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Les groupes juifs veulent que Trump joigne la parole aux actes face à l’antisémitisme

Après des semaines de posture agressive et méprisante de la part de la Maison Blanche, les leaders de la communauté sont sceptiques face à la condamnation du président

Donald Trump, président américain, lors d'un discours au musée national de l'histoire et de la culture afro-américaine, le 21 février 2017. (Crédit : Kevin Dietsch/Pool/Getty Images via JTA)
Donald Trump, président américain, lors d'un discours au musée national de l'histoire et de la culture afro-américaine, le 21 février 2017. (Crédit : Kevin Dietsch/Pool/Getty Images via JTA)

WASHINGTON (JTA) – Il le hait. Il le hait véritablement. Et maintenant, que va-t-il faire pour le combattre ?

Le président Donald Trump a finalement conclu trois semaines d’opportunités manquées pour condamner l’antisémitisme, multipliant les occasions ratées, par une déclaration dénonçant sans équivoque la haine anti-juive.

« Les menaces antisémites qui ciblent notre communauté juive dans ses centres communautaires sont horribles et elles sont douloureuses, et elles viennent tristement nous rappeler le travail qui doit être fait pour déraciner la haine et les préjugés et le mal », a déclaré Trump après avoir visité le Musée national de l’histoire et de la culture afro-américaines.

Formidable : Tel a été alors le message renvoyé par la communauté juive, qui aspirait à entendre ces mots. Et maintenant : Quel plan prévoir pour traiter ce problème ?

Heureux que @POTUS ait déclaré que l’#antisémitisme est horrible », a tweeté Jonathan Greenblatt, président de l’ADL Anti-Defamation League), utilisant l’acronyme du président des Etats Unis. “Il faut maintenant que la @mainson blanche partage ses plans sur les moyens pour le ‘stopper’. L’ADL est prête à aider ».

C’est donc le positionnement adopté par Greenblatt : « Et maintenant ? ». Et c’est également celui qui semble prévaloir au sein de la communauté juive organisée.

Pour sa part, David Harris, président de l’AJC (American Jewish Committee) a expliqué pourquoi les groupes juifs – qui auraient pu accueillir avec satisfaction une simple déclaration d’intention de combattre l’antisémitisme – ont toutefois tendance à afficher un certain scepticisme.

Jonathan A. Greenblatt, directeur exécutif de la Ligue anti-diffamation (ADL), à Los Angeles, le 6 novembre 2014. (Crédit : ADL)
Jonathan A. Greenblatt, directeur exécutif de la Ligue anti-diffamation (ADL), à Los Angeles, le 6 novembre 2014. (Crédit : ADL)

« Jusqu’à aujourd’hui, la réponse apportée par l’administration a été pour le moins décevante », a indiqué Harris dans un courriel adressé à JTA.

« Nous venons juste d’atteindre le stade – heureusement, même si c’est tardif – où nous avons entendu le président Trump reconnaître le problème et l’appeler par son nom légitime – l’antisémitisme », a-t-il dit.

« Pour des raisons qui m’échappent, jusqu’à présent, il n’y a eu que des mots génériques comme ‘haine’ et ‘intolérance’, ou alors le président s’est défendu contre des accusations inexistantes affirmant qu’il était lui-même antisémite. C’est élémentaire : Pour combattre un problème, il faut l’identifier, et la définition de ce problème particulier, c’est l’antisémitisme, purement et simplement. Puis il faut un plan d’action robuste. Espérons qu’il est à venir– et qu’il arrivera bientôt ».

Le centre Simon Wiesenthal, qui a soutenu Trump, a demandé au procureur général Jeff Sessions d’établir un groupe de travail pour retrouver l’auteur des alertes à la bombe contre des centres communautaires juifs et a indiqué que Trump « devait souligner le plan de son administration dans la lutte contre l’antisémitisme croissant ».

Parmi tous les groupes majeurs s’étant exprimés, l’Union orthodoxe a semblé la plus encline à déclarer que « l’affaire était close ».

« Nous apprécions le fait que le président Trump ait évoqué le sujet de manière directe. Les paroles d’un président des Etats Unis ont énormément de poids et il est important que M. Trump se soit adressé à la communauté juive et à tous nos compatriotes américains dans les circonstances actuelles », a fait savoir l’UO dans un communiqué consacré à Trump et aux alertes à la bombe.

« Nous apprécions le fait que le FBI et le Département de la Justice enquêtent sur ces incidents et sur les ‘violations possibles aux droits de l’homme’ qu’ils impliquent. Nous apprécions également le travail mené par le département de la Sécurité intérieure qui soutient la sûreté des institutions de notre communauté juive ».

