Les philanthropes de la génération Y sont les plus riches – et les plus jeunes
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Les philanthropes de la génération Y sont les plus riches – et les plus jeunes

Avec une estimation de 59 billions de dollars en héritage au cours des prochaines décennies, la donne change pour les dons de bienfaisance

Mark Zuckerberg, PDG de Facebook, pendant le sommet de l'APEC, la Coopération économique Asie-Pacifique, à Lima, au Pérou, le 19 novembre 2016. (Crédit : Rodrigo Buendia/AFP)
Mark Zuckerberg, PDG de Facebook, pendant le sommet de l'APEC, la Coopération économique Asie-Pacifique, à Lima, au Pérou, le 19 novembre 2016. (Crédit : Rodrigo Buendia/AFP)

En tant que fils de George Soros, l’un des hommes les plus riches au monde, Alexander Soros a grandi avec des opportunités rares dans la vie.

Une de ces opportunités a consisté à suivre les traces philanthropiques de son père. L’aîné Soros a transmis à son fils des leçons qu’il a apprises en survivant à l’Holocauste en Hongrie, ce qui l’a conduit à fonder l’Open Society Foundations (OSF). Il s’agit actuellement de la deuxième plus grande fondation au monde.

« Il a été rendu apatride et aurait pu mourir à cause de la Solution finale des nazis, mais il a décidé de se battre pour ceux qui ont été condamnés à un sort similaire », a déclaré Alexander Soros dans une interview dans un nouveau livre. Les donateurs Next Gen révolutionnent le don, par Sharna Goldseker et Michael Moody.

Encore dans la trentaine, Soros a tiré le meilleur parti de ces leçons. En plus de siéger au conseil d’OSF, il a créé sa propre fondation éponyme.

« Avec ma propre philanthropie, ce n’était pas une question de si, mais une question de quand », a-t-il dit. « Je savais que j’allais le faire, mettre en place une fondation, alors pourquoi attendre d’être plus vieux ? »

Le philanthrope Alexander Soros, fils du milliardaire et survivant de a Shoah. (Crédit : Wikimedia commons/Nathalie Schuller)

Soros fait partie des jeunes donateurs de la « prochaine génération » aux États-Unis, bien placés pour apporter des ressources sans précédent à la philanthropie, selon le livre de Goldseker et Moody.

Le livre présente des interviews de 13 donateurs de la prochaine génération, tels que le philanthrope juif Soros.

Il y a également Jenna Segal, qui a créé le programme de Passeport pour le centre communautaire juif de Manhattan; et Jenna Weinberg, présidente du comité des subventions de la Fondation Nathan et Lillian Weinberg, qui est également impliquée dans deux cercles de donateurs juifs, le Slingshot Fund et le HEKDESH.

« Nous avions l’impression qu’il y avait beaucoup de pouvoir à partager les voix de la prochaine génération », a déclaré Goldseker, elle-même donatrice juive de la prochaine génération qui a créé une programmation pour ses pairs par la Fondation Andrea et Charles Bronfman.

« Notre travail consistait à les réunir, à les écouter tous et à ajouter, bien sûr, la recherche quantitative à la recherche qualitative. »

On estime que 59 billions de dollars seront transférés intergénérationnellement entre les familles philanthropiques américaines sur une période de 55 ans qui a déjà commencé.

« Sans aucun doute, c’est un montant sans précédent », a déclaré Moody, qui détient la première chaire de philanthropie familiale, à l’Université d’État de Grand Valley au Michigan.

Sharna Goldseker et Michael Moody, auteurs de ‘Generation Impact: How Next Gen Donors are Revolutionizing Giving.’ (Autorisation)

Le livre ajoute une perspective aux débats actuels sur la fiscalité, les héritages et les revenus – tout cela avant la date limite de remise des IRS du 31 décembre. C’est une chance d’apprendre directement ce que Moody appelle « le groupe le plus important de philanthropes de l’histoire ».

Ils représentent à la fois la génération X, dont les membres sont nés entre 1965 et 1980; et la génération Y ou Millennials née entre 1980 et 1995. Les auteurs ont interrogé plus de 300 donateurs et en ont interviewés 75. Pratiquement toutes les personnes interrogées ont moins de 40 ans.

