Les « dysfonctionnements » internes, une grave menace pour Israël, selon l’INSS
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Les « dysfonctionnements » internes, une grave menace pour Israël, selon l’INSS

Si la guerre contre le Hezbollah et le nucléaire iranien sont en tête de la liste des menaces, dit l'Institut d'études de sécurité nationale, les questions sociales arrivent en 3e

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Des policiers affrontent des manifestants lors d'une manifestation contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu, devant sa résidence officielle à Jérusalem, le 2 janvier 2021. (Olivier Fitoussi/Flash90)
Des policiers affrontent des manifestants lors d'une manifestation contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu, devant sa résidence officielle à Jérusalem, le 2 janvier 2021. (Olivier Fitoussi/Flash90)

Tandis qu’une guerre potentielle contre le groupe terroriste du Hezbollah et le développement d’une arme nucléaire par l’Iran restent les deux menaces les plus importantes qui continueront à planer sur Israël pour l’année qui s’annonce, les conflits intérieurs et les dysfonctionnements gouvernementaux occupent la troisième place des dangers que le pays doit affronter, selon un rapport portant sur l’évaluation des risques pour Israël qui a été diffusé mercredi par un éminent think-tank israélien.

C’est la première fois que les divisions nationales – ou « dysfonctionnements internes et multi-systèmes », comme les décrivent les auteurs – prennent le pas sur des menaces extérieures dans l’analyse annuelle réalisée par l’Institut d’études de sécurité nationale de Tel Aviv (INSS), qui a présenté son document au président Reuven Rivlin.

Selon le think-tank, ces questions intérieures sont passées au premier plan, l’année dernière, avec l’apparition de la pandémie de coronavirus dans le pays, ce qui a amené les auteurs de l’analyse à les hisser à la troisième place des menaces sérieuses planant sur le pays.

Rivlin a accepté les conclusions contenues dans le rapport et a appelé le gouvernement à restaurer une confiance mise à mal avec les citoyens. Il lui a aussi demandé de s’attaquer aux « haines sans fondement » qui divisent les différents segments de la société israélienne.

« Il y a une nécessité pressante de restaurer la confiance entre les citoyens israéliens et l’État. Cette confiance a été endommagée l’année passée – sérieusement, voire gravement », a déclaré Rivlin.

Le chef de l’Institut de Tel Aviv des études de sécurité nationale, Amos Yadlin, à gauche, présente au président Reuven Rivlin l’évaluation stratégique du think-tank pour 2020 à la résidence du président, le 6 janvier 2020. (Crédit : Chen Galili/INSS)

Il semblait faire référence aux cycles électoraux répétés en raison de l’incapacité ou de l’absence de volonté des partis politiques variés de former une coalition, aux dysfonctionnements gouvernementaux et à la politisation de la prise en charge de la pandémie de coronavirus.

« Pour la toute première fois depuis que l’Institut publie son rapport annuel sur les menaces qu’Israël doit affronter, les experts ont classé les menaces intérieures parmi les trois premiers dangers qui mettent en péril la sécurité et la résilience d’Israël », a noté l’IRSS.

En 2020, cette troisième place avait été occupée par une potentielle guerre dans la bande de Gaza.

Selon les évaluations de l’INSS, la sécurité nationale israélienne – concernant les menaces extérieures – est relativement bonne alors que le pays entre dans la nouvelle année 2021. L’armée israélienne a mis en place des moyens de dissuasion suffisants contre le Hezbollah, le Hamas et les groupes mandataires de l’Iran en Syrie, et il est donc peu probable que ces groupes initient volontairement un conflit avec l’État juif, même s’il y a une possibilité réelle que des affrontements éclatent en raison d’un mauvais calcul ou d’un malentendu, explique le rapport.

La grande guerre

L’INSS avertit qu’une « première guerre du nord » – contre tous les groupes mandataires iraniens et les alliés de la République islamique au Liban, en Syrie, en Irak et au Yémen – est la plus importante menace militaire qui plane actuellement sur l’État d’Israël. Le think-tank ajoute que l’armée israélienne doit se préparer et évaluer son état de préparation face à un tel conflit.

« La crise de la COVID-19 n’a pas réduit la gravité et le caractère d’urgence de cette menace. Cette année, l’État d’Israël devra encore rester déterminé à mener des opérations proactives qui viseront à affaiblir l’axe chiite, avec à sa tête l’Iran, de manière à l’empêcher de construire et de renforcer des fronts militaires qui seraient proches d’Israël », écrit l’Institut.

L’un des aspects les plus significatifs de cette menace sont les efforts livrés par l’Iran et le Hezbollah pour parvenir à fabriquer des missiles de précision – ce qui serait un défi beaucoup plus important à relever pour les systèmes de défense antiaériens israéliens que ne le sont les simples roquettes.

Aujourd’hui, le Hezbollah posséderait, selon des informations, des centaines de ces missiles. Les responsables israéliens de la Défense ont estimé que cette production massive d’armements était la deuxième menace la plus importante pour le pays après l’arme nucléaire.

La localisation du dépôt d’armements du Hezbollah à proximité d’une station-service dans le quartier Janah de Beyrouth, révélée par le Premier ministre Benjamin Netanyahu dans un discours préenregistré devant l’Assemblée générale des Nations unies, le 29 septembre 2020?-. (Autorisation)

« Les centaines de missiles de précision qui se trouvent entre les mains de l’axe iranien, et particulièrement du Hezbollah, qui sont capables de causer des dégâts à grande échelle au sein de l’État juif et de paralyser des systèmes civils et militaires déterminants sur le front intérieur, représentent une menace stratégique et Israël doit réfléchir à une stratégie qui permettra de mettre un terme au développement continu de cette menace », explique l’Institut.

