Les ministres acceptent d’élargir le cabinet, impasse dans les négociations
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Les ministres acceptent d’élargir le cabinet, impasse dans les négociations

La mesure annulerait la loi de 2013 réduisant le cabinet à 18 ministres ; Netanyahu demande aux partis de "retomber sur terre"

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (droite) écoute le ministre des Transports Yisrael Katz lors de la rencontre hebdomadaire du cabinet au bureau du Premier ministre à Jérusalem le 19 mai 2019. (Ariel Schalit / various sources / AFP)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (droite) écoute le ministre des Transports Yisrael Katz lors de la rencontre hebdomadaire du cabinet au bureau du Premier ministre à Jérusalem le 19 mai 2019. (Ariel Schalit / various sources / AFP)

Alors que le temps presse pour obtenir un accord afin de former un nouveau gouvernement, le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est plaint dimanche que ses potentiels partenaires de coalition étaient intransigeants dans leurs demandes, bloquant tout progrès significatif dans les négociations.

Dans le même temps, afin de faire plaisir aux six partis en compétition pour obtenir des sièges à la table du gouvernement, les ministres ont approuvé dimanche une décision d’élargir le cabinet de 21 membres actuellement à 26 ou 28 membres. La mesure annulerait une loi de 2003 limitant le cabinet à seulement 18 ministères qui avait été temporairement modifiée en 2015 lors des négociations de coalition après l’élection de cette année-là.

Ayant reçu l’approbation du gouvernement, la mesure devra maintenant passer par trois séances plénières de la Knesset avant de devenir une loi. La première séance devrait avoir lieu lundi.

« Malheureusement, les partis sont encore au sommet des arbres où ils ont grimpé », a déclaré Netanyahu à l’ouverture de la réunion du cabinet à Jérusalem.

« J’espère que l’on trouvera bientôt un moyen de les faire revenir sur terre afin que nous puissions établir ensemble un gouvernement fort et stable pour l’Etat d’Israël, qui continuera à conduire le pays vers de nouveaux sommets », a-t-il déclaré.

Moins de deux semaines avant la date limite finale du 28 mai pour que Netanyahu présente une coalition à la Knesset, les négociations ont encore calé, et aucun accord n’a été signé avec aucun parti. S’il ne réconcilie pas les demandes diamétralement opposées du parti laïc d’Yisrael Beytenu et des partis ultra-orthodoxes, mais aussi d’autres partis qui le rejoindraient probablement, Netanyahu ne sera pas en mesure de former une coalition d’au moins 61 sièges dans la Knesset à 120 membres.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le membre du Likud Yariv Levin sont vus lors d’une réunion du parti à la Knesset le 9 décembre 2013. (Miriam Alster/Flash90)

En élargissant le cabinet, Netanyahu aurait plus de latitude pour courtiser les partis dont il a besoin pour obtenir une majorité.

Abolir la limite à 18 ministères permettrait aussi au Premier ministre de distribuer des porte-feuilles pour satisfaire les demandes des membres de son propre parti, qui vont probablement passer à côté des positions clefs, données aux partenaires de coalition.

Après les élections de 2013, Yesh Atid avait conditionné sa participation à un gouvernement au passage d’une loi limitant drastiquement le nombre de ministères d’un record à 30 ministres dans le précédent gouvernement à 18 ministres. Pourtant, après les élections de 2015, la première opportunité d’appliquer la nouvelle loi, Netanyahu avait passé un amendement temporaire pour augmenter le nombre à 21 ministres. Maintenant, il veut tout simplement annuler la loi.

Des membres du parti Kakhol lavan – dont Yesh Atid fait partie – mais aussi d’autres partis dans ce qui sera probablement l’opposition ont critiqué la décision de dimanche et ont promis de s’opposer à la mesure à la Knesset, citant une facture à payer de 200 millions de shekels (50 millions d’euros) pour les postes ministériels supplémentaires.

Dans le même temps, Netanyahu aurait envisagé la possibilité de former un gouvernement de non majorité, et sans le parti Yisrael Beytenu dirigé par Avidgor Liberman.

Alors que la création d’un gouvernement de droite de minorité et de non majorité après des élections parlementaires serait un exemple sans précédent en Israël, c’est théoriquement possible. Le nouveau gouvernement doit recevoir un soutien de la majorité à la Knesset, et n’a pas besoin d’obtenir l’approbation d’une majorité absolue de 61 ou plus.

Des sources au Likud pensent que même si Liberman ne rejoint pas le gouvernement, il ne voterait pas activement contre lui au risque d’être accusé de forcer des nouvelles élections, selon un article publié dans Yedioth Ahronoth. Au lieu de cela, les 5 députés d’Yisrael Beytenu pourraient s’abstenir lors des votes de confiance, laissant la coalition avec une simple majorité de 60 contre 55, tout en restant dans l’opposition.

Le Likud de Netanyahu a auparavant déclaré que Liberman, laïc et issu d’une droite dure, avait demandé plus que sa part équitable de contrôle sur les ministères et les politiques du gouvernement – étant donné les cinq petits sièges de son parti à la Knesset – y compris le ministère de la Défense, une position plus laïque sur les questions d’état et de religion, et une posture plus combative vis-à-vis du Hamas à Gaza.

Dans le même temps, Moshe Kahlon, chef du parti Koulanou et ministre des Finances du gouvernement sortant – dans lequel il contrôlait 10 sièges à la Knesset – cherche maintenant à garder son poste alors que son parti n’a plus que quatre élus. Il a refusé de conclure des négociations de coalition avec le Likud.

Moshe Kahlon, à gauche, et Avigdor Liberman, à la Knesset, le 18 novembre 2015. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Kahlon a dit à ses proches qu’il n’acceptera pas d’être ministre des Finances dans un gouvernement de seulement 60 élus car il sera trop faible et le ministère des Finances serait confronté à des demandes irréalistes de chaque parti de la coalition, a annoncé Haaretz jeudi. Kahlon a aussi répété sa condition qu’il ne signera un accord de coalition qu’après avoir vu les requêtes financières de tous les autres partis membres.

Un des points d’achoppement dans les négociations de coalition est la demande de Liberman de ne pas modifier un projet de loi régulant l’incorporation des hommes ultra-orthodoxes dans l’armée. Le projet de loi, qui est passé en première lecture à la Knesset du précédent Parlement, est bloqué par les partis ultra-orthodoxes qui veulent procéder à des modifications d la loi afin de réduire les quotas de ceux qui devaient faire le service militaire.

Dans les négociations de coalition, Liberman a présenté cinq demandes centrales qui sont les lignes rouges de son parti, y compris le défaire du Hamas, le blocage de toute modification de la loi proposée régulant la conscription militaire pour les hommes ultra-orthodoxes, et mettre un terme à certaines pratiques méprisantes utilisées par certains dans l’institution rabbinique de l’état quand ils traitent des immigrants russophones, comme des tests ADN pour examiner les liens de familles juives.

Si Netanyahu ne parvient pas à former une coalition avant le 18 mai, la tâche pourrait être assignée à un autre membre de la Knesset. Si aucun élu ne parvient à former un gouvernement, le pays ira vers de nouvelles élections.

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