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Analyse

Les relations entre Israël et ses potentiels alliés arabes s’étiolent inexorablement

La vision d'un Israël déterminant pour Washington est minée par le refus de Biden d’inviter Netanyahu, et la riposte aux violences à Gaza ne favorise pas la création d'un bloc anti-iranien

Lazar Berman

Lazar Berman est le correspondant diplomatique du Times of Israël

À gauche : le président américain Joe Biden à l'aéroport international de Raleigh-Durham à Morrisville, en Caroline du Nord, le 28 mars 2023. À droite : le Premier ministre Benjamin Netanyahu assiste à la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, le 19 mars 2023. (Crédit : AP Photo/Carolyn Kaster ; Abir Sultan/Pool Photo via AP)
À gauche : le président américain Joe Biden à l'aéroport international de Raleigh-Durham à Morrisville, en Caroline du Nord, le 28 mars 2023. À droite : le Premier ministre Benjamin Netanyahu assiste à la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem, le 19 mars 2023. (Crédit : AP Photo/Carolyn Kaster ; Abir Sultan/Pool Photo via AP)

Le mois dernier, à l’occasion du 75e anniversaire de l’indépendance d’Israël, les services du Premier ministre Benjamin Netanyahu ont publié une vidéo dans laquelle le Premier ministre se réjouissait des accords de paix conclus par Israël avec les pays arabes au fil du temps, en particulier les accords d’Abraham de 2020.

« J’ai l’intention de mener cette initiative de paix vers des sommets aujourd’hui inimaginables », promettait-il dans un message enregistré destiné à la nation.

C’est effectivement une promesse que Netanyahu avait faite avant son retour au pouvoir, à la fin de l’année dernière, et chaque réunion diplomatique ou discours est l’occasion, pour lui ou son ministre des Affaires étrangères, de revenir sur le sujet.

Mais les circonstances actuelles font qu’il est toujours plus difficile pour Netanyahu de convaincre de nouveaux pays arabes – et en particulier l’Arabie saoudite – de se joindre au « cercle de la paix », comme il le nomme lui-même.

A défaut d’un changement radical dans la relation qu’entretient Netanyahu avec la Maison Blanche de Joe Biden, et d’un véritable contrôle du Premier ministre sur sa coalition, ce cercle ne s’agrandira pas.

La clé de Washington

Deux raisons principales ont présidé à la normalisation de leurs relations avec Israël par certains pays arabes, ces dernières années, alors que d’autres patientent toujours en coulisses.

Tout d’abord, la volatilité de la région, qui oblige les pays à choisir leur camp entre l’Iran et l’Occident. Pour ce dernier groupe, ainsi que pour des États trop affaiblis ou désorganisés pour se forger une politique étrangère cohérente, comme le Soudan ou le Yémen, les relations avec les États-Unis sont d’une importance primordiale.

Mais ces dernières années, les partenaires arabes de l’Amérique ont senti un changement à Washington qui leur donne des raisons de s’inquiéter.

Sur cette photo du 22 novembre 2020, le prince héritier d’Arabie saoudite Mohammed ben Salmane assiste à un sommet virtuel du G-20 organisé par vidéoconférence, à Riyad, en Arabie saoudite. (Crédit : Bandar Aljaloud/Palais royal saoudien via AP, Fichier)

Après des dizaines d’années de sacrifices humains et financiers en Irak ou en Afghanistan, aucun des partis politiques américains n’est favorable à un engagement militaire significatif au Moyen-Orient.

C’est la Chine, et non al-Qaïda, qui est l’épouvantail du moment, et le pivot vers l’Asie et le Pacifique, amorcé sous la présidence de l’américain Barack Obama, a pris de l’ampleur avec ses successeurs.

Les pays signataires des accords d’Abraham, en 2020, ont adhéré dans l’idée d’une Amérique plus impliquée, en quelque sorte en récompense de la signature des accords, avec un Netanyahu engagé aux côtés de son ami Donald Trump, l’ex-président américain.

Le Maroc recherchait des soutiens pour ses revendications sur le Sahara occidental, le Soudan voulait être retiré de la liste des terroristes et les Émirats arabes unis lorgnaient sur les avions de combat F-35. Bahreïn a renforcé sa position auprès de Washington.