Le think-tank recommande dans son rapport un mélange de stratégies pour combattre la menace posée par les missiles de précision : la poursuite des frappes aériennes en Syrie pour déjouer, à la fois, les efforts spécifiques qui sont livrés pour transporter ces armes dans le secteur et pour maintenir l’effet de la dissuasion ; l’amélioration des systèmes de défense antiaérienne au sein de l’armée ; et des attaques préemptives contre les structures qui fabriquent ou qui stockent ces missiles.

L’Iran nucléaire

Malgré l’annonce faite par la République islamique, cette semaine, du lancement de travaux d’enrichissement de l’uranium à 20 % – une petite avancée technique encore éloignée des 90 % d’uranium enrichis qui sont nécessaires pour fabriquer une véritable arme nucléaire – l’INSS estime dans son rapport qu’il est « peu probable » que l’Iran parvienne à produire une bombe de ce type cette année.

En même temps, les experts de l’institut – qui sont en majorité d’anciens responsables de l’armée, de la Défense et du Mossad – recommandent que l’État juif se prépare à la possibilité qu’une « action militaire crédible » soit nécessaire pour empêcher le développement d’une arme nucléaire en Iran, au vu des intentions déclarées du président américain élu, Joe Biden, de réintégrer l’accord sur le nucléaire iranien, qui avait été abandonné par le président Donald Trump, en 2018, en faveur d’une campagne dite de « pressions maximales » par le biais de sanctions économiques.

Même si l’accord sur le nucléaire, connu officiellement sous l’acronyme de JCPOA (Joint Comprehensive Plan of Action), bénéficie de quelques soutiens en Israël, la plus grande partie des responsables de la Défense l’ont considéré, au mieux, comme trop faible et, au pire, comme accordant une légitimité internationale au régime iranien et à son programme nucléaire.

Des centrifugeuses au sein de l’usine d’enrichissement de l’uranium de Natanz, dans le centre de l’Iran, le 5 novembre 2019. (Atomic Energy Organization of Iran via AP)

« Le changement dans l’administration américaine et l’entrée du président élu Biden à la Maison Blanche exigent qu’Israël trouve des moyens de mener le dialogue et d’avoir une influence, ce qui permettra de réduire les risques qui sont représentés par un retour potentiel des États-Unis dans cet accord nucléaire déficient », a écrit l’INSS.

Le think-tank de Tel Aviv recommande une coordination extensive avec les États-Unis et la reprise des négociations avec Téhéran, pour garantir que l’accord sera le meilleur possible et pour lutter contre l’influence néfaste de l’Iran dans la région en général.

L’INSS estime qu’un accord sur le nucléaire conclu avec l’Iran devra comporter une « extension substantielle » des dites « clauses d’extinction » – l’échéance à laquelle certaines sanctions imposées au régime iranien seront levées si la République islamique s’est conformée aux termes de l’accord. L’Institut prône également un système d’inspection plus robuste et des restrictions imposées aux centres de recherche et de développement iraniens.

« En même temps, une option militaire crédible contre l’Iran doit être maintenue et un accord conclu avec les États-Unis concernant les conditions qui autoriseront une action militaire pour déjouer les progrès réalisés par l’Iran dans sa fabrication d’une arme nucléaire », continue le think-tank.

Les problèmes intérieurs

La gestion gouvernementale de la pandémie de coronavirus a été critiquée depuis le début. Un grand nombre de personnes ont affirmé qu’elle se basait davantage sur des considérations partisanes que relatives à la santé publique, avec des politiciens qui ont pris des décisions à la place de fonctionnaires qui auraient été, pour leur part, plus impartiaux.

Pour empêcher à l’avenir de tels problèmes, l’INSS recommande de transférer cette prise en charge à des experts et à des professionnels officiant dans des bureaux gouvernementaux variés.

L’Institut appelle également à formuler, au plus vite, un budget annuel – que le Premier ministre Benjamin Netanyahu a été dans l’incapacité d’adopter pour les années 2020 et 2021 jusqu’à présent – et à développer dans les meilleurs délais un plan économique « qui accorde la priorité aux investissements dans les produits civils, aux groupes défavorisés et à la classe moyenne ».

Les députés votent la dissolution de la Knesset, à Jérusalem, le 11 décembre 2019. (Olivier Fitoussi/Flash90)

Recevant le rapport, Rivlin a noté que les élections qui seront organisées au mois de mars seront le quatrième scrutin en l’espace de deux ans ainsi que le dernier de sa présidence, son mandat expirant cet été.

« En supposant que la menace sanitaire que représente le coronavirus disparaîtra bientôt – et j’espère que ce sera le cas – la société israélienne va avoir besoin d’un gouvernement stable qui, avant tout, aidera l’économie et le marché à se rétablir, qui s’attaquera aux divisions sociétales et aux ruptures – la plus importante au sein de la société israélienne étant celle qui survient entre un homme et son voisin », a commenté Rivlin.

Il a ajouté que si un gouvernement ne devait pas être formé, alors la Knesset et ses membres devraient assumer un plus grand rôle dans la gouvernance du pays pour pouvoir offrir « une solution légale ou politique pour enfin sortir de cette crise continue ».

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