Les Juifs italiens tendent aux réfugiés une main grande ouverte
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Les Juifs italiens tendent aux réfugiés une main grande ouverte

Avec leur expulsion des terres arabes et les horreurs de l'Holocauste à l’esprit, les communautés juives du pays aident la nouvelle vague de migrants à mener une vie meilleure

L'une des 2 500 migrants et réfugiés qui ont trouvé refuge au Mémorial de l'Holocauste de Milano au cours de l'été. (Crédit : Adil Rabhi)
L'une des 2 500 migrants et réfugiés qui ont trouvé refuge au Mémorial de l'Holocauste de Milano au cours de l'été. (Crédit : Adil Rabhi)

MILAN – Situées sur le front de la crise de l’immigration, pour beaucoup dans les communautés juives italiennes, les images horribles de migrants et de réfugiés déversés sur les côtes du pays au cours des dernières semaines éveillent les souvenirs d’un terrible passé. Il n’y a pas si longtemps, nombre de Juifs italiens étaient eux-mêmes des réfugiés.

Les communautés italiennes, décimées par l’Holocauste, ont été soutenues par les réfugiés juifs des pays arabes forcés de quitter leurs maisons en 1948, 1956 et 1967.

Et depuis plusieurs mois, tandis que les Allemands et les Autrichiens ont accueilli un flot de réfugiés traversant leurs frontières au cours du week-end, un scénario similaire sur une plus petite échelle se joue en Europe méridionale.

Selon un rapport de l’AP, près de 120 000 personnes espérant trouver asile en Europe sont arrivées sur les côtes italiennes après un sauvetage en mer. D’autres anonymes ont péri dans le voyage.

Beaucoup de Juifs italiens, conscients des similitudes avec leurs propres destins, délibèrent de leurs prochaines actions, ou oeuvrent déjà activement pour aider l’afflux de migrants.

Parmi eux se trouve Milo Hasbani, l’un des présidents de la communauté juive de Milan.

« Faire quelque chose pour ces migrants est très important pour nous, au regard du fait que tant de membres de notre communauté ont fui les pays arabes et ont trouvé une vie meilleure en Italie », déclare Hasbani, se rappelant comment il a quitté le Liban avec sa famille en 1956 quand il était seulement âgé de huit ans.

Femmes et enfants trouvent refuge au Mémorial de l'Holocauste de Milano le 6 septembre, 2015. (Rossella Tercatin / The Times of Israel)
Femmes et enfants trouvent refuge au Mémorial de l’Holocauste de Milano le 6 septembre, 2015. (Rossella Tercatin / The Times of Israel)

Et donc à Milan, quand un petit groupe d’Africains cherchaient refuge, ils l’ont trouvé dans un site plutôt à propos – le Mémorial de l’Holocauste de la ville.

Fuyant la guerre et la pauvreté, 35 femmes et 7 enfants, principalement originaires de l’Érythrée, ont trouvé refuge ce week-end sous la gare de la ville du monument à la mémoire des Juifs italiens déportés à Auschwitz.

Le mémorial est érigé sur la tristement célèbre plate-forme 21, qui, pendant la Seconde Guerre mondiale était utilisée pour faire monter secrètement des Juifs dans des trains vers les camps de la mort.

Depuis le début de l’été, une partie du mémorial de l’Holocauste sert d’abri à des centaines de migrants en provenance d’Afrique et du Moyen-Orient, qui attendent avec impatience que les trains les emmènent en Europe du Nord.

Plus de 2 500 migrants sont logés jusqu’ici, grâce aux efforts de la Fondation pour le Mémorial, dont les membres, entre autres, comprennent la communauté juive de Milan, l’Union des communautés juives italiennes (UCEI) et l’organisation catholique Sant’Egidio, dont les volontaires dirigent l’abri.

Pratiquement tous les soirs, un nouveau groupe arrive avec des histoires poignantes de survie.

Aiman, 38 ans, un Palestinien qui a fui le camp de réfugiés de Yarmouk près de Damas avec sa femme et ses deux enfants, raconte qu’il est à la recherche d’un asile après des menaces de mort répétées du régime d’Assad et des forces anti-gouvernementales.

Si sa demande a déjà été rejetée en Suède, au Danemark et en Italie, il espère encore réussir en Allemagne.

Dimanche matin, seulement quelques heures après le départ des réfugiés, le mémorial est ouvert aux visiteurs, et la salle de conférence prête à accueillir des événements pour la Journée européenne de la culture juive, célébrée le 6 septembre dans plus de 30 pays en Europe. L’événement est particulièrement un succès en Italie, où des milliers de personnes y prennent part.

Cette année, le président de l’UCEI, Renzo Gattegna, a annoncé que l’organisation a décidé de consacrer la Journée de la culture juive à la tragédie des réfugiés afin de sensibiliser le public à leur situation.

« La responsabilité de toutes les horreurs qui se passent ne repose pas seulement sur les groupes extrémistes ou des régimes qui les commettent, mais aussi sur les gens qui restent silencieux et ne sont pas prêts à se battre pour les droits de l’Homme, mais détournent le regard, » a déclaré Gattegna dans son discours inaugural à Florence.