« Une des choses à propos de la génération suivante, particulièrement la génération Y, c’est qu’ils se portent volontaires et donnent assez tôt », a déclaré Goldseker, notant que 96 % des donateurs de la génération suivante commencent le bénévolat avant l’âge de 21 ans et 75 % avant l’âge de 15 ans, avec « des statistiques similaires pour les dons fait par les jeunes. »

Victoria Rogers, une donatrice de la prochaine génération afro-américaine de Chicago, a été impliquée dans la sphère à but non lucratif depuis plus d’une décennie, depuis qu’elle est devenue tutrice d’art bénévole à l’âge de 12 ans.

‘Generation Impact: How Next Gen Donors are Revolutionizing Giving,’ par Sharna Goldseker et Michael Moody. (Autorisation)

Moody a déclaré que les donateurs de prochaine génération ayant des fortunes personnelles, y compris Hadi Partovi, un entrepreneur et investisseur technologique d’origine iranienne, « ont gagné leur propre richesse en une génération bien plus tôt » que les philanthropes de ‘l’Age d’or’ tels qu’Andrew Carnegie ou John D Rockefeller (dont l’arrière-arrière-petit-fils Justin Rockefeller a été interviewé).

Comment la prochaine génération utilise ses ressources diffère également du passé. « Ils sont très profondément concernés par l’impact de nombreux changements, non seulement parce qu’ils le veulent, mais parce qu’ils pensent que cela aura plus d’impact », a déclaré Moody. « Ils sont profondément intéressés à voir l’impact direct du don. »

Et ils sont « très actifs, très impliqués dans les organisations, cherchant des moyens d’être innovants », a-t-il déclaré.

Partovi a créé l’organisme à but non lucratif Code.org, qu’il finance avec ses propres millions en tant que PDG, pour « se concentrer sur un objectif final : chaque école des États-Unis enseigne l’informatique à une population étudiante diversifiée », dit-il dans l’interview.

« Nous avons des ingénieurs qui viennent d’Amazon ou Microsoft ou Dropbox ou Google. Ce n’est pas normal pour les organismes à but non-lucratif. »

D’autres donateurs de la prochaine génération travaillent avec les institutions traditionnelles de manière nouvelle. Segal, productrice de Broadway et défenseur des droits des femmes, a travaillé avec le JCC de Manhattan pour créer les anciens des Passport for Birthright Israel.

« En recevant un ‘passeport’ pour prendre des cours au JCC à leur retour d’Israël, ces jeunes membres de la communauté juive se connectent à une institution et y voient un lieu de connexion avec leurs pairs et la communauté», dit-elle dans son interview.

« Penser encore plus grand », a-t-elle dit, « J’aimerais finalement voir ce programme de passeport reproduit dans les CCM à l’échelle nationale. »

Mark Zuckerberg ne fait pas partie des donateurs, peut-être le plus célèbre donateur juif de la prochaine génération. Mais il est mentionné plusieurs fois, et les auteurs ont noté son rôle en évolution dans la philanthropie.

La première entreprise philanthropique de Zuckerberg, aux écoles publiques de Newark, au New Jersey, représentait « des dons à l’ancienne », a déclaré Moody. « Écris un gros chèque à un institut en qui tu as confiance, en qui tu crois, laisse-les prendre l’argent et faire de bonnes choses. »

A présent, lui et son épouse, Priscilla Chan, abandonnent ce que Goldseker appelle « une nouvelle approche » : l’Initiative Chan Zuckerberg, qui offre « non seulement de grosses subventions – bien que c’est ce qu’ils font bien sûr », mais aussi soutiennent des organisations, politiques et des entreprises socialement responsables.

La philanthropie de prochaine génération est un sujet que Goldseker a étudié professionnellement pendant 15 ans, dès lors que la Fondation Bronfman l’a invitée à rejoindre son bureau de New York « spécifiquement pour aider à nourrir la prochaine génération de philanthropes, » a-t-elle dit.

