Les députés haredim jurent de rejeter le rabbin réformé travailliste
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Les députés haredim jurent de rejeter le rabbin réformé travailliste

Le Shas, YaHadout HaTorah et les partis nationaux-religieux fustigent Gilad Kariv, qui représente un "culte dangereux" ; pour Kariv, c'est la preuve qu'il doit être élu

Shalom Yerushalmi est analyste politique pour Zman Israël, le site en hébreu du Times of Israël sur l'actualité israélienne.

Le rabbin Gilad Kariv à la Cour suprême de Jérusalem, le 11 septembre 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le rabbin Gilad Kariv à la Cour suprême de Jérusalem, le 11 septembre 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Plusieurs députés juifs orthodoxes ont juré de boycotter le rabbin réformé Gilad Kariv si – ce qui paraît probable – ce dernier devait être élu à la Knesset aux côtés du Parti travailliste de centre-gauche lors des prochaines élections générales.

Les législateurs religieux ont exclu la possibilité de toute coalition avec les Travaillistes à cause de Kariv, disant que son courant du judaïsme était un « culte dangereux ». Certains ont même déclaré qu’il ne pourrait même pas être intégré dans le minyan (quroum de prière) dans la synagogue de la Knesset.

En réponse, Kariv a déclaré que leur attaque contre les courants non-orthodoxes du judaïsme était une preuve supplémentaire de l’absolue nécessité d’inclure des voix issues du judaïsme modéré et inclusif au sein du parlement israélien.

Des représentants du Shas, de Yahadout HaTorah et du parti sioniste religieux ont déclaré à Zman Yisrael, le site en hébreu du Times of Israël, que Kariv suivait une religion dénaturée qui cherchait à détruire les fondations du judaïsme. Ils ont indiqué qu’une éventuelle coopération avec Kariv – directeur du mouvement réformé israélien – était interdite et que tout contrat entretenu avec ce dernier était dangereux.

« Yahadout HaTorah ne peut tolérer tous ces cultes et toutes ces confessions qui n’ont aucun lien avec le judaïsme pur du Shulchan Aruch« , a commenté le député Moshe Abutbul, se référant à un éminent manuscrit juridique juif.

Le député du Shas Moshe Abutbul à la Knesset, le 25 septembre 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Il a ajouté qu’il « y a toutes sortes de religions grotesques à l’étranger et voilà qu’aujourd’hui, le Parti travailliste décide de les introduire ici. Nous ne coopérerons pas avec ces gens qui détruisent le judaïsme traditionnel ».

Pour sa part, un autre député du Shas, Michael Malchieli, a précisé que sa formation n’intégrerait jamais une coalition aux côtés de Kariv.

« S’il veut siéger avec nous [dans une coalition], il faudra qu’il accepte notre programme qui se base sur le lien à la tradition, cette tradition que nous conservons depuis 3 000 ans », a commenté Malchieli.

Pour certains rabbins qui se sont insurgés contre le judaïsme réformé, Kariv n’aurait même pas le droit de participer à un minyan (dans le judaïsme orthodoxe, un quorum de dix hommes est nécessaire pour accomplir certaines prières). Un éminent député de Yahadout HaTorah a déclaré que, si les partis ultra-orthodoxes n’interdiraient pas à Kariv d’entrer dans la synagogue de la Knesset s’il voulait y prier, « nous nous assurerons de pouvoir former un minyan même sans lui ».

Le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri (à droite) discute avec le député de YaHadout HaTorah Moshe Gafni à la Knesset, le 7 novembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

S’il est élu – ce qui paraît probable dans la mesure où il figure sur la quatrième place de la liste électorale de son parti – Kariv sera le premier rabbin réformé à siéger au parlement, une perspective qui a entraîné son lot d’émotions.

« Pour nous, il est même pire que Yair Lapid, [Avigdor] Liberman ou Amir Ohana, avec lesquels nous avons déjà des problèmes », a déclaré un éminent législateur de Yahadout HaTorah.

