« Les juifs sont hantés par l’idée (d’être) seuls à combattre l’antisémitisme »
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« Les juifs sont hantés par l’idée (d’être) seuls à combattre l’antisémitisme »

Pour Delphine Horvilleur, rabbin du mouvement juif libéral français, la lutte contre l'antisémitisme devrait devenir une cause nationale

Le rabbin Delphine Horvilleur. (Crédit : autorisation de MJLF)
Le rabbin Delphine Horvilleur. (Crédit : autorisation de MJLF)

Le rabbin libéral Delphine Horvilleur, co-auteur avec l’islamologue Rachid Benzine d’un récent livre intitulé Des mille et une façons d’être juif ou musulman réagit dans les colonnes du Temps, aux deux récents manifestes parus dans Le Monde au sujet de l’antisémitisme en France.

Le premier qui émane de 250 intellectuels et personnalités politiques appelle entre autres à ce que « les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants […] soient frappés d’obsolescence par les autorités théologiques ». Il a suscité un débat autour de la stigmatisation des musulmans.

Le second émane d’une trentaine d’imams qui expliquent avoir vu « l’islam tomber dans les mains d’une jeunesse perturbée, ignorante et désœuvrée. Une jeunesse naïve, proie facile pour des idéologues qui exploitent son désarroi ».

Delphine Horvilleur, elle, n’a voulu signer le premier manifeste où elle a trouvé « de nombreuses vérités », mais n’a pas souhaité « renforcer l’impression d’une compétition victimaire. Personne ne doit se laisser enfermer par celle-ci, et la comparaison statistique entre la menace qui pèse sur un juif et celle qui pèse sur un musulman me semblait contre-productive ».

Aujourd’hui elle appelle à ce que « la lutte contre l’antisémitisme (soit) en France, une cause nationale. Lisez ce qui circule sur les réseaux sociaux: la haine anti-juifs déferle au moindre incident. On ne peut plus se voiler la face. »

Progressant sur une crête, elle dénonce à la fois l’affaiblissement « du sens même de (la) laïcité » face au communautarisme qui revient « au galop », la « montée de l’antisémitisme » et l’assignation identitaire:  » Il m’arrive moi-même de rappeler que je ne suis pas que juive. Enfermer les juifs dans un territoire mental, c’est préparer le terrain à l’antisémitisme ».

Dans cet entretien, elle explique « les juifs de France sont hantés par l’idée de se retrouver seuls à combattre l’antisémitisme. Nous sommes traumatisés par toutes ces marches qui auraient dû se dérouler à chaque fois que des juifs ont été attaqués, et qui n’ont pas eu lieu. »

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