Les partis sionistes religieux lancent leur campagne, sans l’extrême droite
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Les partis sionistes religieux lancent leur campagne, sans l’extrême droite

Les dirigeants de l'Union des partis de droite semblent désireux d'élargir leur base, mais ignorent le parti kahaniste Otzma Yehudit, dont les représentants se tiennent à l'écart

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Les candidats de l'Union des partis de droite issus des partis HaBayit HaYehudi et Union nationale lors du lancement de la campagne de la liste commune à l'hôtel Jerusalem Gardens, le 11 mars 2019. (Miri Shmanovitz)
Les candidats de l'Union des partis de droite issus des partis HaBayit HaYehudi et Union nationale lors du lancement de la campagne de la liste commune à l'hôtel Jerusalem Gardens, le 11 mars 2019. (Miri Shmanovitz)

L’Union des partis de droite (UPD) a officiellement lancé sa campagne électorale lundi soir, présentant un front fraternel et unifié. Mais la manifestation de solidarité a sans doute été atténuée par le fait qu’une partie importante de l’alliance politique était introuvable dans la salle de réception de l’hôtel Jerusalem Gardens.

Bien qu’ils aient accepté de se présenter sur une liste commune, HaBayit HaYehudi, dirigé par Rafi Peretz, et l’Union nationale, dirigée par Bezalel Smotrich, ont décidé de faire campagne séparément de l’extrême droite Otzma Yehudit. Le nom de cette dernière faction figurait sur les logos de l’Union des partis de droite sur des panneaux bleus et verts, des drapeaux et des ballons dans tout l’auditorium sombrement éclairé – mais les représentants, militants et partisans du parti extrémiste n’étaient pas visibles parmi les quelque 250 personnes présentes.

« C’est ce que signifie une alliance technique », a déclaré Yaron Feld, membre de HaBayit HaYehudi, qui a utilisé la terminologie employée par les chefs de parti dans leur effort apparent pour minimiser la nature de l’alliance.

Cette alliance a suscité un tollé considérable pour tout le monde, si ce n’est qu’elle garantit l’entrée de deux disciples autoproclamés du rabbin extrémiste Meir Kahane dans la prochaine Knesset. Cependant, la plupart des critiques des députés de l’opposition et des organisations juives à l’étranger ont été adressées au Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui a orchestré la fusion afin de s’assurer que son partenaire de longue date dans la coalition HaBayit HaYehudi dépasse le seuil électoral.

Rafi Peretz, président de l’Union des partis de droite, prend la parole lors du lancement de la campagne à l’hôtel Jerusalem Gardens, le 11 mars 2019. (Miri Shmanovitz)

Pourtant, les membres de HaBayit HaYehudi et de l’Union nationale ont ressenti le besoin de se différencier de leurs collègues d’Otzma Yehudit. « Ils ne viennent pas de la même salle d’étude que nous », a déclaré Idit Silman, candidate HaBayit HaYehudi, à la presse quelques instants avant le début de l’événement, décrivant la relation avec un terme tiré du monde de la Torah.

Avant son approbation par les membres du parti, l’alliance avait même suscité des critiques au sein des partis sionistes religieux de la part de ceux qui estimaient qu’Otzma Yehudit était un partenaire à part entière. Mais alors que les journalistes, lundi, étaient intéressés à discuter de la faction des moutons noirs de l’Union, les membres du parti semblaient considérer les discussions sur cette alliance comme une histoire ancienne – presque tous les participants paraissaient être passés à autre chose.

L’accent semble plutôt avoir été mis sur le fait d’élargir l’attrait pour le camp sioniste religieux à d’autres milieux dans le pays.

Dès le début de la soirée, Mme Silman a fait référence à la foule mélangée de militants religieux et laïcs qui s’étaient rendus à Jérusalem pour cet événement. (Pour un journaliste, les têtes découvertes étaient encore plus difficiles à repérer que les candidats d’Otzma Yehudit, mais les efforts pour répondre aux besoins de ceux qui ne font pas partie de la base des résidents des implantations se sont poursuivis sans relâche).

Faisant référence au slogan de la campagne de l’UPD « Engagés pour plus », Peretz a déclaré qu’il ne s’agissait pas d’un engagement sectoriel, mais d’un engagement envers tout Israël.

Bezalel Smotrich, n°2 de l’Union des partis de droite, prend la parole lors du lancement de la campagne à l’hôtel Jerusalem Gardens, le 11 mars 2019. (Miri Shmanovitz)

« J’ai des enfants religieux et non religieux, des soldats des forces spéciales et des volontaires du service national. Je les aime tous. C’est cette philosophie qui m’a accompagné en tant que grand rabbin de l’armée. J’étais le rabbin de tous les soldats », a proclamé Peretz.

Si les orateurs ont beaucoup évoqué la nature religieuse de leur camp, ils ont également mis l’accent sur des valeurs d’une nature résolument universelle que de nombreux Israéliens seraient probablement en mesure de soutenir.

Peretz, par exemple, a parlé de l’importance de servir et de faire des sacrifices : des principes qu’il a appris avec son éducation sioniste religieuse.

Et bien qu’on ait généralement parlé d’annexion de la Cisjordanie tout au long des discours prononcés par Peretz et le n°2 du parti Smotrich, ces messages ont été un peu en retrait des promesses de soutien aux autres villes périphériques – particulièrement celles situées à la frontière avec Gaza.