« La responsabilité de toutes les horreurs qui se passent ne repose pas seulement sur les groupes extrémistes ou des régimes qui les commettent, mais aussi sur les gens qui restent silencieux et ne sont pas prêts à se battre pour les droits de l’Homme, mais détournent le regard. »

« Pour cette raison, je tiens à dédier cette journée à ceux qui sont contraints de fuir leur pays d’origine pour sauver leur vie et celle de leurs enfants. »

La communauté juive de Florence est en première ligne dans les efforts déployés pour remédier à la crise des réfugiés. « En cas de besoin, notre communauté considère comme un impératif moral de faire sa part du marché », explique Sara Cividalli, présidente de la communauté juive de Florence, dans une conversation téléphonique avec le Times of Israel.

Au début de l’été 2014, la municipalité de Florence a lancé un appel aux citoyens et aux institutions privées afin d’aider à résoudre en urgence la crise de la vague croissante d’immigration qui avait commencé à gagner la ville. La communauté juive a été la première à réagir, laissant un appartement à disposition pour accueillir certains d’entre eux.

« Accueillir les gens dans le besoin, c’est quelque chose d’enraciné dans l’identité juive. La tente de notre ancêtre Avraham Avinou n’était-elle pas ouverte sur tous les côtés, précisément dans ce but ? », interroge Cividalli.

La présidente  Président de la communauté juive de Rome, Ruth Dureghello (Crédit : autorisation)
La présidente Président de la communauté juive de Rome, Ruth Dureghello (Crédit : autorisation)

La communauté juive de Turin suit l’exemple de celle de Florence.

Dario Disegni, le président de la communauté, a annoncé que dans les prochains jours, ils offriront à la municipalité un appartement pour accueillir les réfugiés.

Cependant, même si elle a conclu un partenariat avec les organisations inter-confessionnelles dans le passé pour aider les réfugiés, la communauté juive de Rome débat encore de ses prochaines actions.

Dans une conversation avec le Times of Israel vendredi lors de la visite du président israélien Reuven Rivlin, la présidente Ruth Dureghello affirme que Rome est souvent utilisée comme une station intérimaire par les migrants, dont l’objectif ultime consiste à atteindre l’Allemagne ou les pays scandinaves.

Pour ceux qui s’installent, cependant, Dureghello aimerait introduire des programmes d’intégration, à travers un enseignement des langues et un apprentissage général.

« Il est beaucoup plus important de leur donner la chance d’être intégrés dans la société au lieu qu’ils restent différents », dit Dureghello.

« Nous sommes un peuple de réfugiés. Pour nous, les Juifs, c’est une expérience que nous avons eue dans le passé. » Mais elle souligne qu’aider les migrants est « non seulement une responsabilité juive, mais une responsabilité humaine ».

Aider les migrants est « non seulement une responsabilité juive, mais une responsabilité humaine »

D’autres communautés juives oeuvrent en partenariat avec les programmes déjà existants dans l’espoir d’amplifier les efforts.

Pendant l’été, la communauté juive de Milan a recueilli de la nourriture, des vêtements et des articles de toilette pour les migrants et les a donnés à l’organisme italien City Angels, qui, après 20 ans d’expérience dans l’aide aux sans-abri, a commencé à offrir un soutien aux migrants l’an dernier.

« Nous sommes très reconnaissants à la communauté juive pour l’aide qu’elle fournit, » confie le fondateur de City Angels, Mario Furlan.

« Il est particulièrement significatif pour nous d’entendre les commentaires des réfugiés, pour la plupart des musulmans, quand nous leur disons que l’approvisionnement vient de la communauté juive : ils expriment leur gratitude envers ‘leurs amis juifs’. »

Une initiative similaire a été prise par la communauté juive de Gênes. Le Grand Rabbin Giuseppe Momigliano, qui a souligné comment collecter des provisions pour les migrants représente une excellente occasion de « jouer un rôle important pour la ville, tout en accomplissant la mitsva de tsedaka [charité], » dans le journal juif italien Pagine Ebraiche.

A Milan, le Mémorial de l’Holocauste envisage d’accueillir les réfugiés au moins jusqu’à la mi-octobre, puis réévaluera la situation, a déclaré Roberto Jarach, vice-président au conseil d’administration de la Fondation du Mémorial et de l’UCEI.

Comme dans le cas d’Aiman ​​et de nombreux autres dans sa situation, le refuge et ses bénévoles ne peuvent résoudre tous les problèmes des réfugiés. Mais au moins, ils leur fournissent un endroit sûr, de la nourriture et un lit pour rêver la nuit d’une vie meilleure en Europe, pour eux et leur famille.

Des bénévoles de l'organisme de charité italien City Angels avec des réfugiés africains. (Mario Furlan, City Angels)
Des bénévoles de l’organisme de charité italien City Angels avec des réfugiés africains. (Mario Furlan, City Angels)

Amanda Borschel-Dan a contribué à cet article.

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