Les fèces humaines, une nouvelle énergie ?
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Les fèces humaines, une nouvelle énergie ?

Des chercheurs de l'université Ben Gurion ont avancé une méthode pouvant améliorer la gestion de l'assainissement et être source d'énergie

Photo d'illustration d'un excrément de chien (Crédit : C_FOR; iStock by Getty Images)
Photo d'illustration d'un excrément de chien (Crédit : C_FOR; iStock by Getty Images)

Des chercheurs de l’université Ben Gurion du Néguev ont annoncé avoir mené une étude pilote ayant démontré que les excréments humains pourraient potentiellement être transformés en carburant sûr et réutilisable, et en fertilisant riche en nutriments.

Cette découverte pourrait servir deux besoins majeurs des pays en développement car, en plus d’être une nouvelle source d’énergie écologique, elle permettrait une meilleure gestion de l’assainissement, ont indiqué les chercheurs dans un communiqué.

La recherche a été publiée en amont de la Journée mondiale des Toilettes, qui aura lieu le 19 novembre. Cette journée a été mise en place par les Nations unies pour attirer l’attention sur la crise mondiale de l’assainissement et pour inspirer des actions.

Environ 4,5 milliards de personnes – soit environ 60 % de la population mondiale – n’ont pas de toilettes dans leurs habitations, ou en possèdent qui ne gèrent pas suffisamment les matières fécales, tandis que 892 millions de personnes font leurs besoins à l’extérieur, selon l’ONU.

« L’impact de l’exposition aux fèces humaines, à cette échelle, a un impact dévastateur sur la santé publique, les conditions de vie et de travail, la nutrition, l’éducation et la productivité économique dans le monde entier », notent les Nations unies sur leur site internet.

Photo d’illustration de toilettes avec une chasse d’eau (Crédit : winnond; iStock by Getty Images)

La Fondation Bill et Melinda Gates a également souligné que la gestion des eaux usées était un problème majeur dans le monde, établissant le challenge ‘Reinvent the Toilet’ (Réinvente les toilettes) pour s’attaquer à la question et pour aider à trouver de nouveaux types de toilettes plus écologiques qui puissent s’adapter aux besoins des populations qui vivent et travaillent dans des secteurs sans réseaux d’assainissement.

Selon l’étude réalisée par les chercheurs israéliens et qui a été publiée dans le Journal of Cleaner Production, les chercheurs de l’institut Zuckerberg de recherche sur l’eau, au sein de l’université Ben Gurion, ont utilisé un processus de carbonisation hydrothermal (HTC) pour chauffer des excréments humains dans un « autocuiseur » créé pour l’occasion, et ils sont parvenus à transformer les matières fécales en hydrochar – un carburant biocombustible réutilisable et sûr qui ressemble à du charbon.

Les chercheurs avaient mené des recherches similaires, l’année dernière, sur les excréments de dindes et aux autres volailles.

« Les fèces humaines sont considérées comme dangereuses en raison de leur potentiel de transmission de maladies », explique le professeur Amit Gross, le tout nouveau doyen de l’institut Zuckerberg. « Alors qu’elles sont riches en matières organiques, en nutriments tels que le nitrogène, le phosphore et le potassium, les déchets humains contiennent également des micro-polluants issus des médicaments pharmaceutiques, ce qui peut entraîner des problèmes environnementaux s’ils ne sont pas gérés ou réutilisés de manière appropriée », a-t-il ajouté dans un communiqué.

La pénurie énergétique est également un défi dans ces régions. Approximativement deux milliards de personnes dans le monde utilisent des biocombustibles solides et en particulier le bois, qui est transformé en charbon puis utilisé pour la cuisine et le chauffage. Mais ces pratiques ont un effet sur l’environnement – pollution de l’air, émission de gaz à effet de serre, déforestation et érosion des sols, a noté le communiqué.

« En gérant les déchets humains de manière appropriée, nous pouvons nous attaquer à ces deux problèmes en une seule fois », estime Gross.

Photo d’illustration de toilettes au sommet d’une colline à Ladakh, en Inde (Crédit : inurbanspace; iStock by Getty Images)

Dans l’étude pilote et de laboratoire, les chercheurs ont soumis les fèces, en utilisant le processus HTC, à trois températures (180, 210 et 240 °C) et temps de réaction (30, 60 et 120 minutes). La matière solide s’est déshydratée, créant l’hydrochar, un combustible solide, ainsi qu’une phase aqueuse (liquide) riche en nutriment.

Les chercheurs, parmi lesquels les étudiants en doctorat Reut Yahav Spitzer et Vivian Mau, ont également fait savoir que la réaction qui crée l’hydrochar stérilise le déchet, qui devient alors sûr à manipuler. Les « charbons » peuvent potentiellement être utilisés pour le chauffage et la cuisine tandis que le sous-produit liquide présente d’excellentes qualités de fertilisation.

L’étude a été financée par la fondation Rosenzweig-Coopersmith et l’Autorité israélienne de l’eau.

L’institut Zuckerberg de recherche sur l’eau – le plus important institut israélien travaillant sur la question – mène des recherches interdisciplinaires et propose un enseignement supérieur dans les sciences de l’eau.

Portant le nom du philanthrope new-yorkais Roy J. Zuckerberg, l’institut a été fondé en 2002 au sein des instituts Jacob Blaustein de recherche sur le désert, sur le campus de Sdé Boker à l’université Ben Gurion du Néguev.

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