Les entreprises d’options binaires « régulées » sont-elles moins néfastes ?
Rechercher

Les entreprises d’options binaires « régulées » sont-elles moins néfastes ?

Lorsque les régulateurs français ont prétendu être des « investisseurs mystères », ils ont appris que la réglementation de Chypre était extrêmement laxiste

Chypre. Les régulateurs français ne sont pas impressionnés par la régulation chypriote, qu'ils ont décrite comme étant similaire à une absence pure set simple de régulation (Crédit : Pixabay)
Chypre. Les régulateurs français ne sont pas impressionnés par la régulation chypriote, qu'ils ont décrite comme étant similaire à une absence pure set simple de régulation (Crédit : Pixabay)

Dans une récente interview avec le Times of Israel, Caroline Leau, porte-parole pour l’Autorité des marchés financiers (AMF), le régulateur financier français, a déclaré qu’il y a trois types d’acteurs dans l’industrie du Forex et des options binaires : les sociétés réglementées par des régulateurs « sérieux », où 90 % des investisseurs perdent leur argent ; les entreprises non réglementées, où 100 % des clients perdent ; et les entreprises qui sont réglementées par la Commission des valeurs et des échanges de Chypre (CySEC).

Afin de mieux comprendre l’expérience des clients des sociétés régulées par CySEC, l’organisme de réglementation du gouvernement a approché les 29 plates-formes de trading en ligne les plus actives dans le commerce en France.

Parmi les cinq entreprises que l’AMF a identifiées par leur nom, quatre opèrent à partir d’Israël. Ce sont OptionWeb, AnyOption, OptionFair et Markets.com. La cinquième, Trading212, semble avoir un centre d’appels et d’autres opérations à Sofia, en Bulgarie. En fin de compte, l’AMF a fait des dépôts auprès de neuf des 29 entreprises, dont huit étaient régulées par CySEC et une était entièrement non réglementée.

Les conclusions de l’AMF, décrites dans une conférence de presse d’avril 2015, ont été que dans l’ensemble les entreprises ne sont pas conformes à la réglementation CySEC, et que Chypre n’applique pas de façon adéquate ces règlements.

La porte-parole de l’AMF, Caroline Leau, a déclaré : « CySEC est moins diligent que les régulateurs français, allemand ou anglo-saxons, qui ont beaucoup plus d’attentes en matière de protection des investisseurs et de suivi des activités que Chypre ».

Le rapport de l’AMF décrit comment les entreprises réglementées à Chypre rendent extrêmement facile de commencer la négociation, souvent sans pièce d’identité, mais à quel point il est difficile de retirer des fonds. Une fois qu’elles avaient les détails des clients potentiels, les entreprises les bombardaient de messages agressifs, les mettaient constamment sous pression pour qu’ils investissent davantage d’argent, assuraient leurs clients qu’ils gagneraient gros, et omettaient de mentionner les risques encourus.

Leurs discours ont été conçus pour encourager la « dépendance psychologique » de leurs clients, créant un sentiment d’urgence avec des phrases comme « agissez maintenant » ou « il ne reste que quelques places disponibles », ou concevant les gains et les pertes d’une manière qui provoque la dépendance chez les personnes sensibles. Et elles offrent des primes dont les termes écrits en petits caractères empêchent en réalité les clients de retirer leur argent.

Le siège de l'AMF à Paris (Crédit : autorisation)
Le siège de l’AMF à Paris (Crédit : autorisation)

Sur cinq des neuf plates-formes, les régulateurs infiltrés de l’AMF ont réussi à déposer de l’argent et à commencer à échanger sans avoir à présenter de papiers d’identité. Cela s’est produit en dépit d’une exigence de l’Union européenne que les nouveaux investisseurs remplissent un formulaire indiquant qu’ils ont un emploi, gagnent plus de 20 000 euros par an et ont une valeur nette supérieure à 100 000 euros.

Les agents de vente dans les entreprises ont déclaré aux régulateurs de l’AMF que « le questionnaire est obligatoire, mais qu’il n’est pas obligatoire de dire la vérité », et que « la régulation est super ennuyeuse. Elle est purement administrative ».

