Les malades du cancer ont-ils plus de capacités de lutte contre la COVID-19 ?
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Les malades du cancer ont-ils plus de capacités de lutte contre la COVID-19 ?

Des chercheurs israéliens de Haïfa semblent le penser ; le système immunitaire affaibli de ces patients peut empêcher "l'orage cytokinique" face au virus, disent-ils

Un médecin et une malade du cancer dans l'unité d'un hôpital. Photo d'illustration. (Crédit : Ridofranz; iStock by Getty Images)
Un médecin et une malade du cancer dans l'unité d'un hôpital. Photo d'illustration. (Crédit : Ridofranz; iStock by Getty Images)

Les personnes atteintes d’un cancer – qui ont été catégorisées comme étant un groupe « à risque » depuis le début de la pandémie – pourraient disposer d’une plus grande capacité de lutte contre le coronavirus, selon les scientifiques israéliens.

La COVID-19 deviendrait particulièrement dangereuse au moment où elle retourne la meilleure arme que possède le corps pour se défendre – le système immunitaire – contre ce dernier en entraînant une surréaction immunitaire potentiellement mortelle appelée « orage de cytokine ».

Mais parmi les malades du cancer, les médicaments affaiblissent souvent le système immunitaire et les chercheurs de Haïfa estiment donc que ce phénomène aide à limiter l’impact du virus – le système immunitaire fragilisé n’étant plus en mesure de surréagir au détriment du patient.

« Notre hypothèse est que parce que le système immunitaire est affaibli, la réaction au virus dans le corps est bien moindre à la réaction qui est susceptible d’advenir dans les autres catégories de la population en général », explique le professeur Yuval Shaked, expert en oncologie au sein du Technion-Institut de technologie israélien, au Times of Israel.

Une équipe médicale de l’unité du coronavirus de l’hôpital Ichilov à Tel Aviv, le 28 juillet 2020 (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)

Il précise qu’une petite étude conduite par le centre médical Rambam de Haïfa et qui a été publiée dans le journal Cancers, une publication révisée par des pairs, offre des indications préliminaires qui sembleraient démontrer que le cancer n’est pas un facteur de risque aussi grave que cela avait pu être supposé concernant le développement d’une forme dangereuse de la COVID-19.

Cette recherche qui a réuni le Technion et l’hôpital Ramban survient alors que les oncologues, dans le monde entier, sont en train de réévaluer certaines hypothèses qui avaient été lancées sur les liens entre coronavirus et cancer.

Rachel Kerr, cancérologue à l’université d’Oxford, a récemment remarqué que les données qui avaient été rassemblées au Royaume-Uni sur le cancer, pendant la pandémie, aideront les médecins à « définir le risque plus précisément pour un patient donné pris en charge pour un cancer et permettra de s’éloigner d’une politique générale de ‘vulnérabilité’ s’appliquant à tous les malades du cancer sans différentiation ».

L’étude de Shaked a révélé que pas un seul malade fréquentant le service d’oncologie de Rambam et ayant eu un rendez-vous dans l’établissement entre le mois de décembre et le mois de juin n’avait présenté de symptômes du coronavirus et n’avait été dépisté positif au cours de la première vague de l’épidémie qui s’était abattue sur Israël. L’étude avait compris les patients ayant eu un rendez-vous mais ne l’ayant pas honoré.

Si ces malades du cancer avaient reflété la moyenne nationale enregistrée à ce moment-là, cela aurait impliqué qu’environ 24 personnes atteintes par un cancer auraient été testées positives au coronavirus.

La région de Haïfa – que dessert l’hôpital Rambam – avait été moins affectée lors de la première vague de l’épidémie que d’autres secteurs en Israël mais Shaked, qui dirige le Centre du Cancer Rappaport au Technion, dit être toutefois « surpris ». Il présume que les malades du cancer n’ont pas nécessairement évité l’infection et qu’ils ont été contaminés comme les autres, montrant par la suite une bonne capacité à lutter contre le virus – jusqu’à rester probablement asymptomatiques.

Le professeur Yuval Shaked du Technion. (Austorisation)

Pour mettre à l’épreuve cette intuition, il a mené des tests sanguins aux anticorps sur 164 malades du cancer. Il a découvert que 2,4 % d’entre eux avaient combattu le coronavirus sans même réaliser qu’ils avaient été touchés par la maladie.

Et ainsi, selon Shaked, il semble que les malades du cancer attrapent le virus comme les autres et que, dans un grand nombre de cas, ils soient en mesure de lutter contre la COVID-19 de manière efficace.

« Je me serais attendu, sur la base des hypothèses qui avaient été émises sur le coronavirus et le cancer, à voir des malades du cancer développer des symptômes mais nous avons découvert qu’ils restaient plus probablement asymptomatiques – ce qui est un fait à la fois inattendu et intéressant », a-t-il continué.

L’équipe de Shaked a aussi noté que les malades du cancer affichaient presque le même taux de probabilité d’attraper sans le savoir et de combattre le coronavirus que les personnels soignants d’âge similaire du département d’oncologie de Rambam. Le groupe de contrôle, constitué de cent personnes, avait été choisi parce qu’il avait été exposé au même environnement.

Une laborantine israélienne effectue des tests sérologiques au laboratoire des services de soins de santé Leumit à Or Yehuda, près de Tel-Aviv, le 29 juin 2020. Photo illustrative (GIL COHEN-MAGEN / AFP)

L’étude n’a pas compris de patients atteints de différents types de leucémie et Shaked estime que les résultats auraient probablement été différents si tel avait été le cas – les cancers du sang ayant prouvé qu’ils étaient un facteur de risque face au coronavirus.

Shaked et son équipe de chercheurs – avec, parmi eux, la chef de l’unité d’oncologie de Rambam, Irit Ben Aharon – testent dorénavant un grand nombre de malades pour vérifier la théorie laissant entendre que non seulement les malades du cancer ne présenteraient pas de risque supplémentaire face à la maladie, mais qu’ils bénéficieraient en fait d’un certain niveau de protection face aux pires effets de la COVID-19.

« Les traitements contre le cancer modulent le système immunitaire de telle manière que le virus pourrait être amené à fonctionner différemment », a expliqué Shaked. « Et, chez les malades que nous avons examinés, nous avons constaté qu’ils étaient parvenus à minimiser les symptômes ».

Il a précisé que « les malades du cancer bénéficient de médicaments qui affaiblissent souvent le système immunitaire. Dans la mesure où le système immunitaire est relativement faible – et où le virus utilise un système immunitaire fort pour lancer un orage cytokinique – les chances de développer de tels symptômes sont faibles ».

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