Les restrictions sur les manifestations et les prières en espace clos adoptées
Rechercher

Les restrictions sur les manifestations et les prières en espace clos adoptées

Ces mesures d'urgence seront appliquées au moins une semaine ; les manifestants pourront se rassembler par groupes ; tentative d'attaque à la manifestation d'hier à Tel Aviv

Des agents de police israéliens à cheval bloquent des manifestants lors d'une manifestation des Israéliens contre les mesures de confinement qui, selon certains, visant à limiter le mouvement de protestation anti-Netanyahu, à Tel Aviv,  le 1er octobre 2020 (Crédit :  AP Photo/Sebastian Scheiner)
Des agents de police israéliens à cheval bloquent des manifestants lors d'une manifestation des Israéliens contre les mesures de confinement qui, selon certains, visant à limiter le mouvement de protestation anti-Netanyahu, à Tel Aviv, le 1er octobre 2020 (Crédit : AP Photo/Sebastian Scheiner)

Une éminente commission de la Knesset a approuvé, jeudi, une nouvelle législation qui restreint lourdement les manifestations et qui interdit les prières en espace clos dans les synagogues pendant le confinement actuellement en vigueur dans le cadre de la lutte contre le coronavirus.

La loi, qui a été adoptée par la commission de la Constitution, du droit et de la Justice, officialise une décision gouvernementale prise mercredi. Ces nouvelles limitations sont entrées en vigueur jeudi à minuit et resteront en place jusqu’au 7 octobre au plus tôt.

Cette initiative a été prise alors même que des milliers de personnes sont descendues dans les rues, jeudi, pour protester contre les nouvelles restrictions et appeler à la démission du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Ces nouvelles règles interdisent aux Israéliens de se rassembler à plus d’un kilomètre de leurs habitations ainsi que les regroupements de plus de vingt personnes. Elles bannissent également les prières dans les espaces clos, dans les synagogues, et les traditionnelles visites dans les Souccot des amis, parents ou voisins pendant la fête, qui dure une semaine et qui commence ce vendredi soir.

La police n’a pas précisé si elle continuerait à autoriser des regroupements de milliers de personnes – qui prendraient la forme de « capsules » formées de vingt individus respectant la distanciation sociale. Jusqu’à présent, elle avait permis à 2 000 personnes de se regrouper aux abords de la résidence du Premier ministre, rue Balfour, à Jérusalem. Des dizaines de milliers de manifestants avaient assisté à de tels mouvements de protestation antérieurs, mais ils ont été limitées à 2 000 ces derniers jours. Il est difficile de dire pour le moment si les choses vont changer avec l’approbation des nouvelles restrictions.

Selon la Treizième chaîne, le ministère de la Justice pourrait permettre à des capsules de vingt personnes de se regrouper si elles respectent un espace de séparation de 30 mètres entre chaque groupe, ce qui autoriserait l’organisation d’importantes manifestations sur certaines places et à certains carrefours et notamment aux abords de la résidence de Netanyahu.

Des manifestants bloquent une route alors qu’ils manifestent contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu à Tel Aviv, le 30 septembre 2020. (Miriam Alster/Flash90)

Tandis que les partisans des restrictions affirment qu’elles aideront Israël à réduire le taux croissant des infections au coronavirus, les organisateurs à l’origine du mouvement anti-Netanyahu des trois derniers mois s’y sont férocement opposés, évoquant une violation de leur droit à manifester.

Yishai Hadas, éminent activiste du groupe de protestation du « Ministère du Crime », a accusé le gouvernement d’avoir mis en place un « confinement politique », estimant que les nouvelles restrictions ont été motivées par le désir d’étouffer les rassemblements anti-Netanyahu et non pour soutenir des intérêts relatifs à la santé publique.

