comiques et qu’ils font des numéros farfelus, ils aident les autres à ne pas perdre la face.

« On aide le système à rester sain d’esprit en ces moments déments », dit-il.

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