Les Gazaouis déplorent les destructions de leurs maisons et de leurs commerces
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Les Gazaouis déplorent les destructions de leurs maisons et de leurs commerces

Plus de mille habitations et commerces ont été détruits dans la bande ; les restrictions sécuritaires israéliennes devraient fortement ralentir le rythme des constructions

Des bénévoles palestiniens nettoient les décombres dans une rue de Gaza City après des frappes israéliennes pendant l'Opération Gardien des murs, le 23 mai 2021. (Crédit :  Atia Mohammed/Flash90)
Des bénévoles palestiniens nettoient les décombres dans une rue de Gaza City après des frappes israéliennes pendant l'Opération Gardien des murs, le 23 mai 2021. (Crédit : Atia Mohammed/Flash90)

Alors que les sirènes d’alerte à la roquette retentissaient en Israël et que les frappes militaires de Tsahal s’abattaient sur Gaza, une usine fabriquant des crèmes glacées a rejoint la longue liste des dégâts collatéraux enregistrés au cours du dernier conflit qui a opposé l’État juif aux groupes terroristes palestiniens de la bande.

« On a tenté de sauver tout ce qu’on pouvait mais il n’y a plus rien », se désole Sami Ghazali, un quadragénaire dont le père avait fondé les Glaces Matouq. La chaîne possède cinq magasins dans toute l’enclave côtière – même si trois d’entre eux avaient baissé le rideau pendant la pandémie de coronavirus.

Maintenant que la mini-guerre entre Israël et le Hamas est dorénavant terminée, les Gazaouis ramassent les morceaux. Les habitants de l’enclave côtière ont déjà appris des trois précédentes escalades de violence à ne pas s’attendre à une reconstruction rapide. En plus des restrictions israéliennes imposées à l’importation de matériaux de construction dans la bande, il y a des craintes portant sur la volonté de la communauté internationale d’ouvrir à nouveau son portefeuille. Acceptera-t-elle de prendre le risque de voir les fruits de ses initiatives de reconstruction une nouvelle fois réduits à néant au cours d’une prochaine escalade de violences ?

Mansour, un commerçant de Gaza dont le magasin a été détruit dans les combats, dit avoir peu de raison d’être optimiste. Il explique avoir minutieusement investi dans son affaire pendant de nombreuses années pour réaliser son rêve d’être à son compte.

Mais tout s’est arrêté, ces derniers jours, quand le bâtiment accueillant son commerce a été démoli dans les combats.

الحمد لله رب العالمينتم قصف وتدمير مصنع بوظة معتوقالواقع في المنطقة الصناعية كارنيالله يعوضنا عوض خير

Posted by ‎بوظة معتوق – Matoug BoOoza‎ on Sunday, May 16, 2021

« Je ne comprends pas pourquoi ça m’est arrivé à moi. Je n’ai jamais haï personne, je n’ai jamais rien fait de mal. Je n’appartiens à aucune faction et à aucun parti politique », dit Mansour.

L’armée israélienne n’a pas répondu à une demande de commentaire portant sur une éventuelle frappe à proximité du magasin ou de l’usine de fabrication de crème glacée, ou sur des cibles envisagées.

Selon Mansour, c’est Israël qui est responsable de la destruction de sa boutique. L’armée israélienne affirme que des centaines de roquettes tirées par les groupes terroristes ont fait des ravages dans la bande pendant les combats et qu’elles sont à l’origine, au moins, de quelques dégâts.

Les onze jours d’affrontements ont démoli des tours, détruit une artère de circulation majeure du centre-ville de Gaza City, laissant des habitants – notamment des enfants – appeler à l’aide de dessous les gravats.

Le ministère des Travaux publics du Hamas a annoncé que 258 bâtiments – environ 1 042 unités commerciales et résidentielles – ont été réduits à néant pendant le conflit. 769 autres unités ont été gravement endommagées, les rendant inhabitables, et 14 536 ont essuyé des dégâts mineurs. 17 hôpitaux ont été abîmés ainsi que 53 écoles.

Plus de 100 000 personnes ont été déplacées au cours des hostilités, a noté l’ONU. Si un grand nombre, parmi elles, ont pu réintégrer leurs foyers, d’autres sont dorénavant sans-abri.

Les militaires israéliens affirment ne pas viser les structures civiles et se donner énormément de mal pour épargner au maximum les non-combattants. Ils disent être obligés d’intervenir dans les secteurs civils dans la mesure où les groupes terroristes palestiniens tirent des roquettes vers Israël depuis des localités densément peuplées de Gaza, notamment depuis les tunnels creusés d’où ils tirent leurs projectiles.

Les Gazaouis sont terrifiés à l’idée de devenir les victimes collatérales de ce champ de bataille complexe, avec ses cibles civiles et militaires qui se distinguent peu les unes des autres. Pour réfléchir à investir dans l’immobilier, dans ce contexte, il faut inclure le calcul statistique macabre de la possibilité d’être victime d’un raid israélien ou d’une roquette errante du Hamas.

Des roquettes tirées vers Israël depuis Gaza City, le 11 mai 2021. (Crédit : MAHMUD HAMS / AFP)

Et la famille Ghazali avait payé le prix fort pour installer son usine de fabrication de crème glacée dans ce qui paraissait être un lieu sûr, une zone industrielle de la bande de Gaza située à proximité des institutions des Nations unies.

« On s’était dit qu’on serait en sécurité ici. J’avais souvent pensé que s’il y avait une escalade à Gaza, je viendrais dormir à l’usine avec mes enfants », explique Ghazali.

Que ce dernier et sa famille n’aient pas choisi de s’abriter dans l’usine familiale a été un hasard heureux. Lundi dernier, après des informations faisant état de frappes israéliennes, le chef d’entreprise a trouvé son usine complètement détruite. Sans elle, il est impossible pour Ghazali d’alimenter en glaces ses boutiques, et il dit ne pas être certain de pouvoir se remettre sur pied.

« Où allons-nous obtenir l’argent ? Le seul moyen serait que je puisse vendre ma maison mais nous n’aurions plus d’endroit où vivre », dit-il tristement. « Nous n’avons plus d’espoir ».

La crise humanitaire à Gaza remonte à bien avant le conflit de ces derniers jours. Le taux de chômage, au sein de l’enclave côtière, est de plus de 50 % et l’accès médiocre à l’eau, ainsi que des pannes fréquentes d’électricité, font partie du quotidien de nombreux résidents.

Les destructions des derniers combats sont venues s’ajouter à des blessures encore visibles de la guerre qui avait opposé l’État juif et le groupe terroriste du Hamas en 2014. L’Opération bordure protectrice avait duré 51 jours et elle avait endommagé ou détruit 96 000 habitations – 10 000 complètement, selon les Nations unies.

Sept ans après, environ 3 700 Gazaouis, soit 11 % des personnes déplacées, sont encore en attente de la reconstruction de leur maison, selon Shelter Cluster, une initiative conjointe de l’ONU et de la Croix-Rouge.

Le ministre de la Défense, Benny Gantz s’est entretenu ce mardi avec le Secrétaire d’État américain Antony Blinken pour lui présenter un plan de reconstruction de Gaza dans le but de contourner le Hamas.

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