Les Israéliens au Royaume-Uni vs. l’alyah britannique
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Les Israéliens au Royaume-Uni vs. l’alyah britannique

Un nouveau rapport révèle que le nombre d'Israéliens qui immigrent en Grande-Bretagne depasse le nombre de Juifs britanniques immigrant en Israël par un rapport de 3 à 2. Mais qui sont les personnes derrière les chiffres ?

Transports londoniens: Un vieux bus classique à impériale à Londres le 23 avril 2015 (Crédit photo: Gili Yaari / Flash90)
Transports londoniens: Un vieux bus classique à impériale à Londres le 23 avril 2015 (Crédit photo: Gili Yaari / Flash90)

LONDRES – L’auteur d’un nouveau rapport sur le nombre d’Israéliens en Grande-Bretagne a déclaré au Times of Israel que « même si les chiffres sont sujets à interprétations, il ne s’agit pas de statistiques dont un pays développé peut se vanter. »

Dr David Graham, chargé de recherche principal au Britain’s Institute for Jewish Policy Research (JPR), a tenu ces propos après la publication du rapport du JPR intitulé ‘La diaspora israélienne de Grande-Bretagne’ qui montre que pendant la première décennie du 21e siècle, le nombre d’Israéliens qui a émigré en Grande-Bretagne était plus important que le nombre de Juifs britanniques immmigrant en Israël dans un rapport de 3 à 2.

Le rapport, le premier de son genre, repose sur les données du recensement le plus récent au Royaume-Uni, achevé en 2011, et montre que la population israélienne en Grande-Bretagne a gonflé de 350 % par rapport aux données du recensement de 1971.

En 2011, selon le JPR, il y avait environ 25 000 Israéliens vivant en Grande-Bretagne – un nombre beaucoup plus faible que ce qui est habituellement avancé. Mais il s’agit du niveau le plus élevé jamais enregistré et le rapport prend en compte un certain nombre de facteurs pour définir « l’israélité. »

Dr Jonathan Boyd, directeur du Britain’s Institute for Jewish Policy Research (JPR) (Autorisation)
Dr Jonathan Boyd, directeur du Britain’s Institute for Jewish Policy Research (JPR) (Autorisation)

Dr Jonathan Boyd, directeur exécutif du JPR, dit que, bien que l’étude n’est pas parfaite, il estime que le rapport « constitue presque certainement [la preuve] la plus fiable qui existe … [en utilisant] une combinaison du pays de naissance, des passeports détenus, de l’origine ethnique, de l’identité nationale et de la langue parlée ».

Le rapport note en outre que cette population n’est pas exclusivement juive.

Un peu moins de 10 % déclare une religion autre que juive (essentiellement chrétienne), et 16 % se définissent comme « sans religion » – c’est-à-dire, des gens qui peuvent avoir une ascendance, une origine ethnique ou même un comportement juif, mais ne s’identifient pas comme juifs dans le recensement ni ne revendiquent une religion non-juive.

Cependant, à l’autre extrémité du spectre religieux, environ 16 % sont strictement orthodoxes, et vivent au sein des communautés ultra-orthodoxes en Grande-Bretagne.

Les chiffres montrent que les Israéliens constituent maintenant environ 6 % de la communauté juive britannique actuelle. Mais l’écrasante majorité sont laïques et relativement peu choisissent d’appartenir à des synagogues, selon le JPR.

‘Les Israéliens pourraient bien représenter une reservoir incroyablement précieux de talents pour la communauté juive s’ils devenaient actifs dans la vie juive britannique’

« Ils ont, cependant, tendance comme les juifs britanniques à envoyer leurs enfants dans des écoles juives, il est donc clair que cela est le principal point de contact avec la communauté. Étant donné qu’il s’agit d’une population très jeune – la majorité est âgée entre 25 et 45 ans et très instruite – les Israéliens pourraient bien représenter un réservoir incroyablement précieux de talents pour la communauté juive s’ils devenaient actifs dans la vie juive britannique », dit Boyd.

L’auteur du rapport, David Graham, qui est chargé de recherche au JPR et associé honoraire au Département d’hébreu, biblique et d’études juives de l’Université de Sydney, dit qu’alors qu’il est tentant de penser que la croissance de la population israélienne est due à la politique ou à des raisons économiques, l’enquête montre que la raison principale est susceptible d’être plus prosaïque, mais non moins romantique : un conjoint ou un partenaire britannique.

« Nous savons à partir du recensement que les Israéliens en Grande-Bretagne vivent souvent en couple, et les données de l’enquête indiquent que seulement 9 % des Juifs nés en Israël vivant dans le Royaume-Uni ont un partenaire qui est également né en Israël, ce qui suggère que la plupart ont un conjoint britannique.

En d’autres termes, une quantité importante de combinaisons matrimoniales internationales pourrait bien être la principale motivation du flux migratoire, suivie par un mélange complexe de considérations économiques, sécuritaires et de style de vie, qui, ensemble, se conjuguent actuellement pour faire pencher la balance de la migration d’Israël vers la Grande-Bretagne », dit Graham.

Dr David Graham, chargé de recherche principal au Britain’s Institute for Jewish Policy Research (Autorisation)
Dr David Graham, chargé de recherche principal au Britain’s Institute for Jewish Policy Research (Autorisation)

Le JPR a fait souvent des recherches à partir des recensements, mais selon Boyd, le recensement de 2011 était la première véritable occasion de permettre des travaux sur les Israéliens, actuellement « le plus grand groupe de Juifs né à l’étranger dans la population juive du Royaume-Uni. Nous voulions savoir combien ils sont, quelle est leur implication dans la communauté, etc. Une grande partie dépend de la façon dont on détermine qui est Israélien. Dans le recensement, il y a des questions très précises auxquelles on est obligé de répondre, comme quel est votre pays de naissance, quels passeports possédez-vous. La question sur la religion est cependant facultative. »

L’autre problème est d’estimer leur nombre, dit Boyd, « si vous avez un couple d’Israéliens vivant au Royaume-Uni et qu’ils ont des enfants nés au Royaume-Uni, les enfants ne seroient pas inclus dans ces statistiques. Cela n’est pas parfait -. Mais c’est l’image la plus claire que nous avons à ce jour ».