Bon nombre des entreprises « forment » leurs clients sur la façon d’utiliser la plate-forme, tout en leur disant combien ils peuvent gagner mais en ne décrivant que très rarement les risques. Les agents de vente ont utilisé des techniques relevant de la flatterie ainsi que des appels téléphoniques et des messages constants et harcelants, cela dans l’espoir d’obtenir les coordonnées bancaires du client, a déclaré l’AMF.

Parmi les déclarations trompeuses que les régulateurs ont entendues, on trouvait : « Nos statistiques montrent que 72 % des transactions sont gagnantes. Vous et moi avons le même intérêt. Chaque fois que vous gagnez, je reçois une commission ; si vous perdez, je ne reçois rien. C’est une relation gagnant-gagnant ».

Ils ont également entendu : « J’ai 20 ans d’expérience, je suis le chef des finances et je suis âgé de 55 ans. J’appelle mes clients et je leur donne des informations toute la journée ».

Un investisseur mystère a également entendu que « quand une entreprise se comporte normalement, ses cours boursiers ont tendance à augmenter au fil du temps. »

Au total, l’AMF « a investi » 3 840 € sur les neuf plates-formes. Plusieurs semaines après avoir demandé un retrait, deux sites seulement lui ont permis de retirer quoi que ce soit. Dès que les régulateurs demandaient de retirer l’argent sur leur compte, les sites essayaient de les en dissuader et certains ont carrément refusé parce que le client avait accepté un « bonus ».

En réponse à ces conclusions, un porte-parole de CySEC a déclaré au Times of Israel que depuis l’époque du rapport français, en 2015, CySEC avait lancé ce qu’il appelle un « Plan d’action de surveillance axé sur les risques dans l’industrie des options binaires. »

En conséquence, selon le porte-parole de CySEC, 20 entreprises d’investissement agréées à Chypre ont été soumises « en profondeur à des contrôles qui ont été effectués de telle sorte à garantir que les procédures de marché, les processus de gouvernance et de risque, l’intégration de nouveaux clients, les exigences d’aptitude et les procédures de LBC ont bien été respectées. »

CySEC dit qu’à la suite de ces inspections, 2 072 000 d’euros d’amendes ont été émises alors que trois sociétés avaient leur licence suspendue et un de leur permis révoqué.

Le porte-parole a ajouté : « L’action réglementaire prise par CySEC au cours des deux dernières années a prouvé que CySec prend les plaintes et les commentaires du marché extrêmement au sérieux et déploie les ressources nécessaires pour lutter contre tout acte répréhensible. Ces entreprises qui cherchent à transgresser la loi n’ont pas leur place à Chypre. CySEC continuera à respecter son engagement à faire en sorte que ceux qui sont autorisés à Chypre le font en pleine conformité avec les exigences des directives européennes et la législation nationale, qui sont conçues pour protéger les investisseurs ».

Plusieurs entreprises ont demandé le numéro de carte de crédit du client avant qu’il ne puisse retirer de l’argent, tandis que d’autres ont fourni des instructions compliquées et obscures à ceux qui voulaient retirer des fonds.

L’AMF a déclaré au Times of Israel qu’il y a un projet de loi à l’Assemblée législative française qui interdirait la publicité pour un grand nombre de ces entreprises. En outre, pour les sites qui sont illégaux, le gouvernement français peut les bloquer avec l’autorisation de la Haute Cour, bien que la procédure pour le faire soit un peu lente et compliquée.

La porte-parole de l’AMF, Caroline Leau, a dit qu’il n’y a aucun moyen de connaître le nombre de citoyens français qui ont été victimes de fraude, parce que la plupart ne se sont pas encore fait connaitre. Cependant, dit-elle, la portée de la fraude a dépassé le niveau de l’escroquerie carbone-TVA, largement connue en France comme étant le « casse du siècle », qui a coûté à l’Union européenne 5 milliards d’euros et au gouvernement français 1,6 milliard d’euros en France, selon Europol.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...