Les communautés juives de Bruxelles et d’Anvers en conflit concernant la commémoration de l’Holocauste
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Les communautés juives de Bruxelles et d’Anvers en conflit concernant la commémoration de l’Holocauste

Les communautés juives sont en désaccord concernant la pose de pavés commémoratifs Stolpersteine, sur fond de faille croissante entre Flamands et Wallons

Illustration du quartier juif d'Anvers (Crédit : Ben Harris/JTA)
Illustration du quartier juif d'Anvers (Crédit : Ben Harris/JTA)

Les Juifs de Bruxelles ont manifesté à Anvers contre le refus de la ville et de sa communauté juive d’utiliser des pavés commémoratifs pour honorer la mémoire les victimes de l’Holocauste.

Mettant en évidence la propagation de la fracture binationale en Belgique à ses communautés juives, une douzaine de manifestants de l’Association pour la Mémoire de la Shoah, ou AMS, basée à Bruxelles, se sont réunis lundi à l’extérieur de l’hôtel de ville d’Anvers, tandis que les dirigeants de la communauté juive d’Anvers assistaient à un service commémoratif avec le maire Bart de Wever, auprès d’un monument de la ville.

La manifestation concernait le refus de la ville, avec le soutien de la communauté juive locale, de mettre en place des Stolpersteine – le nom allemand des petites pierres en laiton fixées dans les trottoirs face aux bâtiments desquels les Juifs ont été déportés. Plus de 50 000 d’entre elles ont été posées dans 18 pays d’Europe.

Photo prise le 9 ovembre 2013 d'un "Stolperstein» sur une promenade à l'occasion du 75e anniversaire de la Nuit de Cristal qui a eu lieu la nuit du 9  et 10 novembre 1938 à Berlin (Crédit : AFP PHOTO / JOHANNES EISELE)
Photo prise le 9 ovembre 2013 d’un « Stolperstein» sur une promenade à l’occasion du 75e anniversaire de la Nuit de Cristal qui a eu lieu la nuit du 9 et 10 novembre 1938 à Berlin (Crédit : AFP PHOTO / JOHANNES EISELE)

Bruxelles a reçu sa première Stolpersteine l’année dernière, suite au lobbying de l’AMS. Mais les Juifs d’Anvers, qui cherchent de plus en plus à se différencier de la communauté de Bruxelles, refusent la pose de Stolpersteine, invoquant que les Stolpersteine pourraient conduire au vandalisme dans les quartiers à majorité musulmane ou être salis par des animaux qui se soulageant.

Le Forum des organisations juives d’Anvers s’oppose à l’initiative également parce qu’il craint que cela ne soit injuste envers les victimes de l’Holocauste sans parents.

Au lieu de cela, ils sont favorables à l’érection d’un monument avec les noms de toutes les victimes de l’Holocauste de Belgique.

La Belgique, qui abrite 40 000 Juifs, est une entité binationale fédérale composée de la Région flamande, où un dialecte provenant du néerlandais est parlé, et la Région wallonne de langue française, ainsi que l’entité fédérale de Bruxelles, où les deux langues sont parlées.

Au cours des dernières années, le sécessionnisme flamand est devenu une politique dominante dans la Région flamande, un développement qui a divisé la direction politique du pays ainsi que la nation.

La Grande synagogue de Bruxelles, en juin 2007. (Crédit : Travail personnel Jpcuvelier, domaine public, via WikiCommons)
La Grande synagogue de Bruxelles, en juin 2007. (Crédit : Travail personnel Jpcuvelier, domaine public, via WikiCommons)

Cette évolution a entraîné une scission au sein des communautés juives de Bruxelles et d’Anvers, qui sont de taille égale, mais diffèrent par le fait qu’Anvers est une communauté à prédominance Haredi, alors que les Juifs de Bruxelles sont majoritairement laïques.

Dans les années 1990, les Juifs d’Anvers sont sortis du groupe d’union des communautés juives belges basé à Bruxelles (le CCOJB), et ont mis en place leur propre groupe, appelé le Forum. Au cours des dernières années, les deux groupes se sont affrontés sur des questions liées à Israël, mais ont depuis tenté de restaurer une certaine coopération afin d’éviter les désaccords.

L’aspect binationale est également présent dans le débat sur les pierres commémoratives, selon Michael Freilich, rédacteur en chef de Joods Actueel, un magazine mensuel d’Anvers. Il a déclaré mercredi que, tandis que le Forum a mis en avant des arguments valables pour ne pas placer les pavés, son opposition « peut être en partie due à une réaction instinctive face aux idées venant de Bruxelles. »

Il a également noté que l’AMS jouait sur les divisions ethniques en suggérant que la population flamande était plus complice de l’Holocauste que la population Wallonne.

Dans un communiqué publié sur son site internet mardi, l’AMS a écrit que les Juifs qui se sont déplacés d’Anvers à Bruxelles avant la guerre « ont doublé leur chance de survie », ajoutant que le taux de mortalité des Juifs à Anvers « est presque aussi élevé que celui du gouvernement néerlandais, avec un large soutien de la population néerlandaise ».

Environ 75 pour cent des Juifs néerlandais ont été tués dans l’Holocauste, contre 60 % en Belgique.

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