Elle a aidé à lancer des initiatives pour les donateurs juifs de la prochaine génération : Un cercle de dons (qui est devenu Natan); Grand Street; Slingshot et le Fonds Slingshot; et 21/64. Elle est la directrice exécutive de 21/64, qui travaille avec les donateurs de la prochaine génération et leurs familles.

« 21 symbolise le moment où les jeunes arrivent à maturité, et 64 un âge généralement associé à des personnes qui pensent à leurs héritages », selon le site web de l’organisation.

« Les chiffres ne sont pas destinés à être exclusifs pour les personnes plus âgées ou plus jeunes, mais plutôt à être représentatifs de notre portée multi-générationnelle et inclusive des cinq générations au-dessus de 21 ans dans la société américaine aujourd’hui », dit-il.

Les experts ne s’entendent pas sur la place de la prochaine génération dans le long récit de la philanthropie américaine.

« Les jeunes sont toujours porteurs de valeurs remplies d’espoirs, et deviennent des soutiens à vie d’une entité ou d’une organisation », a déclaré David Mersky, directeur de l’éducation et du développement professionnel à l’Institut de Philanthropie juive et Leadership de Brandeis Université.

David Mersky, directeur de l’enseignement et du développement professionnel à l’Institute for Jewish Philanthropy and Leadership à l’université Brandeis. (Autorisation)

« Ce que j’essaie de dire, c’est qu’il n’y a rien de nouveau. La seule chose un peu unique est que Zuckerberg et d’autres donnent à des niveaux qui sont astronomiques », a-t-il dit.

Jack Wertheimer, professeur d’histoire juive américaine à la Société théologique juive d’Amérique, remarque également l’ampleur de la philanthropie de prochaine génération. Mais pour lui, cela représente quelque chose de totalement nouveau.

« Un nombre sans précédent de fondations, un nombre sans précédent de fonds conseillés par les donateurs, tous ces dollars placés dans des entreprises philanthropiques, exponentielles, dans lesquelles les générations futures joueront un rôle de distribution et d’allocation des fonds », a déclaré Wertheimer. « L’autre partie qui est sans précédent est la somme impliquée. ».

Et, a-t-il ajouté, ceux qui ont fait fortune ont gagné des centaines de millions « très jeunes ». Avant, disait-il, « les individus travaillaient dur toute leur vie pour constituer une entreprise qu’ils vendaient à la soixantaine ou la cinquantaine. Maintenant, nous parlons de jeunes gens qui valent des sommes stupéfiantes déjà dans la trentaine, sinon dans la vingtaine. Cela crée une toute nouvelle dynamique. »

Cette richesse est en général une source de préoccupation pour Lila Corwin Berman, la chaire Murray Friedman d’histoire juive américaine à Temple University et la directrice du Feinstein Center for American Jewish History.

Berman écrit dans un courriel que «le fossé des inégalités a fortement augmenté entre les années 1970 et aujourd’hui » et que « les donateurs très riches ont de nouvelles façons d’exploiter les politiques publiques favorables à l’accumulation de richesses au sommet de leur agenda philanthropique. Tout ce qui est perturbateur et novateur à propos des donateurs de la génération X et du millénaire doit donc être interprété comme faisant partie intégrante de l’inégalité de la richesse [et du pouvoir] ».

Les auteurs reconnaissent qu’il s’agit « d’une période de concentration incroyable et rapide de la richesse », dans laquelle les 1 % d’Américains les plus riches possèdent 43 % de la richesse.

Mais ils restent optimistes, écrivant que « même si le taux de don reste le même pour les individus les plus riches, le montant qu’ils donneront grimpera. Ces gros donateurs feront une grande différence. »

Mersky a dit que « personne ne peut ou ne devrait dire à quelqu’un d’autre, pour qui s’engager ou qui soutenir.» Mais il recommande quelques règles séculaires : « Donnez à quelque chose auquelle vous croyez; avoir une connexion personnelle; et [chercher] la transparence, une compréhension claire de la façon dont les dons philanthropiques doivent être utilisés. »

On dirait que la prochaine génération écoute.

« Nous sommes là-bas, et nous sommes passionnés si nous sommes impliqués de manière significative », a déclaré Segal.

« Si nous le sommes, nous serons des donateurs très impliqués et généreux pendant une longue période. »

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