Lorsque Trump a quitté ses fonctions, les alliés traditionnels des États-Unis ont eu, plus que jamais, besoin de soutiens à Washington.

Des pays comme l’Égypte et l’Arabie saoudite ont fait l’objet d’attaques publiques virulentes de la part de Biden sur la question des droits de l’homme et ont été incapables d’établir avec lui le lien personnel qu’ils avaient avec Donald Trump.

Israël pouvait être la solution à cette équation.

Des avions de chasse F-35 israéliens et américains participent à un exercice conjoint au-dessus du sud d’Israël, le 29 mars 2020. (Crédit : Armée israélienne)

L’Arabie saoudite avait même établi la liste de ses demandes à Washington, préalable à la signature d’un accord avec Israël.

Deuxième raison qui a présidé à la signature des accords : l’Iran. Non seulement les pays du Golfe considèrent la République islamique comme leur principal ennemi, mais même le lointain Maroc a cessé ses relations avec Téhéran il y a de cela cinq ans.

Personne, dans la région, ne pense que Biden va ordonner une frappe militaire contre les forces iraniennes ou son programme nucléaire, et Israël sera seul à s’opposer aux tentatives iraniennes de contrôle sur le Moyen-Orient et de maitrise de l’arme nucléaire.

Leurs relations avec Israël envoient non seulement un message dissuasif à Téhéran, mais facilitent également la tâche des pays arabes pour l’organisation d’exercices militaires conjoints et la création d’infrastructures militaires régionales anti-iraniennes.

Le porte-parole de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique, Behrouz Kamalvandi, s’exprimant lors d’un point de presse à Téhéran, en Iran, le 7 juillet 2019. (Crédit : Ebrahim Noroozi/AP).

Ces deux avantages – l’accès aux décideurs à Washington et une meilleure posture contre l’Iran – doivent avoir un prix acceptable pour les dirigeants arabes, qui doivent tenir compte de la sympathie de leur population envers les Palestiniens.

Pas d’invitation et une « faible » dissuasion

À tous ces égards, les pays arabes voient diminuer leur intérêt à normaliser leurs relations avec Israël, et grimper les coûts qui y sont associés.

Il n’est pas nécessaire de suivre de près les relations américano-israéliennes pour noter les tensions, et les dirigeants des capitales arabes sont des observateurs attentifs des signaux issus des deux côtés.

Un point des principaux points de discorde est la réforme judiciaire voulue par le gouvernement en Israël.

Dans un premier temps, les autorités américaines avaient déclaré ne pas vouloir se mêler de ce qu’elles estimaient être une question de politique interne à Israël, mais elles sont progressivement revenues sur leur position, publiant des déclarations sur l’importance de garantir des institutions indépendantes avant de passer à des critiques ouvertes.

Le président américain Joe Biden s’adressant à la presse à l’aéroport international de Raleigh-Durham, à Morrisville, en Caroline du Nord, le 28 mars 2023. (Crédit : Jim Watson/AFP)

Elles ont également formulé des craintes à propos tenus par les éléments d’extrême droite du gouvernement de Netanyahu.

En mars, Biden a personnellement demandé à Netanyahu de parler de la réforme.

La Maison Blanche a ensuite publié une nouvelle déclaration disant sa préoccupation face à la décision de Netanyahu de limoger le ministre de la Défense, Yoav Gallant.

Biden déclarait, quelques jours plus tard, que Netanyahu ne serait pas invité à la Maison Blanche « dans l’immédiat », disant son inquiétude envers le projet de réforme judiciaire et demandant au Premier ministre de « revenir » sur la question.

Encore lundi, la Maison Blanche a continué de dire que Netanyahu ne serait pas invité à Washington.

Chaque fois qu’un haut responsable de l’Administration Biden rappelle au monde qu’il n’est pas prévu d’accueillir Netanyahu, l’importance d’Israël à Washington diminue.

