Les profs LGBTQ veulent la grève tant que Peretz n’est pas démis de son poste
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Les profs LGBTQ veulent la grève tant que Peretz n’est pas démis de son poste

Une pétition a recueilli 3 000 signatures, exigeant que le ministre de l'Education soit congédié suite à ses propos largement condamnés sur la thérapie de conversion homosexuelle

Des membres de la communauté LGBT tiennent une banderole en hébreu "Un raciste homophobe doit démissionner" lors d'une manifestation contre le ministre de l'Éducation Rafi Peretz à Tel Aviv le 14 juillet 2019. (Photo par JACK GUEZ / AFP)
Des membres de la communauté LGBT tiennent une banderole en hébreu "Un raciste homophobe doit démissionner" lors d'une manifestation contre le ministre de l'Éducation Rafi Peretz à Tel Aviv le 14 juillet 2019. (Photo par JACK GUEZ / AFP)

Des milliers d’enseignants en Israël ont signé une pétition demandant que le ministre de l’Education Rafi Peretz soit limogé pour avoir ouvertement soutenu une thérapie visant à convertir les homosexuels en hétérosexuels.

Peretz, un rabbin à la tête de l’Union des partis de droite, a déclenché un tollé après avoir déclaré à la Douzième chaîne, lors d’une interview ce week-end, qu’il soutenait la thérapie de conversion et y a participé. Sa déclaration a suscité de nombreuses critiques de la part de l’ensemble du spectre politique, ainsi que des manifestations et des appels en faveur de son renvoi.

Dimanche, des centaines de personnes ont manifesté contre Peretz dans le centre-ville de Tel Aviv, lui demandant de démissionner.

« Nous ne continuerons pas à enseigner comme d’habitude alors que le ministre de l’Éducation exprime de telles positions », peut-on lire dans une pétition signée par un groupe nommé « Professeurs gays et lesbiens ». « Si le ministre n’est pas démis de ses fonctions, nous demanderons aux enseignants et aux écoles de faire grève au début de l’année scolaire. »

« Nous utiliserons tous les moyens légaux à notre disposition pour protester contre ses déclarations dangereuses et offensantes », ont déclaré les enseignants.

En date de lundi, la pétition a recueilli plus de 3 000 signatures. Une deuxième pétition a été signée par les 72 directeurs d’école de Tel Aviv.

Le ministre de l’Education Rafi Peretz arrive pour la réunion hebdomadaire de cabinet au bureau du Premier ministre de Jérusalem, le 30 juin 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Dans un entretien avec la Douzième chaîne, Peretz avait déclaré penser qu’il était possible de convertir des individus présentant des « tendances homosexuelles ».

« Je respecte chaque personne, quoi qu’elle soit », a-t-il dit. « En tant que rabbin en Israël, j’admets que notre Bible dit certaines choses [sur l’homosexualité], mais cela ne signifie pas que je les juge ». Peretz a ajouté : « J’ai une conception très profonde de l’éducation et j’ai été impliqué dans une thérapie de conversion. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a écrit sur Twitter dimanche que les propos de Peretz sur la thérapie de conversion étaient inacceptables et « ne représentent pas la position du gouvernement ».

Mais le Premier ministre n’a manifesté aucune intention de congédier M. Peretz, comme l’ont exigé certains membres de l’opposition.

Un autre membre du Likud, le ministre de la Justice Amir Ohana, qui est ouvertement homosexuel, a déclaré : « L’orientation sexuelle ne nécessite ni thérapie ni conversion. Les idées préconçues et l’ignorance exigent thérapie et conversion. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu assiste à la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem le 14 juillet 2019. (Photo : RONEN ZVULUN / POOL / AFP)

M. Peretz a depuis tenté d’atténuer une partie de l’indignation du public à l’égard de ses propos. Dans un long message sur Facebook dimanche soir, il a prétendu que ses remarques avaient été mal comprises et déformées par la Douzième chaîne.

Il a précisé que lorsque « des étudiants m’ont contacté et m’ont demandé conseil, je les ai orientés vers des professionnels à leur demande et j’ai vu que c’était possible », mais « je n’ai pas dit que je suis en faveur de la thérapie de conversion ».

M. Peretz a ensuite accusé ses détracteurs de faire un « usage cynique » des prochaines élections à la Knesset et a déclaré que le tumulte suscité par ses propos était révélateur de la « lutte pour le droit de penser autrement ».

Les médias israéliens ont rapporté que Peretz devait rencontrer les enseignants de la communauté LGBTQ dans la journée de lundi.

Les responsables de la santé publique affirment que la thérapie de conversion est scientifiquement douteuse et peut être même dangereuse. Les thérapies de conversion homosexuelles, également appelées thérapies réparatrices, ont été fortement découragées en Israël, aux États-Unis et ailleurs, et les grandes organisations de santé ont attiré l’attention sur ce qu’elles appellent des méthodes pseudo-scientifiques. Elles ont également condamné le traitement de l’homosexualité comme une maladie mentale.

Mais cette pratique reste légale en Israël et est encore acceptée dans certains milieux massorti et orthodoxes. On estime qu’entre 20 et 30 psychologues et travailleurs sociaux agréés et 50 thérapeutes non agréés pratiquent une forme quelconque de thérapie de conversion en Israël, a déclaré le rabbin Ron Yosef de l’organisation gay orthodoxe Hod à l’agence Associated Press en 2016.

Des membres de la communauté LGBT et des militants manifestent contre le ministre de l’Éducation Rafi Peretz à Tel Aviv, le 14 juillet 2019. (Tomer Neuberg/Flash90)

D’importantes organisations médicales aux États-Unis affirment qu’il n’existe aucune preuve que les efforts de changement d’orientation sexuelle sont efficaces et que la thérapie peut renforcer la haine de soi, la dépression et les phénomènes d’automutilation.

L’Association des psychologues israéliens avait tiré des conclusions similaires dans un article de 2011, que le ministère de la Santé israélien avait finalement fait siennes fin 2014. Mais l’association avait également approuvé une revendication émanant des praticiens de la thérapie de conversion, estimant que le « politiquement correct » empêchait probablement le financement et la publication d’études portant sur l’efficacité potentielle de la thérapie.

Peretz, chef du parti sioniste religieux HaBayit HaYehudi, a été nommé ministre de l’Education le mois dernier par le gouvernement intérimaire de Netanyahu. En 1992, Peretz a fondé l’académie pré-militaire d’Atzmona, dans une implantation dans la bande de Gaza, qui s’est fait connaître pour avoir formé de futurs leaders dans le camp sioniste religieux socialement conservateur.

Il a été le grand rabbin de l’armée israélienne de 2010 à 2016.

La semaine dernière, il a été critiqué pour avoir dit que les mariages mixtes étaient une « deuxième Shoah ».

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