Les manifestants juifs contre les armes exigent une action du Congrès
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"La sécurité à l'école n'est pas une question politique"

Les manifestants juifs contre les armes exigent une action du Congrès

"Aucun agenda politique n'est plus critique que la gestion des problèmes de violences liées aux armes", a indiqué une organisation orthodoxe

Les élèves du lycée d'études américaines dans le Bronx (Crédit : Cathryn J. Prince)
Les élèves du lycée d'études américaines dans le Bronx (Crédit : Cathryn J. Prince)

NEW YORK — Plus d’un million de personnes, dont de nombreux jeunes, sont descendues samedi dans la rue dans plusieurs villes des Etats-Unis, pour une manifestation historique contre les armes à feu après la tuerie dans un lycée de Floride qui a fait 17 morts.

D’origine spontanée, cette initiative est devenue la plus grande manifestation contre les armes de l’histoire des Etats-Unis.

« Vous les élus, représentez la population ou partez ! », a lancé Cameron Kasky, un lycéen de 17 ans ayant survécu au massacre, à la marée humaine de quelque 800 000 personnes rassemblées dans les avenues entre la Maison Blanche et le Capitole à Washington, selon les organisateurs cités par NBC.

A New York, ils étaient 175 000 dans les rues, selon le maire Bill de Blasio. Et plus de 800 marches se sont déroulées dans d’autres villes des Etats-Unis et dans le monde avec, partout, les jeunes comme force d’impulsion.

Une lycéenne qui a survécu à la fusillade de Parkland en Floride, prend la parole lors de la grande marche contre les ventes d’armes, le 24 mars 2018 (Crédit : Joe Raedle/Getty Images/AFP)

« Plus jamais ça! » était le mot d’ordre fédérant ces adultes et adolescents, révoltés par la répétition des fusillades dans les écoles.

Ils ont crié leur frustration, alimentée par l’inaction des législateurs et des pouvoirs publics, réticents à agir contre la National Rifle Association (NRA), le puissant lobby des armes.

Pour sa part, à New York, Emily Dolgin ne connaissait pas Alyssa Alhadeff, l’une des 17 victimes décédées lors de la fusillade survenue à la Saint-Valentin au lycée Marjory Stoneman Douglas. Mais ayant passé 12 camps d’été au Camp Coleman, elle connaît les conseillers et les amis d’Alyssa.

« Sa mort – ainsi que celle de nombreux autres à travers toute la nation – m’a hantée tout au long de ces cinq dernières semaines et elle continuera à vivre en moi à travers toute mon existence. Parkland est proche de chez moi et cela a été la prise de conscience dont j’avais désespérément besoin. J’ai bien vu la manière dont la fusillade a affecté mes propres campeurs et cela me fait souffrir de savoir qu’ils ne se sentent pas en sécurité lorsqu’ils vont à l’école », a-t-elle dit.

Et c’est donc avec l’image d’Alyssa gravée dans le coeur que cette étudiante au Barnard College a rejoint les centaines de milliers de personnes qui ont participé à la « March For Our Lives », demandant des mesures plus strictes de contrôle des armes.

Alyssa Alhadeff (Crédit : Oregon Youth Soccer Association/Facebook via JTA)

Dans le cadre du mouvement réformé et ancien élève du NFTY — mouvement des jeunes juifs réformé – Dolgin a fait partie d’un contingent juif important qui est également venu au défilé, samedi matin. Plusieurs synagogues et groupes, notamment la Synagogue Bnai Jeshrun, la synagogue Stephen Wise Free, et Torah Trumps Hate ont pris part au rassemblement qui était organisé à Central Park et à la marche qui a suivi.

« Le judaïsme nous enseigne que sauver une vie, c’est sauver le monde entier. Le décès d’Alyssa a sûrement impacté mon monde qui comprend les campeurs du Camp Coleman et les anciens élèves », a dit Dolgin, qui a grandi à Tampa, en Floride.

« Parkland devenant un exemple global de violences dues aux armes, cela m’a fait encore plus d’effet dans la mesure où c’est un endroit où j’ai célébré de nombreuses fêtes et traditions juives, que j’y ai rencontré certains de mes amis les plus proches au NFTY ».

Les manifestants à un rassemblement contre les armes à New York, le 24 mars 2018 (Crédit : Cathryn J. Prince)

De Washington à San Francisco, de Londres à Tel Aviv, les Américains ont défilé non seulement pour les vies perdues à Parkland, en Floride, mais aussi pour celles qui avaient disparu à Las Vegas. Ils ont marché pour les douze vies prises au Navy Yard de Washington et pour les 26 autres qui avaient été arrachées à l’école élémentaire Sandy Hook. Ils ont défilé pour les 96 existences perdues chaque jour en raison des violences dues aux armes.