Lapid et Liberman, qui sont respectivement à la tête des formations Yesh Atid et Yisrael Beytenu, sont des laïcs qui ont fait campagne contre les partis ultra-orthodoxes et contre l’importance qui leur est accordée au sein de la coalition du Premier ministre Benjamin Netanyahu. Ohana, premier ministre ouvertement homosexuel de toute l’histoire d’Israël, est membre du Likud de Netanyahu et a voté en faveur de la législation sur les droits des gays à laquelle les formations haredim s’étaient opposées.

La présence de tels politiciens « est inacceptable en termes religieux », a continué le député de Yahadout HaTorah, et Kariv « vient nous combattre sur le terrain des questions de foi, ces questions qui sont les plus chères à notre cœur – sur le mur Occidental, sur la conversion, sur les conseils religieux. C’est un idolâtre du Temple. Kariv n’est pas seulement un Juif réformé parmi les autres, il est l’homme qui domine le mouvement progressiste. Il est un symbole. Il est impossible qu’il entre au parlement », a dit le membre de Yahadout HaTorah.

D’autres politiciens religieux ont, eux aussi, récemment dénoncé le mouvement du judaïsme réformé. Cela a notamment été le cas de Bezalel Smotrich, à la tête de la liste sioniste religieuse d’extrême-droite.

Le député Yamina Bezalel Smotrich s’exprime lors d’une session plénière de la Knesset à Jérusalem, le 24 août 2020. (Oren Ben Hakoon / Pool / Flash90)

« Nous devons garantir que nous n’apporterons aucune reconnaissance officielle à tous les types de courants qui ne font pas partie du judaïsme », a déclaré Smotrich dans un entretien le mois dernier. « Au sein de l’État d’Israël, on ne peut pas permettre aux distorsions du judaïsme de s’implanter. »

Le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri, à la tête de Shas, a déclaré la semaine dernière, lors de la conférence Bshva Jérusalem que, à cause de Kariv, les dirigeants de droite Gideon Saar et Naftali Bennett devraient exclure l’idée de former un « bloc de blocage » avec le Parti travailliste pour empêcher l’alliance de droite religieuse de Netanyahu d’accéder au pouvoir.

« Le Parti travailliste est devenu pire que le Meretz. Il a placé un rabbin réformé à la quatrième place de sa liste et, malheureusement, le rabbin se bat contre tout ce qui relève du judaïsme traditionnel et du statu quo. Formeront-ils un seul bloc avec les Travaillistes pour bloquer Netanyahu ? », a interrogé Deri.

Le leader du Shas a également promis qu’un gouvernement de droite qui comprendrait Tikva Hadasha de Saar serait formé après les élections. Saar, ex-ministre du Likud, a déclaré qu’il voulait remplacer Netanyahu et a rejeté toute possibilité de former une coalition avec le Likud.

Le rabbin Gilad Kariv prend part à la prière lors de la Journée israélienne de l’indépendance à Beit Daniel à Tel Aviv, en 2018. (Autorisation : Mouvement israélien pour le Judaïsme progressiste)

Kariv qui, dans un récent entretien accordé au Times of Israël, avait appelé à ce que soit conclu un « nouvel accord » avec la communauté haredi du pays, a déclaré que les commentaires des députés orthodoxes et leur hostilité à l’égard du judaïsme réformé comme à l’égard de lui-même soulignaient l’importance de son élection à la Knesset.

« Leurs réponses… ne font que prouver la nécessité de voir à la Knesset des représentants des courants libéraux et du renouveau pluraliste pour défendre les droits de ces mouvements et leurs membres, de façon à ce qu’une voix tolérante, inclusive et modérée puisse être entendue à la Knesset », a-t-il dit.

Kariv a également prédit que ces récriminations à son égard ne dureraient pas longtemps.

« Dans la mesure où des représentants du Shas et, depuis plus récemment, des représentants du judaïsme haredi ashkénaze siègent à mes côtés au bureau de la World Zionist Organization, et dans la mesure où Deri et [le député de Yahadout HaTorah Moshe] Gafni ont été mes partenaires dans les négociations portant sur le dossier de l’accord [depuis abrogé] sur la prière pluraliste au mur Occidental, je n’ai aucun doute sur le fait qu’ils vont lentement apprendre à discuter avec moi plutôt qu’à me boycotter », a-t-il expliqué.

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