L’Arabie saoudite ne peut décemment pas mettre beaucoup d’espoir dans un dirigeant israélien incapable d’obtenir une audience avec Biden, alors que ce dernier a invité le président des Émirats arabes unis Mohammed bin Zayed à la Maison Blanche et s’est rendu en personne à Djeddah pour y rencontrer le dirigeant saoudien de facto Mohammed bin Salman.

Site où une roquette, tirée depuis Gaza sur le sud d’Israël, a touché et endommagé une voiture à Sderot, dans le sud d’Israël, le 2 mai 2023 (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

Simultanément, le coût associé à l’éventuelle reconnaissance d’Israël aura augmenté dans les pays arabes.

L’incursion de Ben Gvir sur le Mont du Temple, moins d’une semaine après l’entrée en fonction du gouvernement, et l’appel du ministre des Finances Bezalel Smotrich à « anéantir » la ville palestinienne d’Huwara après un attentat terroriste, ne sont pas des éléments avec lesquels les dirigeants arabes veulent être associés en signant des accords de normalisation avec Israël.

Le député Bezalel Smotrich, chef du parti HaTzionout HaDatit, avec le député Itamar Ben Gvir, chef du parti Otzma Yehudit, au plénum de la Knesset, le 28 décembre 2022. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Les pays déjà signataires des Accords d’Abraham ont manifesté leur mécontentement de diverses façons suite à ces événements, comme par exemple en annulant les visites de haut niveau et en dénonçant publiquement Israël.

Période faste pour l’axe

Tandis qu’Israël se démène pour tenter d’enregistrer des progrès diplomatiques dans la région, c’est une bonne passe pour l’Iran et ses alliés.

Alors que les autorités israéliennes continuent de rêver d’un accord avec l’Arabie saoudite, Ryad rétablit ses relations diplomatiques avec Téhéran en avril.

Cette semaine, de nombreux partenaires arabes d’Israël se sont entretenus avec le ministre syrien des Affaires étrangères à Amman, à une courte distance en voiture de la frontière israélienne, pour tenter de mettre fin à l’isolement de Damas au sein du monde arabe.

Photo publiée par la page Facebook officielle de la présidence syrienne sur laquelle on voit le président syrien Bashar Assad (à droite) accueillir le président iranien Ebrahim Raisi à Damas, en Syrie, le 3 mai 2023. (Crédit : Présidence syrienne via Facebook via AP)

Le régime d’Assad ne fait pas mystère de son intention de rester dans l’orbite de Téhéran, même s’il accepte de reprendre des relations avec les États pro-occidentaux du Moyen-Orient.

Jeudi, le président iranien Ebrahim Raisi s’est rendu à Damas pour rencontrer son homologue syrien Bashar Assad et signer une série d’accords de long terme. Cela faisait plus d’une dizaine d’années qu’un dirigeant iranien ne l’avait pas fait.

Raïssi a profité de l’occasion pour se réjouir des succès enregistrés par son pays et se moquer des difficultés d’Israël, en proie à des manifestations de grande ampleur et à la colère occidentale contre son soutien militaire à la Russie.

« Les partisans de la normalisation des relations sont confrontés à des manifestations et des questions de la part de leur propre population, qui s’est aperçue qu’il n’y avait pas d’autre voie que la résistance et l’opposition au régime sioniste », a-t-il déclaré.

Netanyahu sera sans doute invité [par Biden] tôt ou tard, et sa prudence caractéristique au sujet de Gaza pourrait être analysée comme de la prudence.

Mais l’une de ses principales promesses de campagne – à savoir que lui seul est capable de rassembler une coalition pour stopper le programme nucléaire iranien et faire la paix avec les Saoudiens – est minée par le chaos au sein de sa coalition et son incapacité à contrôler son flanc droit.

Malheureusement pour le Premier ministre, les mêmes ministres qui lui rendent la vie difficile à Abou Dhabi et à Washington savent qu’ils ne peuvent pas être remplacés.

Après avoir rompu trop de promesses par le passé, aucun autre chef de parti en Israël ne lui fait suffisamment confiance pour prendre part à une coalition.

Il se trouve donc dans une impasse, sans issue claire et toujours plus éloignée de ses objectifs, redevable aux partenaires mêmes qui l’éloignent encore plus d’eux.

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