Les jeunes des implantations se sentent ‘trahis’ par les habitants de l’avant-poste qu’ils avaient juré de protéger
Des centaines de manifestants, venus à Amona en attendant un face-à-face contre les forces de sécurité, lèvent le camp alors la conclusion d'un accord ; certains partagent leur déception
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Judah Ari Gross est le correspondant du Times of Israël pour les sujets religieux et les affaires de la Diaspora.

A l’époque de WhatsApp, le message a touché les centaines d’adolescents motivés presque instantanément : il n’y aura pas de protestation.
Les habitants d’Amona ont voté par 45 voix pour, 25 contre et deux abstentions en faveur d’une proposition gouvernementale permettant l’évacuation pacifique de l’avant-poste illégal. Et simplement comme cela, les manifestants se sont dégonflés. Après des jours passés à se préparer pour les protestions, avec un risque d’affrontement violent contre les forces de sécurité, ils n’ont dorénavant plus aucune raison de rester là.
Selon les termes de l’accord, l’Etat va installer des mobile-homes pour 24 des 41 familles de l’avant-poste, et les familles restantes seront relocalisées dans l’implantation voisine d’Ofra. Le gouvernement demandera également un prolongement d’un mois de l’ordre d’évacuation, proposition qui devrait être acceptée maintenant qu’un accord a été conclu.
En échange, les habitants quitteront Amona pacifiquement.
Quand ils ont appris la nouvelle, certains de ceux qui avaient afflué vers l’avant-poste ces derniers jours ont immédiatement tourné les talons et sont partis. D’autres sont restés aux alentours pour exprimer leur déception et se plaindre.
Les adolescents, arborant kippa, tzitzit et souvent des papillotes, et les jeunes filles, en jupes longues et flottantes, grommelaient. « Nous avons été trahis, » a été un refrain fréquent.
L’un des jeunes s’est emparé du système de sonorisation de l’avant-poste pour exprimer son mépris de la décision. « On a fait quelque chose de sale dans votre dos. Les gens ici ont été faibles, a-t-il crié dans le haut-parleur grésillant.
Une minute après, il a fait résonné une sirène d’urgence à travers le dispositif.
Baruch Marzel, disciple du rabbin extrémiste décédé Meir Kahane, a également exprimé son découragement face à l’accord. « C’est une défaite, a-t-il déclaré. [Israël] continue de croire le mensonge selon lequel c’est une terre arabe. »
Marzel, qui est devenu ces derniers jours un personnage central du mouvement de protestation contre l’évacuation, s’est dirigé vers la maison d’un ami, mais a été arrêté régulièrement par quelques personnes qui voulaient entendre ce qu’il avait à dire.
« C’est une profanation du nom de Dieu », a dit Marzel à un homme qui se précipitait pour lui serrer la main. Je ne suis pas complètement d’accord, a répondu l’homme. Je sais que certains le pensent, mais pas moi. »
Même si l’avant-poste d’Amona avait été une première fois jugé illégal il y a une décennie, et que la Haute cour de justice avait ordonné son démantèlement il y a deux ans, le gouvernement ne semble avoir réalisé qu’il y a quelques semaines que l’ordre devait être exécuté.
Alors que les efforts visant à trouver une solution adaptée n’ont cessé de croître, cela a également été le cas des préparations en vue des événements susceptibles de survenir si aucun accord ne pouvait être trouvé.
Dans la nuit de mercredi dernier, les habitants d’Amona avaient rejeté une proposition similaire à celle qu’ils ont acceptée dimanche. La différence notable entre les deux accords est que dorénavant 24 familles seront autorisés à déménager dans des mobile-homes sur une parcelle de terrain adjacente au lieu de seulement 12.
Mercredi soir, des centaines de personnes ont commencé à affluer vers l’avant-poste.
La vaste majorité était composée d’adolescents et de jeunes. Certains sont liés à des groupes extrémistes comme le mouvement des « Jeunes des Collines » et l’organisation Lehava, mais beaucoup venaient du milieu pro-implantation traditionnel.