« L’engagement à prendre soin des habitants du sud était au sommet de la plate-forme de sécurité proposée par Peretz, et le président de l’UPD a profité de l’occasion pour cibler Netanyahu de façon subtile. « Bibi, je t’invite chez moi, à Naveh. Viens vivre l’expérience d’une seule sirène d’alerte rouge. Tu verras les enfants courir et chercher une protection entre les dunes de sable », a-t-il dit, exhortant le Premier ministre à cesser d’utiliser des mesures « proportionnelles » contre le Hamas à Gaza.

Rafi Peretz, président de l’Union des partis de droite, prend la parole lors du lancement de la campagne à l’hôtel Jerusalem Gardens, le 11 mars 2019. (Jacob Magid/Times of Israel)

Dans son discours, Smotrich a fait référence à un candidat d’Otzma Yehudit, l’avocat Itamar Ben Gvir, pour qui les procureurs ont décidé lundi d’abandonner une plainte contre ses clients accusés précédemment de terrorisme.

« Cette victoire sera enseignée aux étudiants en droit pour les générations à venir », a-t-il affirmé. Les applaudissements ont été nombreux, mais la plupart des personnes présentes dans la salle semblaient désireuses de passer à d’autres sujets.

Parmi les remarques les plus enflammées et les plus enthousiastes de la soirée, Smotrich a déclaré que le parti s’attaquerait aux taux de criminalité élevés dans les secteurs non juifs du nord et du sud d’Israël, un sujet de discussion courant dans les cercles de droite. « Nous appliquerons la loi dans le Néguev. La souveraineté n’est pas une question théorique : Si elle n’est pas appliquée, elle n’existe pas ».

« Nous mettrons fin à la prise illégale de terres par les Bédouins dans le sud et les Arabes dans le nord », a-t-il ajouté sous les applaudissements.

Des membres du parti extrémiste Otzma Yehudit, le président Michael Ben-Ari, (à gauche), et le numéro deux Itamar Ben Gvir, (à droite), assistent à une réunion de la commission centrale électorale le 6 mars 2019 pour discuter des appels demandant la destitution de Ben-Ari aux élections à la Knesset en avril. (Noam Revkin Fenton/Flash90)

Alors que M. Peretz a mis l’accent sur les valeurs, M. Smotrich a mis l’accent sur les politiques. Le n°2 de l’UPD a exposé les changements de politique que son parti chercherait à mettre en œuvre s’il était placé à la tête des ministères de l’Education, de la Sécurité publique, de la Justice et des Affaires religieuses.

Des rapports ont indiqué que dans le cadre de son accord avec HaBayit HaYehudi pour assurer la fusion, Netanyahu avait promis au parti le portefeuille de l’Education. Dimanche, Smotrich a provoqué le tumulte en disant qu’en tant que ministre de l’Education, il supprimerait la « coercition » dans les écoles d’Israël vers une « religion de la démocratie libérale ».

Cependant, le Premier ministre a déclaré lundi dernier aux dirigeants du Likud que le ministère serait réservé à l’un d’eux. S’exprimant lors du lancement de la campagne, Smotrich a critiqué le Premier ministre pour avoir apparemment fait marche arrière sur sa promesse.

« Netanyahu est un homme talentueux et capable, mais pas toujours bon sous la pression », a-t-il dit. « La question de savoir quels portefeuilles nous recevrons dans le prochain gouvernement ne dépend pas de ce que Netanyahu a promis dans le passé et ne dépend pas de ce qu’il dit ou ne dit pas aujourd’hui. La question de savoir quels postes clés nous aurons dépend du pouvoir que nous aurons dans ces élections ».

Le parti ayant actuellement 6-7 sièges dans les sondages, ces remarques constituaient ce qui pourrait être la tactique la plus efficace de l’UPD pour attirer des électeurs au-delà de leur base religieuse et nationaliste croissante : cibler les électeurs de droite qui en ont assez de Netanyahu.

Les candidats de l’Union des partis de droite issus des partis HaBayit HaYehudi et Union nationale lors du lancement de la campagne de la liste commune à l’hôtel Jerusalem Gardens, le 11 mars 2019. (Miri Shmanovitz)

Néanmoins, même si le parti ne réussit pas à obtenir l’appui de nouvelles circonscriptions, il pourrait peut-être se consoler de la camaraderie affichée dans la salle : Les quelques désaccords exprimés lors du vote sur la fusion le mois dernier s’étaient dissipés, et si des querelles internes existent, elles n’étaient pas apparentes lundi soir.

Peretz et Smotrich « nous ont vraiment unis », a dit Feld, membre de longue date de HaBayit HaYehudi. Avec l’ancien président du parti Naftali Bennett, a-t-il dit, « nous étions dépendant du chef, mais désormais cela ressemble plus à un travail d’équipe ».

Bien sûr, les dirigeants de HaBayit HaYehudi et de l’Union nationale ont réussi à atteindre cet objectif en négligeant leur troisième partenaire politique, apparemment conscients du fait que, dans leur tentative d’élargir leur appel aux électeurs potentiels dans les semaines à venir, Otzma Yehudit est pour une large part un handicap électoral.

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