Les propriétaires israéliens prêts à prendre d’assaut la frontière du solaire
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Les propriétaires israéliens prêts à prendre d’assaut la frontière du solaire

Après des années de retard sur les autres pays occidentaux, la production d'électricité issue du solaire se tourne vers les propriétaires d'habitations privées

  • Des panneaux solaires sur le toit d'une habitation du centre d'Israël (Crédit : Chen Leopold / Flash 90)
    Des panneaux solaires sur le toit d'une habitation du centre d'Israël (Crédit : Chen Leopold / Flash 90)
  • Des chauffe-eaux à l'énergie solaire sur les toits de Tel Aviv (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)
    Des chauffe-eaux à l'énergie solaire sur les toits de Tel Aviv (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)
  • Vue aérienne de panneaux solaires à proximité de la ville d'Eilat, au sud du pays (Crédit : Moshe Shai/FLASH90)
    Vue aérienne de panneaux solaires à proximité de la ville d'Eilat, au sud du pays (Crédit : Moshe Shai/FLASH90)
  • A titre d'illustration : Un arbre solaire à la Bourse de Tel Aviv. (Dr. Avishai Teicher / domaine public)
    A titre d'illustration : Un arbre solaire à la Bourse de Tel Aviv. (Dr. Avishai Teicher / domaine public)

S’il y a une chose dont Israël dispose en abondance, c’est de soleil. Ce qui n’avait pas été négligé par les fondateurs du pays qui avaient posé les premières pierres nécessaires à l’exploitation et à l’utilisation de l’énergie solaire peu après la création de l’Etat en 1948. Mais sept décennies plus tard, Israël est encore à la traîne derrière les autres pays occidentaux en matière d’approvisionnement en énergie tiré de cette ressource puissante et renouvelable.

Pour tenter de changer cette situation déprimante, l’Autorité des services publics – une agence gouvernementale plus communément connue sous le nom d’Autorité de l’électricité – appelle aujourd’hui les propriétaires d’habitations privées à rejoindre le marché de l’énergie en installant des panneaux solaires sur leurs toits.

Signataire des accords de Paris sur le climat, Israël s’est engagé à optimiser sa composition énergétique et à générer au moins 10 % de son électricité à partir d’énergies renouvelables et durables à l’horizon 2020.

Il ne semblait pas en 2018 que l’Etat juif serait en mesure d’atteindre cet objectif.

Toutefois, les derniers changements introduits par l’Autorité de l’électricité sur le marché de l’énergie solaire – avec notamment la levée des entraves de type bureaucratique – a permis une hausse de la production d’électricité de la part des entrepreneurs privés, ainsi qu’un nouveau pic d’intérêt de la part des propriétaires d’habitations individuelles de tout le pays.

Au mois de septembre 2018, l’Autorité de l’électricité – qui est chargée, entre autres, de la promotion des initiatives portant sur les énergies renouvelables – a offert un quota de 50 mégawatts aux propriétaires israéliens désireux d’installer des panneaux solaires sur leurs toits.

Si tous les toits, en Israël, étaient recouverts de panneaux solaires, cela pourrait répondre à jusqu’à 50% des besoins en électricité du pays, dit un expert (Photo d’illustration : Hadas Parush/Flash90)

Objectif : permettre aux propriétaires d’habitations privées en général de produire l’électricité nécessaire pour leur propre consommation en réduisant leurs factures et de revendre tout surplus à la Corporation électrique israélienne (IEC), appartenant à l’Etat, et qui a pour mission de construire et d’assurer la maintenance de toutes les infrastructures énergétiques israéliennes.

Parce qu’elle a le monopole, l’IEC se définit comme un fournisseur de service national stratégique. Et en tant que tel, elle est dans l’obligation d’acheter l’électricité produite par les entreprises privées et les propriétaires individuels.

Selon les données transmises par l’IEC, un foyer israélien consomme en moyenne 8 000 kWh (kilowatts/heure) par an. Un seul mégawatt peut alimenter jusqu’à 150 logements, un apport de 50 mégawatts au réseau électrique est donc substantiel.

Le principal fournisseur en énergie du pays explique que 80 % du quota – 39 mégawatts – ont été réclamés en quelques semaines. Cherchant à capitaliser sur cet élan, l’Autorité de l’électricité se prépare dorénavant à opter pour un second quota de 50 mégawatts pour l’installation de panneaux solaires sur les toits des logements des Israéliens.

Un réseau autonome

En ce qui concerne l’électricité, l’Etat juif se définit comme une « île » – ce qui signifie qu’il ne peut pas compter sur ses voisins pour avoir de l’aide si le réseau est attaqué ou s’il connaît une panne catastrophique susceptible de plonger le pays dans une obscurité totale.