Illustration: La police a établi un cordon interdisant l'accès au centre communautaire juif de  Nashville,  dans le Tennessee, après que le centre ait été victime d'une alerte à la bombe de 9 janvier 2017 (Capture d'écran/The Tennessean)
Illustration: La police a établi un cordon interdisant l’accès au centre communautaire juif de Nashville, dans le Tennessee, après que le centre ait été victime d’une alerte à la bombe de 9 janvier 2017 (Capture d’écran/The Tennessean)

La communauté juive a été amenée à examiner la manière dont le nouveau président serait amené à gérer l’antisémitisme depuis le 27 janvier.

Ce jour-là, la Maison Blanche avait marqué la journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l’Holocauste par un communiqué qui évoquait « les victimes, les survivants, les héros de l’Holocauste », sans mentionner spécifiquement les Juifs.

Ce qui, dans un premier temps, avait paru être un oubli s’était rapidement mué en soupçon qu’il pouvait s’agir d’une manière particulière d’appréhender le monde.

En effet, les responsables de la Maison Blanche avaient renouvelé cette omission en expliquant à leurs critiques la nécessité de se montrer inclusif à l’occasion de la commémoration de cet événement – qui avait toutefois ciblé de manière unique dans l’histoire l’extermination de toute la communauté juive.

Les responsables qui avaient qualifié les critiques de « ridicules » et de « pathétiques » n’avaient pas aidé à améliorer les choses, ni la révélation qu’un communiqué émanant du département d’Etat qui mentionnait explicitement les Juifs avait été rejeté par la maison Blanche.

La présence parmi les hauts conseillers de Trump de Stephen Bannon, Stephen Miller et Sebastian Gorka – qui sont issus d’une culture politique similaire au nationalisme européen rejetant ce qu’elle qualifie de « politique identitaire » et qui affirment que les plaintes de discriminations émanant des minorités sont exagérées – était venue renforcer l’impression que cet oubli ne serait peut-être pas attribuable à une erreur maladroite.

La visite, la semaine dernière, à la Maison Blanche du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu était une opportunité pour Trump de réparer ses erreurs, et, dans un premier temps, il a semblé que le président ait voulu jouer le jeu.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le président américain Donald Trump dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, le 15 février 2017. (Crédit : Saul Loeb/AFP)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à gauche, et le président américain Donald Trump dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, le 15 février 2017. (Crédit : Saul Loeb/AFP)

« L’Etat d’Israël est un symbole pour le monde de la résilience face à l’oppression », a déclaré Trump dans un discours lors d’une conférence de presse, le 15 novembre, aux côtés de Netanyahu. « Je ne peux trouver un autre état qui ait traversé ce qu’Israël a connu – et en termes d’exemple de survie face au génocide. Nous n’oublierons jamais ce que le peuple juif a subi ».

Il y avait donc ces deux mots, l’un voisin de l’autre : « Génocide » et « peuple juif ». Tout allait bien.

Cela a duré environ 20 minutes.

Un journaliste israélien a interrogé Trump sur la hausse des incidents antisémites aux Etats Unis, demandant au président s’il pensait que cette augmentation avait quelque chose à voir avec la rhétorique qu’il avait pu utiliser.

Trump a répondu en notant l’ampleur de sa victoire au Collège électoral face à Hillary Clinton et par des paroles d’amour pour sa fille juive, Ivanka, son mari, Jared Kushner, et leurs 3 enfants.

Ivanka Trump et Jared Kushner arrivent pour une conférence de presse conjointe du président américain Donald Trump et du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à la Maison Blanche le 15 janvier 2017 à  Washington. (Crédit : AFP/Mandel Ngan)
Ivanka Trump et Jared Kushner arrivent pour une conférence de presse conjointe du président américain Donald Trump et du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à la Maison Blanche le 15 janvier 2017 à Washington. (Crédit : AFP/Mandel Ngan)

Encore plus étrange, ce qui est survenu le jour suivant lors d’une conférence de presse où un journaliste “amical” – Jake Turx du magazine ortohoxe haredim Ami – a rassuré Trump en lui disant que personne, au sein de la communauté, ne pensait qu’il était antisémite.

Turx a introduit sa question, demandant comment le président comptait faire face à la vague d’alertes à la bombe survenues dans des centres communautaires juifs, qui ont gravement perturbé la vie des Juifs en Amérique du nord.

Interrompant alors Turx avant même qu’il ait terminé sa question, Trump s’est mis en colère contre le journaliste étonné et contre tous ceux qui pourraient suggérer qu’il serait antisémite. Trump a qualifié Turx de « menteur » et a indiqué « haïr cette question ».