Ils ont scandé « plus de silence, mettez un terme à la violence », et ont brandi des pancartes disant « des lois du 18ème siècle ne peuvent réguler des vies du 21e siècle ».

Kate et Sam Wheatley de New York sont venus montrer leur dégoût face à l’inaction du Congrès sur la réforme des armes. C’est la première fois qu’ils ont participé à une manifestation politique.

« Vous pouvez posséder un fusil de chasse ou un pistolet. Assez, c’est assez », a dit Kate Wheatley.

Kate et Sam Wheatley participent à leur première manifestation politique, le 24 mars 2018 (Crédit : Cathryn J. Prince)

Indépendamment de leur positionnements politique ou religieux, ils ont appelé le Congrès à agir maintenant pour adopter une réforme globale sur les armes.

« La sécurité à l’école n’est pas une question politique. Il ne peut y avoir de compromis lorsqu’il s’agit de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour garantir la vie et l’avenir des enfants qui risquent de mourir alors qu’ils devraient être en train d’apprendre, de jouer et de grandir », a écrit sur sa page Facebook l’organisation orthodoxe Torah Trumps Hate.

« Aucun groupe d’intérêt particulier, aucun agenda politique n’est plus critique que le sujet de l’adoption d’une législation qui permette de s’attaquer de manière effective aux problèmes de violences par les armes qui sont rampants dans notre pays ».

Le groupe a annoncé qu’une telle législation devait inclure une interdiction des fusils d’assaut AR-15, des inspections plus strictes en termes contexte de possession des armes, une interdiction des « Bump stocks », qui sont des pièces d’équipement qui permettent à des armes semi-automatiques de tirer des balles se succédant rapidement. Il demande aussi d’élever l’âge permettant l’acquisition d’une arme en le faisant passer de 18 à 21 ans.

Vendredi, le département américain pour la Justice a annoncé des plans d’interdiction des « bump stocks » et le projet de les inclure dans la définition des « mitrailleuses » sous les termes de la loi fédérale.

Au début du mois, le gouverneur républicain de Floride Rick Scott a rompu avec la NRA (National Rifle Association) et adopté de nouvelles restrictions sur les ventes d’armes dans la loi. La loi élève l’âge nécessaire pour acquérir une arme à travers l’état, elle interdit l’achat et la possession de « bump stocks », et établit un délai d’attente de trois jours pour l’achat d’une arme à feu. La législation comprend également une disposition d’un montant de 400 millions de dollars qui seront alloués aux soins psychiatriques et aux mesures de sécurité dans les écoles. Elle propose également d’armer certains enseignants.

Grande marche contre les ventes d’armes et pour la sécurité à l’école, le 24 mars 2018 (Crédit : Joe Raedle/Getty Images/AFP)

Depuis la fusillade de Parkland, Dick’s Sporting Goods a annoncé cesser la vente de fusils de type assaut et ne délivrer dorénavant des armes qu’aux personnes âgées de plus de 21 ans. Pour leur part, REI, Kroger’s, LL Bean et Walmart ont également institué de nouvelles politiques de vente au détail en ce qui concerne les armes à feu.

Avant la marche, le centre communautaire juif Marlene Meyerson de Manhattan a accueilli des groupes juifs de toutes dénominations pour un petit déjeuner du Shabbat.

Maya Katz, élève au lycée d’études américaines dans le Bronx, a fait savoir qu’elle défilait parce qu’elle estimait qu’aucun élève ne devait affronter la violence des armes à feu et qu’il était temps pour elle de faire entendre sa voix.

La cheffe du NFTY de New York, Rachel Landis, s’était pour la toute première fois impliquée dans la sensibilisation à la prévention des violences par arme à feu lorsqu’elle s’était rendue à une session d’informations organisée au centre d’action religieuse du judaïsme réformé.

De gauche à droite: Izzy Hochman, NY NFTY member Rachel Landis, du NFTY de New York, et Landis (Autorisation : Rachel Landis)

« Cela fait un moment que cela me passionne. Mais je ne me concentre pas seulement sur la violence scolaire. Parkland n’était pas un événement isolé. C’est la violence qui survient dans les villes et partout ailleurs », a expliqué Landis, 17 ans, au Times of Israel.

Landis a été l’une des intervenantes lors de cet événement organisé à New York qui a permis de lever la somme de 26 507 dollars à travers GoFundMe. D’autres allocutions ont été prononcées par des survivants de ces violences et par un étudiant de Parkland.

Tandis que Landis ne pourra pas voter aux élections de la mi-mandat, elle a déclaré que les politiciens devaient prêter attention à ce mouvement.

« Je veux vraiment faire en sorte que les politiciens nous écoutent parce que nous sommes les électeurs de demain », a-t-elle dit. « Soit le congrès fait quelque chose, soit nous le destituerons par le vote. Si ce n’est pas cette fois-ci, ce sera le fois suivante ou encore la fois suivante ».

L’AFP a contribué à cet article.

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