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Analyse

Les experts en Israël sont optimistes : Omicron ne vaincra pas les hôpitaux

Les cas de COVID-19 dépassent le demi-million et devraient atteindre le pic - mais tout indique que le nombre de malades graves n'entraînera pas de crise des hôpitaux

Lazar Berman

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Une employée de l'hôpital Kaplan dans une unité de prise en charge du coronavirus, le 18 janvier 2022. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)
Une employée de l'hôpital Kaplan dans une unité de prise en charge du coronavirus, le 18 janvier 2022. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)

Le nombre de cas de coronavirus semble approcher de son pic – et le jour du Jugement approche en matière de COVID-19.

Tout dépendra finalement du demi-million de personnes atteintes aujourd’hui par le coronavirus – soit un Israélien sur vingt. C’est leur capacité individuelle à remporter la bataille contre le virus qui déterminera si l’État juif parviendra – ou non – à traverser cette vague d’une ampleur sans précédent sans entraîner de surcharge du système hospitalier.

Les 83 088 nouveaux cas qui ont été enregistrés dimanche font passer le nombre d’infections dans le pays à 531 430, et le nombre total d’Israéliens ayant été contaminés à un moment ou à un autre de l’épidémie à 2 387 131.

S’il devait y avoir un revers inattendu, que le variant Omicron s’éloigne de son modèle actuel connu et qu’un peu plus qu’une minuscule proportion de malades devait se retrouver dans un état grave, la pression sur les hôpitaux pourrait être impossible à gérer. Si le modèle du variant Omicron n’évolue pas – plus contaminant, mais moins dangereux que les autres, avec une guérison généralement sans heurt – les médecins devraient affronter plusieurs semaines difficiles, mais sans avoir le sentiment de perdre pied.

Un employé de l’hôpital traite un patient dans le service du coronavirus du centre médical Ziv, dans la ville de Safed (nord), le 11 août 2021. (Crédit : David Cohen/Flash90)

« Nous pensons que nous sommes sur le point de connaître le pic concernant le nombre de cas », a déclaré lundi au Times of Israel le docteur Nadav Katz, membre de l’équipe interdisciplinaire de l’Université hébraïque chargée de modéliser les statistiques en matière de coronavirus. Il nous a annoncé une « baisse significative » du nombre de nouveaux cas quotidiens au cours de la première semaine du mois de février.

Selon l’équipe, qui est formée d’experts médicaux aux côtés de Katz, lui-même médecin et expert en statistiques, le nombre de cas graves, dans les hôpitaux, va augmenter – il est aujourd’hui de 814 – et il pourrait atteindre les 1 000 à 1 400 cas dans une semaine environ. Mais, ajoute-t-il, même la prévision la plus pessimiste est néanmoins considérée comme gérable.

Dans l’un des plus grands hôpitaux d’Israël, l’hôpital Sheba, le professeur Eyal Leshem, spécialiste des maladies infectieuses, partage cet optimisme prudent. « Le pic semble être proche et nous n’avons pas encore constaté de surcharge dans les hôpitaux – et, à mon avis, il n’y en aura pas », confie-t-il au Times of Israel.

Il explique que son personnel à disposition est limité – en particulier en raison du nombre important de médecins eux-mêmes contaminés – mais il ajoute rapidement que « je ne pense pas que les scénarios les plus pessimistes qui avaient été envisagés pour les hôpitaux se réaliseront ».

Le professeur Nadav Katz au Centre des sciences de l’information quantique de l’Université hébraïque. (Crédit : Yitz Woolf/Université hébraïque)

Lors de notre entretien, lundi, Katz a indiqué que le nombre actuellement élevé d’infections devait amener les populations les plus vulnérables à faire preuve de vigilance en cas de contamination. « Pour les Israéliens âgés, pour ceux qui connaissent des problèmes spécifiques de santé, le moment est venu de faire attention », a-t-il recommandé avec vivacité.

« Le virus est absolument partout en ce moment, et la situation va être plus dure dans les hôpitaux cette semaine et la semaine prochaine avec l’ouverture d’un plus grand nombre d’unités de prise en charge COVID », a-t-il expliqué. « Parce qu’il faut souvent plusieurs jours après une contamination pour que l’état de santé se détériore et que les unités ne sont généralement remplies qu’environ sept jours après le pic du nombre de cas enregistrés ».

Si les politiques doivent se sentir encouragés par les indicateurs qui semblent montrer que les hôpitaux sauront résister à la tempête, ils ne doivent pas pour autant alléger les règles outre-mesure, a suggéré Katz.

Pour les médecins israéliens, l’inquiétude la plus importante concernant Omicron n’aura jamais été le nombre d’infections, mais bien la proportion de personnes contaminées gravement malades. Ils ont observé avec attention les autres pays, espérant et priant pour qu’Israël emboîte le pas au Royaume-Uni et à d’autres nations où la proportion des hospitalisations reste très basse – hésitant toutefois à en tirer des conclusions.

