Les partisans de Corbyn s’insurgent sur un sketch polémique sur l’antisémitisme
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Les partisans de Corbyn s’insurgent sur un sketch polémique sur l’antisémitisme

Le comédien Tracey Ullman dépeint le leader du Labour disant à des jeunes : "J'ai dit aux antisémites de manière sans équivoque : Allez-y quand même mollo"

Les partisans du leader britannique du Labour Jeremy Corbyn ont réagi avec colère, ce week-end, à un sketch diffusé dans une émission satirique de la BBC qui tournait en dérision la controverse sur l’antisémitisme au sein de la formation travailliste.

Dans le sketch de « Tracy Breaks the News » de Tracey Ullman, cette dernière, sous les traits de Corbyn, dit qu’il est « complètement débordé par tous ces trucs de Juifs » et affirme qu’il a demandé aux antisémites du parti « dans des termes sans ambiguïté – Allez-y quand même mollo ».

Certains partisans de Corbyn se sont tournés vers Twitter pour critiquer le sketch, disant qu’il était partial et qu’il transportait un message politique de propagande, certains allant jusqu’à clamer – à tort – qu’Ullman est juive et sioniste.

L’acteur Dylan Strain a alors créé quelques remous supplémentaires en affirmant, apparemment sous forme de boutade, que le sketch avait été écrit par le comédien juif David Baddiel, entraînant des attaques contre ce dernier.

Le député britannique anti-israélien George Galloway a fustigé Ullman et Baddiel dans un autre tweet.

Baddiel a expliqué au Guardian avoir été surpris de se retrouver au coeur de la polémique.

« Alors il m’est clairement apparu – sur le mode incroyable de : ‘Un Juif plus un Juif font sept’ – que les partisans de Corbyn avaient décidé que c’était moi qui avait écrit ce sketch de Tracey Ullman ».

Baddiel, qui s’était, dans le passé, exprimé au sujet de l’antisémitisme au sein du Labour, a déclaré que « l’idée semble être que si j’ai déjà dit quelque chose pour interpeller la question de l’antisémitisme au sein du parti du Labour, alors s’il y a quelque chose – ou quelqu’un d’autre – qui le fait, je dois être impliqué d’une manière ou d’une autre. A un niveau plus profond, cela parle du mythe de la conspiration juive, ou du contrôle juif derrière les médias, etc. »

David Baddiel. (Crédit: via Twitter)

Dans le sketch, Corbyn est en train de prendre des selfies avec un groupes de jeunes à l’aéroport lorsqu’il se confronte à un ultra-orthodoxe juif qui dit au leader du parti être « très en colère » face à son incapacité de « faire davantage contre l’antisémitisme ».

« Je suis pourtant à fond dedans, comme le cream cheese sur le bagel », répond Corbyn. « C’est bien de le dire comme ça, hein ? »

Corbyn ajoute alors, en parlant aux jeunes, qu’il est « complètement débordé par ces trucs de Juifs ».

« J’ai parlé à tous les antisémites dans le parti du Labour et je leur ai dit dans des termes sans équivoque – allez-y quand même mollo ».

Après avoir noté maladroitement qu’il a « toujours fait très attention à la compagnie dont je m’entoure », Corbyn est alors approché par le nationaliste irlandais Gerry Adams qui le salue pour son »grand soutien au combat armé républicain ».

Un Corbyn troublé se précipite alors avec les jeunes dans un taxi où il est accueilli chaleureusement par le chauffeur, « Ismael du Hamas ». Corbyn murmure alors « nom d’un chien » alors que la voiture démarre et qu’Ismael se souvient de l’occasion où Corbyn l’avait invité à la Chambre des Communes aux côtés de « ces types du Hezbollah ».

Les accusations d’antisémitisme ont été croissantes depuis que Corbyn, un socialiste pro-palestinien, a été élu à la tête du principal parti d’opposition du Royaume-Uni en 2015.

Le chef du Parti travailliste de l’opposition britannique Jeremy Corbyn prend la parole lors de la commémoration du 25e anniversaire du meurtre de Stephen Lawrence à Trafalgar Square à Londres, le 23 avril 2018. (AFP PHOTO / POOL / Victoria Jones)

Certains dans le parti disent que Corbyn, critique de longue haleine des politiques israéliennes envers les Palestiniens, a permis aux abus anti-juifs de ne pas être sanctionnés.

Corbyn, avant d’être élu à la tête du Labour, s’était référé aux groupes terroristes du Hamas et du Hezbollah comme à ses « amis ». Il a depuis déclaré qu’il regrettait ces commentaires.

Une colère a récemment éclaté suite à un post publié par Corbyn sur Facebook où il soutenait un artiste ayant peint une fresque murale qui comprenait des stéréotypes antisémites.

Corbyn avait expliqué regretter de ne pas avoir observé davantage ce dessin « profondément perturbant et antisémite » avant d’offrir son soutien à l’artiste.

Des membres de la communauté juive manifestent contre le chef du parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn, et contre l’antisémitisme au sein du parti travailliste, devant les chambres du Parlement britannique dans le centre de Londres, le 26 mars 2018. (AFP / Tolga Akmen)

En réponse, environ 1 500 manifestants s’étaient rassemblés devant le Parlement britannique en mars lors d’une manifestation sans précédent organisée par les dirigeants juifs britanniques qui d’habitude ne font pas de mouvements de protestation publics.

Dans ce qui avait semblé être une tentative destinée à combler le fossé, Corbyn avait rencontré des dirigeants juifs le mois dernier pour discuter de l’antisémitisme dans son parti ; pourtant, selon un compte-rendu de la rencontre qui avait fuité dans le Mail, Corbyn avait plutôt donné l’impression de « s’ennuyer, de ne pas s’intéresser et d’être condescendant ».

Dans une interview publiée jeudi dans le Telegraph, Jonathan Arkush, président sortant du Board of Deputies, principale organisation de représentation de la communauté juive britannique, a par ailleurs estimé que le dirigeant travailliste a des points de vue antisémites et qu’il conduit les juifs britanniques à se poser des questions sur leur avenir dans le pays.

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