Pour cette raison, la recherche d’une source d’énergie stable est considérée comme une priorité nationale.

L’usage de l’énergie solaire en Israël remonte au début des années 1950 avec l’introduction de chauffe-eaux à l’énergie solaire pour tenter de résoudre le problème de la pénurie énergétique qui frappait l’Etat naissant. Cette entreprise a connu un franc succès si bien qu’aujourd’hui, 90 % des foyers israéliens disposent d’un chauffe-eau fonctionnant à l’énergie solaire.

Jusqu’à la dernière décennie, néanmoins, les efforts visant à convertir l’énergie solaire en électricité étaient stagnants – même si la consommation d’électricité en Israël a augmenté en moyenne de 6 % par an, entraînant une fois encore une pénurie.

Des chauffe-eaux à l’énergie solaire sur les toits de Tel Aviv (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

Afin de trouver une solution, le ministère de l’Energie et l’IEC ont investi des ressources considérables dans la recherche de sources d’énergies alternatives et dans les technologies consacrées aux énergies renouvelables. Mais ce n’est qu’en 2008 que le gouvernement a décidé de subventionner l’électricité produite par l’énergie solaire dans le cadre d’un plan d’exploration du ministère sur ce type de ressources.

Pendant ce temps, les recherches privées sur l’usage de l’énergie solaire et sur sa conversion en électricité ont progressé à pas de géant, faisant d’Israël un moteur dans le secteur.

Réduction de la bureaucratie

Les efforts visant à faciliter la production d’électricité privée en Israël remontent à 1985 et sont ancrés dans de longues initiatives qui ont contribué à des réformes d’ampleur au sein de l’IEC, notamment en autorisant les entreprises privées à entrer dans le marché de la production d’énergie.

Il a fallu toutefois attendre 2008 pour que l’Autorité de l’électricité – avec le soutien du ministère de l’Energie, qui émet les quotas de distribution pour les producteurs d’électricité tiers – mette en place un mécanisme permettant d’accélérer les investissements dans les technologies portant sur les énergies renouvelables.

Les entreprises privées ont donc pu entrer dans le secteur et, en 2018, elles assuraient 23 % de la production d’électricité israélienne.

Vue aérienne de panneaux solaires à proximité de la ville d’Eilat, au sud du pays (Crédit : Moshe Shai/FLASH90)

Alors qu’il n’y a, pour le moment, aucune législation n’oblige à installer des panneaux solaires sur les toits dans le cadre du Code de la construction, il est clair qu’il y a de l’argent à gagner dans la production d’électricité privée – beaucoup d’argent.

Selon les experts du secteur, l’augmentation du nombre de propriétaires d’habitations privées cherchant à produire de l’électricité est principalement due à la baisse des prix des systèmes de panneaux solaires individuels à installer – ils sont passés d’une moyenne de 400 000 shekels à 50 000-150 000 shekels – et à l’amélioration de l’efficacité des panneaux solaires grâce aux avancées technologiques réalisées.

Facile à vendre, dur à obtenir

La campagne la plus récente cherche à souligner deux questions en particulier : la viabilité économique et la bureaucratie éprouvante.

En termes de viabilité économique, et dans la mesure où l’IEC s’est engagée à acheter l’électricité produite sur les toits à un taux garanti, l’investissement dans un système de panneaux solaires permettra un retour sur investissements au bout de sept ans en moyenne. A partir de ce moment et jusqu’à la fin de vie du panneau – il faut compter 18 ans – les propriétaires toucheront un revenu mensuel fixe.

Mais tandis que les profits financiers se sont avérés faciles à vendre auprès du public, Gal Shofrony, chef du secteur des énergies renouvelables au sein de l’Autorité de l’électricité, dit qu’une campagne spéciale a été indispensable pour faire savoir qu’un grand nombre de barrières bureaucratiques avaient été levées.

« Les gens avaient peur de s’intéresser à la question parce qu’ils avaient entendu parler d’une paperasse à remplir interminable, qu’on les faisait courir », explique-t-il à Zman Yisrael, le site d’information en hébreu du Times of Israel.

« Aujourd’hui, nous avons résolu tout ça. Il n’y a pas de taxe sur le revenu, pas de taxe sur la valeur ajoutée – tout ce qu’il y a à faire si vous voulez rejoindre le programme, c’est envoyer un courriel à l’IEC ».

Des panneaux solaires au Kibbutz Kvutzat Yavne, dans le sud d’Israël (Crédit : AP/Sebastian Scheiner)

L’Autorité de l’électricité clame qu’après le lancement de la campagne, au début de l’année, le nombre de candidatures concernant l’installation de panneaux solaires a été multiplié par deux par rapport à la même période de 2018.