Qu’est-ce qui a fait changer Trump, et entraîner sa déclaration de mardi ?

Son porte-parole, Sean Spicer, n’en a rien dit, sinon que Trump avait pensé qu’une visite au musée afro-américain était l’occasion appropriée de s’exprimer contre la haine et les discriminations. Le discours de Trump était préparé.

Une quatrième vague d’alertes à la bombe, lundi, dans les centres communautaires juifs et des actes de vandalisme importants qui ont été perpétrés dans un cimetière de la région de St Louis peuvent être deux facteurs qui auront précipité cette déclaration.

La Maison Blanche peut également avoir souhaité éviter une nouvelle série de critiques dénonçant son ignorance des incidents antisémites, en particulier dans la mesure où les groupes juifs, sur Twitter, n’ont cessé de réclamer du président une dénonciation forte de la haine anti-juive.

Un autre facteur pourrait bien être Ivanka. Tandis que la déclaration initiale, lundi soir, du service de presse de la Maison Blanche sur les alertes à la bombe dans les centres communautaires juifs ne faisait encore une fois aucune mention de la communauté, Ivanka Trump pour sa part a fait une allusion aux Juifs dans un tweet, ajoutant dans son appel à la tolérance religieuse le hashtag « JCC ».

Les anciennes cibles de Trump ont également pressenti une opportunité de le contre-attaquer : Clinton, qui ne se prononce pas fréquemment sur les problèmes d’actualité – et qui s’engage peu lorsqu’elle le fait – a directement demandé à Trump de s’exprimer sur Twitter.

Les groupes musulmans, visés eux aussi par la rhétorique de Trump, ont levé des fonds pour pouvoir récompenser celui qui donnerait des informations sur l’auteur des menaces à la bombe et pour réparer les stèles détruites dans le cimetière.

Les appels lancés par les groupes juifs en faveur d’un plan d’action, et non uniquement de déclarations, ne sont pas les seuls signes indiquant que les discours de Trump ne seront pas suffisants pour apaiser les tensions.

Le directeur de la communication de la Maison Blanche Sean Spicer lors du point-presse quotidien dans la Salle Brady, réservée aux rencontres avec les journalistes, à la Maison Blanche, le 14 février 2017 à   Washington, DC, February 14, 2017. (Crédit : AFP/Saul Loeb)
Le directeur de la communication de la Maison Blanche Sean Spicer lors du point-presse quotidien dans la Salle Brady, réservée aux rencontres avec les journalistes, à la Maison Blanche, le 14 février 2017 à Washington, DC, February 14, 2017. (Crédit : AFP/Saul Loeb)

Spicer a ouvert son point-presse avec les journalistes mardi en répétant les propos de Trump et en livrant un fervent plaidoyer à tous les Américains pour qu’ils visitent le musée afro-américain et son compagnon du National Mall, le musée américain du Mémorial de l’Holocauste. Puis il s’est montré combatif.

« Est-ce qu’il va le dénoncer, est-ce qu’il va le dénoncer ? » a-t-il demandé, se moquant des journalistes. « A un moment, la question est posée et on lui a apporté une réponse ! »

(Spicer a également répondu au centre Anne Frank pour le respect mutuel, basé aux Etats Unis, qui avait émis un communiqué se moquant de la déclaration de Trump, la qualifiant d' »astérisque pathétique de condescendance ». Il a ainsi dit du groupe : « Je souhaite qu’ils fassent l’éloge du président pour son leadership dans ce domaine. Et j’espère qu’avec un peu de chance, le temps passant, ils reconnaîtront son engagement envers les droits civils, le droit de vote et l’égalité pour tous les Américains ».

Les critiques de Trump issus du parti Démocrate n’allaient pas non plus laisser passer l’occasion. Ainsi le représentant Keith Ellison du Minnesota, qui se présente à la présidence du Parti Démocrate, a pimenté son fil Twitter par les questions suivantes, adressées au président.

« Pourquoi cela a-t-il pris tant de temps à @realDonaldTrump de simplement dire le mot d »antisémitisme' » ? S’est interrogé Ellison. « C’était peut-être pour apaiser sa base ? »

Le représentant Joe Crowley de New York, qui avait voulu passer en force un vote sur sa résolution qui soulignait le caractère exclusif du génocide juif pendant l’Holocauste – initiative bloquée par les républicains – a pour sa part indiqué que Trump devait se montrer plus constant dans ses condamnations.

« Cela fait longtemps qu’un positionnement de Trump est attendu et on n’est pas encore au début de tout ce qui est à faire », a-t-il dit dans un communiqué.

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