Des Israéliens lors d’une manifestation contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et contre le confinement national sur la place HaBima de Tel Aviv, le 1er octobre 2020. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

« Pourquoi tourner autour du pot ? Qu’ils le disent clairement : ‘Nous ne voulons pas de rassemblements à Balfour.’ Et, ceci étant dit, est-ce que ça vous paraît être vraiment un confinement, à vos yeux ? La plus grande partie de l’économie est ouverte, il n’y a pas de contrôle des restrictions, on peut le voir partout », a déclaré, jeudi soir, Hadas au Times of Israël. « On se moque des Israéliens. C’est absurde. »

Les nouvelles directives ont été approuvées dans le cadre d’une loi qui a été adoptée par la Knesset mercredi en début de matinée. Le procureur-général Avichai Mandelblit a informé plus tard le gouvernement que la législation ne serait pas valable tant que des changements appropriés n’interviendraient pas dans les règles concernées.

Dans la version finale de la loi, sous un statut « d’urgence spéciale coronavirus » déclaré par le gouvernement, le cabinet peut limiter les manifestations, les prières et les cérémonies religieuses pendant une semaine avec la possibilité d’étendre les restrictions pendant deux semaines encore si le statut d’urgence est maintenu.

Les partisans de ce texte estiment que les mouvements de protestation posent un risque sanitaire important et que les réprimer est nécessaire au vu des taux de contamination qui grimpent en flèche au sein de l’Etat juif.

Mais la loi a rencontré l’opposition féroce des critiques, qui affirment qu’elle sape le caractère démocratique du pays et qu’elle ne sert que les intérêts politiques de Netanyahu en utilisant la crise sanitaire comme couverture.

Les mouvements de protestation ont continué, jeudi, avec environ 3 000 manifestants qui se sont retrouvés sur la place HaBima de Tel Aviv, avec de petits groupes de protestataires qui ont défilé dans d’autres parties de la ville. La police a procédé à 17 arrestations.

Le rassemblement a été marqué par ce qui a paru être une tentative d’attaque à la voiture-bélier contre les personnes présentes.

Au cours du rassemblement, une voiture s’est arrêtée avant d’accélérer vers un groupe de manifestants qui se tenait au milieu d’une route. Elle a ensuite pris la fuite.

Sur des images de l’incident qui ont été partagées sur les réseaux sociaux, une femme tombe au sol avant de se relever.

Une autre vidéo a montré la même femme se diriger vers les personnels médicaux présents sur les lieux, leur demandant de l’emmener à l’hôpital. Deux personnes auraient souffert d’hématomes, a déclaré la Douzième chaîne.

Les services de secours du Magen David Adom ont ultérieurement fait savoir qu’après examen, personne n’avait été blessé.

La police a finalement arrêté la voiture à un barrage-routier avoisinant mais elle a finalement autorisé le véhicule à passer, malgré des dégâts apparents sur la carrosserie, les agents n’ayant pas eu connaissance du délit de fuite antérieur, a noté le quotidien Haaretz. Une source proche des services de police a confié au journal que le chauffeur aurait été appréhendé. Des informations ont laissé entendre que ce n’était finalement pas cette voiture arrêtée qui avait été impliquée dans cette tentative d’attaque.

Ofer Cassif, député de la Liste arabe unie, a qualifié clairement l’incident « d’attaque à la voiture-bélier », blâmant Netanyahu pour ses incitations à la violence contre les manifestants. Il y a peu, le Premier ministre a jugé que les manifestants étaient des « anarchistes ».

« Après des mois d’incitations à la violence de la part du Premier ministre lui-même et de tous ceux qui l’entourent, un homme a choisi de passer à l’action et a tenté de tuer des manifestants en utilisant une voiture. C’est Netanyahu qui est pleinement responsable, et Netanyahu n’arrêtera pas tant qu’un manifestant n’aura pas été tué », a écrit Cassif sur Twitter.

Au cours des mouvements de protestation, la police a aussi arrêté 12 personnes pour « trouble à l’ordre public ». Elles bloquaient une artère de circulation et avaient refusé d’obéir à la police qui leur demandait de se disperser.

« Le chef de la police a informé les manifestants que le rassemblement était illégal, et il leur a donné un délai raisonnable pour se disperser », ont noté les forces de l’ordre dans un communiqué.

Par ailleurs, des dizaines d’amendes ont aussi été distribuées pour « violation des règles du ministère de la Santé ».

Les manifestants et la police se sont aussi affrontés à Tel Aviv alors que les agents tentaient de leur faire quitter les routes sur lesquelles ils s’étaient rassemblés. Des policiers à cheval sont intervenus.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...