Adam Kromer, responsable de « 100KSolar », une initiative qui vise à faire placer des panneaux solaires générateurs d’électricité sur au moins 100 000 toits d’habitations privées, vient en aide aux propriétaires pendant tout le processus de conclusion d’un contrat avec les entreprises du secteur.

L’initiative de Kromer remonte à l’époque où l’exploitation de l’énergie solaire à des fins de consommation privée était encore un projet chimérique partagé par quelques idéalistes environnementaux.

Aujourd’hui, se réjouit-il, les choses s’intensifient.

Comme c’est un domaine relativement nouveau, de nombreux propriétaires ne sont pas familiers des exigences réglementaires, des acteurs présents sur le marché et des investissements nécessaires – ce qui a tendance à les inquiéter, explique-t-il.

« Contrairement aux importantes fermes solaires, qui appartiennent et sont exploitées par des magnats et des corporations, la production énergétique sur les toits des habitations est une démocratisation du secteur de l’électricité. N’importe qui peut devenir producteur et, au cours des dernières semaines, de plus en plus de personnes s’intéressent à cette opportunité. J’entends ça aussi auprès des entreprises qui travaillent dans l’installation des panneaux solaires », ajoute Kromer.

A titre d’illustration : Un arbre solaire à la Bourse de Tel Aviv. (Dr. Avishai Teicher / domaine public)

Mais alors que les panneaux solaires se multiplient partout sur les toits des habitations, la majorité des Israéliens qui vivent dans des immeubles en copropriété et qui désireraient eux aussi profiter de l’occasion se trouvent dans l’incapacité de le faire.

La raison en est simple : installer des panneaux solaires sur le toit d’une résidence en copropriété exige l’assentiment de tous. En comparaison, seulement deux-tiers des propriétaires doivent donner leur consentement pour que leur bâtiment puisse entreprendre, par exemple, les rénovations massives prônées par les projets de renforcement anti-séisme.

« Obtenir l’approbation de tous est extrêmement difficile », dit Kromer.

« C’est dur de convaincre tout le monde de la justesse d’un projet qui, s’il est profitable, ne vaut pas des millions – comme ajouter des étages au bâtiment », ajoute-t-il.

Shofrony partage le même point de vue.

« Au-delà du consentement à obtenir, les projets de rajeunissements urbains tuent également les initiatives de type panneaux solaires. Presque tous les immeubles se considèrent comme potentiels candidats pour de tels projets, et tant qu’il y aura cette option, les gens n’investiront pas dans des panneaux solaires qui ne génèrent des profits qu’à long terme », commente-t-il.

Et qu’en est-il des bâtiments publics ? Il y a des milliers de bâtiments publics et gouvernementaux en Israël, mais leurs toits ne sont pas utilisés pour produire une énergie verte.

Il faut néanmoins noter que le Parlement israélien tente de donner l’exemple et qu’en 2015, dans le cadre de l’initiative « Knesset verte », 1 500 panneaux solaires d’une capacité de 450 kilowatts ont été installés sur les toits du complexe. Le projet avait été créé pour répondre à environ 10 % des besoins en électricité de la Knesset, permettant d’économiser environ 1,5 million de shekels par an.

Le champ solaire sur les bâtiments du complexe de la Knesset (Autorisation)

Avant de rejoindre l’Autorité de l’électricité, Shofrony était à la tête de la branche de planification économique au sein du ministère de la Sécurité intérieure, où il avait promu un plan qui prévoyait de recouvrir de panneaux solaires les toits des prisons, des commissariats et des casernes de sapeurs-pompiers.

Ce projet innovant n’était pas parvenu à venir à bout des obstacles bureaucratiques placés sur son chemin.

Le 9 août, l’IEC a annoncé que 14 % de l’électricité produite au sein de l’Etat juif était issue de ressources renouvelables – un record. Un bref – mais flamboyant – moment de fierté. L’électricité générée par l’ensoleillement ne représente actuellement que 6 % de la consommation, un chiffre très à la traîne derrière les autres pays occidentaux qui bénéficient pourtant de bien moins d’heures de soleil.

Pour Shofrony, il faut mettre en place une agence d’Etat pour superviser la question de l’utilisation des toits des bâtiments publics : « L’Etat doit aider les municipalités à faire la promotion de ce projet. Après tout, il y a de l’argent à gagner ici – il ne s’agit pas seulement d’environnement ».

Selon Kromer, Israël peut s’enorgueillir en moyenne de 1 800 heures annuelles de soleil. Si la totalité des toits de l’Etat juif étaient équipés de panneaux solaires, ajoute-t-il, cette énergie pourrait répondre à 50 % des besoins en électricité du pays.

La version originale de cet article a été publiée en hébreu sur le site d’information en hébreu du Times of Israel, Zman Yisrael.

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