Un employé procède à un test antigénique à la COVID-19 dans un centre de dépistage du Magen David Adom à Lod, le 17 octobre 2021. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)

Ils avaient ainsi eu l’occasion de faire remarquer que la situation, dans chaque pays, était très différente et qu’Israël ne devait pas relâcher sa vigilance en se basant sur les expériences d’une autre nation, à moins qu’il n’y ait réellement des indicateurs clairs indiquant que les trajectoires suivies étaient les mêmes.

Et aujourd’hui, sur la base d’une minutieuse comparaison, l’équipe de Katz conclut que c’est effectivement le cas.

« Il semble que nous nous inscrivions dans la tendance britannique », dit Katz. « Il semble que nous suivions la Grande-Bretagne et qu’actuellement, nous soyons à la traîne de trois ou quatre semaines par rapport à elle ».

Le nombre de nouveaux cas, au Royaume-Uni, est dorénavant 50 % plus bas qu’il y a seulement de semaines et la proportion de cas graves est restée faible pendant toute la vague. Israël, de son côté, va assister à une réduction du nombre de cas à une échelle similaire et sans augmentation de la proportion des cas graves, a prédit Katz.

Eyal Leshem de l’hôpital Sheba. (Crédit : Autorisation)

Leshem, pour sa part, estime que si Omicron parvient à mieux contourner le vaccin que les autres variants, le vaccin a prouvé son efficacité dans la prévention d’une forme grave de la COVID-19 – ce qui a été essentiel pour permettre à Israël d’arriver à ce stade sans connaître de dégâts beaucoup plus importants.

« Du point de vue de la santé publique, nous avons maintenant une preuve montrant qu’avec la majorité des Israéliens les plus vulnérables face au virus qui ont été vaccinés, nous ne constatons pas un nombre élevé de cas graves de la maladie », dit-il.

Les experts ignorent quel sera le niveau d’immunité apporté par Omicron contre une possible réinfection au coronavirus mais Leshem déclare qu’il pense qu’après le pic, l’État juif commencera à bénéficier d’une forme d’immunité de groupe. Il se refuse toutefois à préciser combien de temps elle pourrait durer.

Les médecins, en Grande-Bretagne, commencent à dire qu’un certain degré d’immunité de groupe s’est installé. Le professeur Neil Ferguson, épidémiologiste à l’Imperial College London, a ainsi estimé dimanche que le pays avait passé le pire de la pandémie : « Le niveau d’immunité très élevé dans la population britannique – qui a été acquis par le biais de la vaccination et par le biais des infections – signifie que le risque qu’un nouveau variant entraîne une situation ingérable en termes de demande de soin est dorénavant très réduit ».

Dans la même veine, Leshem indique que « avec des centaines de milliers d’Israéliens qui ont été infectés ces dernières semaines, l’immunité est forte et nous pouvons enfin voir de la lumière au bout du tunnel – en ce qui concerne cette vague au moins. »

Eran Segal (Autorisation)

Selon Eran Segal, les médicaments, les vaccins et l’immunité naturelle permettront d’éradiquer le coronavirus, « du moins la pandémie que nous connaissons depuis deux ans ».

Le professeur Eran Segal, l’un des principaux conseillers du gouvernement en matière de politique menée contre le COVID-19, a déclaré lundi que le variant Omicron, qui se propage rapidement, pourrait marquer la fin de la pandémie telle qu’elle a été vécue pendant ces deux dernières années.

A la question qui lui a été posé sur la Douzième chaîne, « Omicron va-t-il tuer le coronavirus ? », Segal a répondu : « C’est vraiment la grande question à laquelle nous voudrions tous répondre. On peut estimer que oui, et l’on espère que oui [il le fera] ».

Le variant Omicron, dont les études ont montré qu’il entraîne généralement une infection moins grave que le Delta, en particulier chez les personnes vaccinées, a fait naître l’espoir longtemps attendu que le COVID-19 serait en train de passer d’une pandémie à une maladie endémique plus facile à gérer, comme la grippe saisonnière.

« Mais nous avons appris à maintes reprises, au cours des deux dernières années, que ce virus peut induire en erreur et surprendre. Il pourrait y avoir d’autres variants. Cependant, plus le temps passe et meilleurs sont nos outils pour le combattre », a-t-il déclaré.

« Nous avons maintenant des médicaments. Nous avons les vaccins. Il y aura une immunité naturelle de peut-être plus de la moitié de la population en Israël et dans d’autres pays. Autant de choses – on peut l’espérer – qui contribueront à mettre fin au coronavirus, du moins à la pandémie que nous connaissons depuis ces deux dernières années », a ajouté M. Segal.

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