A leur arrivée à Amona, les plus extrêmistes se sont occupés du renforcement des constructions de l’avant-poste en vue d’éventuelles confrontations avec les forces de sécurité. De grandes pierres, des piquets et une citerne hors d’usage ont été empilés à l’entrée de l’avant-poste; des pneus, qui peuvent être enflammés, ont été entassés sur les bas-côtés de la route, et un manifestant plus industrieux a travaillé pendant des heures, coupant des tuyaux de métal et les soudant à l’entrée d’une construction de l’implantation pour en barrer l’accès à la police.
Mais en fin de compte, tout ce travail aura été vain.
« Je me sens trahi par les habitants. Ils ont décidé de ne pas se battre mais d’aller à l’encontre de leurs propres intérêts. C’est contre la Torah. Ce n’est pas la vérité », a déclaré un manifestant qui a refusé de donner son identité au Times of Israel.
Un autre, l’ayant entendu, l’a rejoint. « Il y a toujours des difficultés dans la vie. La Torah est pleine de difficultés. »
« Je me sens trahi par les habitants. Ils ont décidé de ne pas se battre mais d’aller à l’encontre de leurs propres intérêts »
Un manifestant d’Amona
Mais certains jeunes présents semblent avoir mieux pris la nouvelle. « Bon, c’est comme ça. On rentre chez nous », dit doucement l’un d’eux.
Tandis que les habitants et le cabinet ont souscrit à la proposition, sa mise en œuvre nécessite encore la coopération de la Haute cour de justice.
The government plans to recognize the plot for the 24 families, known as Parcel 38, as abandoned, thereby providing a legal framework for the resettlement of Amona’s residents there, but Yesh Din said it had lined up Palestinians with claims to that parcel of land.
Après que le gouvernement a proposé dimanche à 24 familles de s’installer sur une parcelle de terrain adjacente, l’association israélienne Yesh Din, qui fournit une aide juridique aux propriétaires palestiniens, a indiqué qu’il remettrait en cause cette initiative.
Le projet gouvernemental prévoit de reconnaître la parcelle sur laquelle s’installeront les 24 familles, la parcelle 38, comme étant « abandonnée », ce qui donnerait un cadre légal à la réinstallation des habitants d’Amona là-bas. Yesh Din a cependant indiqué qu’elle était aux côtés des Palestiniens qui revendiquent ce terrain.
Yesh Din now claim they are in touch with an arab, intend appeal on parcel 38, anchoring solution for #amona residents. Red pic.twitter.com/GjldyOuyvs
— Amona_EN (@AmonaEn) December 18, 2016
Parmi les éléments venant compliquer les choses, le fait est que la Cour doit encore approuver un report de 30 jours de l’ordre d’évacuation, ce qu’elle a toujours refusé de faire. Des responsables gouvernementaux pensent toutefois qu’avec un accord en main, les juges pourraient se montrer plus conciliants.
Au vu des incertitudes, un porte-parole d’Ofra, l’implantation voisine d’Amona, a déclaré que même si les tensions ont pu s’apaiser, elles ne sont pas encore totalement dissipées.
« Le combat n’est pas terminé. Nous allons lever le pied pour un mois. Si le mois prochain l’Etat tient sa promesse de construire 52 habitations et infrastructures publiques, alors le combat aura réussi et Amona restera sur la colline », a déclaré le porte-parole.
« Si l’Etat n’honore pas ses engagements, nous n’hésiterons pas à reprendre le combat avec plus d’énergie et plus de force », a-t-il ajouté.
« Amona ne tombera pas à nouveau », a-t-il poursuivi, évoquant l’évacuation en 2006 de plusieurs constructions de l’avant-poste, qui avait été accompagnée d’affrontements brutaux et d’accusations de violences policières.
Même s’il qualifie d’échec la lutte pour Amona, Marzel, le Kahaniste, a expliqué qu’une plus grande lutte est toujours loin d’être terminée.
« Nous irons au prochain endroit d’où ils tenteront de nous évacuer », a-t-il déclaré, promettant que lui et ses amis continueront ce combat « jusqu’à ce qu’un homme suffisamment courageux vienne dire que nous ne passerons plus jamais d’accords pour la Terre d’Israël. »
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