Il ajoute que le rapport ne soulève pas une question assez significative pour Israël : Pourquoi les gens partent, quelle est leur motivation, et comment comprenez-vous ce phénomène ?  »

Graham, répondant au questions du Times of Israel depuis Sydney, en Australie, ajoute : « Nous ne savons pas ce qui motive finalement l’immigration israélienne en Grande-Bretagne donc nous ne pouvons pas dire qui vient pour trouver un conjoint. Mais les données suggèrent que les immigrants vivant en Grande-Bretagne avec la seule nationalité israélienne sont également répartis entre hommes et femmes pour les tranches d’âge entre 20 ans et 49 ans ».

‘Ce qui est vraiment intéressant dans l’enquête est une claire prédisposition des immmigrants israéliens d’envoyer leurs enfants dans des écoles juives’

Il est généralement établi qu’en dehors des Juifs de stricte orthodoxie, les Israéliens au Royaume-Uni ne se mélangent pas avec la communauté juive britannique locale.

Mais Graham dit, « Ce qui est vraiment intéressant dans l’enquête est une claire prédisposition des immmigrants israéliens d’envoyer leurs enfants dans des écoles juives. Cela ne devrait pas être pris à la légère.

« Nous pensons que la majorité sont laïques et, étant migrants, ils ne sont pas nécessairement bien intégrés dans la communauté juive. Alors pourquoi choisir les écoles juives religieusement sélectives ? Est-ce un choix religieux, ethnique ou national ? Qu’est-ce qu’ils espèrent gagner en faisant cela ? Peut-être cela soulage une sorte de complexe de culpabilité qu’ils ont de priver leurs enfants d’une éducation en Israël ? » demande Graham.

Il dit que cette tendance ne pourrait être que bénéfique à la communauté juive locale. « Du sang neuf, de nouvelles perspectives, de nouvelles idées, des personnes relativement jeunes, et, pour ce qui concerne la scolarisation, des gens désireux de faire partie de la communauté. »

Mais, dit-il, cela a des implications claires pour Israël lorsqu’une frange jeune, bien éduquée de sa population a choisi de quitter le pays dans les années vitales où ils ont le plus à offrir à la société.

L’économie d’Israël peut probablement absorber les « fuites des cerveaux » à cette échelle sans vraiment les remarquer

« Il y a aussi des gens qui ont bénéficié de plusieurs années d’études financées par l’État. Les conséquences ne sont pas bonnes, mais nous devons être prudents de ne pas surestimer l’impact économique du problème. L’économie d’Israël peut probablement absorber les ‘fuites des cerveaux’ à cette échelle sans vraiment les remarquer. Mais même si les chiffres sont sujets à interprétations, il ne s’agit pas de statistiques dont un pays développé peut se vanter. »

Dans d’autres données du rapport, les collègues du JPR ont publié des statistiques montrant qu’environ 80 Britanniques reviennent d’Israël chaque année, contre environ 580 faisant leur alyah – soit un rapport de 1 à 7.

« Puisque nous avons calculé que 865 immigrent d’Israël en Grande-Bretagne chaque année, cela signifie qu’un peu moins d’un sur dix pourrait être un Britannique rentrant au pays, » dit Graham.

Il dit que les mouvements de population « reflétaient l’attrait relatif des deux pays. Pensez à chaque migrant comme un aimant bi-polaire. Quand la conjoncture est politiquement et économiquement bonne dans un pays ils sont attirés vers lui et quand les choses semblent plus sombres, ils s’en éloignent. Si Israël est sombre et la Grande-Bretagne lumineuse nous pouvons nous attendre à voir un flux significatif vers la Grande-Bretagne. Et inversement ».

La police de Londres affrontant des manifestants pro-palestiniens lors d'une manifestation devant le Downing Street pendant que le Premier ministre Benjamin Netanyahu rencontre son homologue britannique David Cameron le 9 septembre 2015. (Capture d'écran: YouTube)
La police de Londres affrontant des manifestants pro-palestiniens lors d’une manifestation devant le Downing Street pendant que le Premier ministre Benjamin Netanyahu rencontre son homologue britannique David Cameron le 9 septembre 2015. (Capture d’écran: YouTube)

Dans les périodes les moins bonnes d’Israël, explique Graham, « nous supposons que les pays riches l’emportent. Les données suggèrent que l’Australie, l’Allemagne, la Hollande et probablement les États-Unis pourraient profiter de la migration israélienne, mais nous devons poursuivre les travaux pour clarifier les chiffres. »

Il y a un petit mystère dans les chiffres – ceux qui disent qu’ils sont de nationalité israélienne, mais qui ne sont pas Juifs.

« Nous savons très peu sur qui sont ces gens (même s’il existe un potentiel pour en savoir plus à partir d’autres données du recensement non publiées). Ils représentent près d’un sur dix (8,5 %) de tous les [répondants] nés en Israël. Seule une infime fraction affirme avoir une ascendance ethnique juive, donc ils ne sont probablement pas des Juifs convertis au christianisme. Ma supposition, est que ce sont des Arabes chrétiens israéliens qui sont venus en Grande-Bretagne en tant que migrants économiques », dit Graham.

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