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Les Monthy Python avaient-ils vu juste avec « la Sainte grenade d’Antioche ? »

L'analyse de fragments de récipients du 11e-12e siècle, trouvés à Jérusalem, corrobore les récits portant sur l'utilisation de projectiles explosifs à l'époque des Croisades

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

Les fragments de récipients médiévaux du 12e siècle découverts dans la Vieille Ville de Jérusalem, avec notamment (tout à droite) un  fragment du récipient sphéro-conique qui aurait contenu des composants d'explosifs, trouvé à Jérusalem, en Israël. (Crédit : Robert Mason, Royal Ontario Museum)
Les fragments de récipients médiévaux du 12e siècle découverts dans la Vieille Ville de Jérusalem, avec notamment (tout à droite) un fragment du récipient sphéro-conique qui aurait contenu des composants d'explosifs, trouvé à Jérusalem, en Israël. (Crédit : Robert Mason, Royal Ontario Museum)

Une équipe de chercheurs canadiens et australiens ont identifié ce qui est, selon eux, la preuve que des grenades à main étaient utilisées à l’époque des croisés. Les lecteurs dont l’attention a été retenue par cette mention d’explosifs médiévaux seront tentés de se souvenir de « la sainte grenade d’Antioche » présentée dans le célèbre film parodique de 1975, « Monty Python, Sacré Graal ».

Aujourd’hui, sous la houlette du professeur Carney Matheson de la Griffith University, une équipe de chercheurs a analysé les résidus découverts dans quatre récipients en céramique qui dataient du 11e et du 12e siècle, et qui avaient été retrouvés lors de fouilles qui avaient eu lieu entre 1961 et 1967 au Jardin arménien, dans la Vieille Ville de Jérusalem. Ces récipients dans le pur style mamelouk avaient été retrouvés sur le site d’un palais des Croisés et ils ont depuis été confiés au Royal Ontario Museum – laissés dans leur état d’origine et seulement dépoussiérés.

Les nouvelles conclusions explosives des scientifiques indiquent que si trois des récipients ont été utilisés pour conserver de l’huile à des fins alimentaires, à des fins médicinales ou pour fabriquer des parfums, l’un d’entre eux a probablement servi à « conserver des produits chimiques – ou il a pu également servir à stocker les produits chimiques nécessaires pour fabriquer un dispositif explosif, un dispositif qui pourrait correspondre à l’équivalent d’une grenade médiévale ».

Et les Monty Python n’avaient pas été les seuls à évoquer la possibilité de grenades médiévales : « Les récits historiques, notamment ceux racontant le siège de Jérusalem en l’an 1187 de l’ère commune, font état d’armements qui pouvaient ressembler à des grenades lancées sur la ville par les forces de Saladin », notent les auteurs.

Dans une étude publiée par le prestigieux journal PLOS Onehi-tech – notamment des analyses réalisées à l’aide de techniques de microscopie photonique, de chromatographie en phase gazeuse, de caractérisation biochimique, de spectroscopie de masse, de spectrométrie d’émission atomique – plasma à couplage inductif et de spectroscopie à fluorescence atomique à vapeur froide.

Matheson a expliqué dans un communiqué que des documents remontant à l’époque des Croisés parlaient de l’utilisation de récipients similaires comme grenades à main qui étaient jetées contre les fortifications et qui entraînaient « un bruit fort et des éclairs de lumière brillante ».

Un fragment du récipient sphéro-conique qui aurait contenu des composants d’explosifs, trouvé à Jérusalem, en Israël. (Crédit : Robert Mason, Royal Ontario Museum)

Il a notamment déclaré que l’étude avait été réalisée pour comprendre si une certaine poudre noire connue au 13e siècle au Moyen-Orient et en Chine était arrivée en Terre sainte plus tôt que semblent le montrer les recherches jusqu’à présent.

Les recherches faites sur les résidus ont toutefois révélé que le récipient n’avait pas contenu cette fameuse poudre chinoise et plutôt un composant explosif local, a expliqué Matheson.

Dans l’étude, les auteurs ont écrit qu’une grenade contenue dans une céramique sphéro-conique qui avait découverte dans le passé avait fait l’objet d’analyses en 1937. Trouvée à Fustat (le vieux Caire), les scientifiques avaient pris pour hypothèse qu’elle avait été utilisée contre les Croisés par les Arabes en l’an 1168. Ils avaient pu déceler la présence de nitrate de potassium et de soufre – ce qui, pour les auteurs, était « typique des explosifs, correspondant à une utilisation présumée comme arme incendiaire ou explosive ». Toutefois, la composition chimique de l’explosif n’avait pas été détaillée dans son intégralité à ce moment-là.

Le fragment 744, fragment du récipient sphéro-conique qui aurait contenu des composants d’explosifs, trouvé à Jérusalem, en Israël. (Crédit : Robert Mason, Royal Ontario Museum)

Dans une interview accordée à IFLScience, Matheson a expliqué qu’il y avait des textes en arabe datant de l’époque des croisés qui pouvaient être des recettes secrètes pour la fabrication d’explosifs, mais qu’ils étaient difficiles à déchiffrer.

« C’étaient des armes secrètes et ils ne désiraient pas nécessairement raconter à tout le monde comment les fabriquer », a-t-il dit, ajoutant que ces recettes comprenaient des végétaux et des graisses animales.

Pendant l’analyse récente du récipient en céramique désigné sous le nom de Fragment 737, les chercheurs ont identifié des acides gras et des niveaux relativement élevés de mercure, de soufre, d’aluminium, de potassium, de nitrate et de phosphore.

Cette liste d’ingrédients a amené Matheson à prendre pour hypothèse qu’un ingrédient local pouvait probablement aussi avoir été utilisé : « Si vous mélangez le sel de la mer Morte et de l’urine [en y ajoutant des végétaux et de la graisse animale], vous allez obtenir à peu-près ce que nous avons trouvé », a confié Matheson à IFLScience.

Le fragment 744, fragment du récipient sphéro-conique qui aurait contenu des composants d’explosifs, trouvé à Jérusalem, en Israël. (Crédit : Robert Mason, Royal Ontario Museum)

Venant également soutenir l’hypothèse d’une grenade, les chercheurs ont expliqué que le récipient « fait le poids approximatif d’une grenade et sa forme est optimale pour une telle utilisation », précisant que « l’épaisseur des morceaux du récipient pouvait contenir la hausse de pression préalable à la détonation, et donner de la force à l’explosion ».

Selon les pages consacrées aux grenades sur le site du musée national de la Première Guerre mondiale, les grenades du 11e siècle au 12e siècle seraient parmi les premières – mais il y en aurait eu d’autres auparavant, quoique d’autre type.

Le site précise ainsi que « la légende raconte que la toute première grenade était faite d’une petite boîte contenant des vipères vivantes, que les guerriers jetaient dans le camp de l’ennemi ».

Qui sait ? Peut-être que de futures fouilles viendront confirmer aussi l’existence de ce projectile – que les Monty Python ne renieraient sûrement pas, soit dit entre nous – de serpents vivants.

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