Israël en guerre - Jour 147

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Les services de rééducation israéliens pris de court par l’afflux de blessés

Il faut plus de lits et de personnel pour s'assurer de guérir le corps et l'âme car « Il n'y a de rééducation qu'avec la santé mentale »

Le président Isaac Herzog et son épouse Michal Herzog (à droite) rendent visite à un soldat blessé et au personnel de l'hôpital de rééducation Loewenstein de Raanana, le 13 novembre 2023 (Avec l'aimable autorisation de l'hôpital Loewenstein)
Le président Isaac Herzog et son épouse Michal Herzog (à droite) rendent visite à un soldat blessé et au personnel de l'hôpital de rééducation Loewenstein de Raanana, le 13 novembre 2023 (Avec l'aimable autorisation de l'hôpital Loewenstein)

Selon le ministère de la Santé, depuis le 7 octobre, plus de 10 580 Israéliens ont été blessés dans la guerre contre le Hamas à Gaza, les attaques du Hezbollah le long de la frontière libanaise ou les attaques terroristes en Cisjordanie.

Les derniers chiffres du ministère de la Défense indiquent que 6 125 de ces blessés sont des soldats de Tsahal ou des membres de la police israélienne et d’autres forces de l’ordre. Parmi eux, 2 005 ont déjà été reconnus invalides permanents.

Le nombre de blessés physiques et ceux ayant des traumatismes émotionnels devrait encore augmenter tout au long de la guerre, et ils seront nombreux à nécessiter une rééducation intensive et de longue durée.

Les informations du ministère de la Santé communiquées à la Knesset un mois après le début de la guerre indiquent qu’Israël est littéralement pris de court par le nombre de soldats et de civils blessés, qui s’ajoutent aux patients nécessitant une rééducation suite à une intervention chirurgicale ou une maladie.

De nombreux Israéliens blessés pendant la guerre auront vraisemblablement besoin d’une rééducation en milieu hospitalier et ambulatoire pour des blessures physiques graves associées à du stress post-traumatique (TSPT).

Lorsque la guerre a éclaté, le 7 octobre dernier, Israël disposait de 780 lits de rééducation, mais le 18 octobre, seuls 150 étaient encore disponibles. Si tous les obstacles bureaucratiques étaient levés, s’il était possible d’embaucher tout le personnel requis et si tous les équipements étaient disponibles, le pays pourrait mettre en tout 1 225 lits à disposition.

Les autorités sanitaires font des efforts considérables pour répondre aux besoins d’agrandissement des installations et de multiplication des traitements, mais la question se pose de savoir si tout cela pourra être fait à temps.

« La COVID nous a montré nos lacunes en médecine interne. La guerre a mis en évidence nos lacunes en matière de rééducation et de prise en charge de la santé mentale », explique au Times of Israël la Dre Tamar Elram, directrice de l’hôpital Mount Scopus du Centre hospitalier Hadassah de Jérusalem.

Au premier rang, de gauche à droite : Dalia Itzik, présidente du conseil d’administration du centre hospitalier Hadassah, le professeur Yoram Weiss, directeur général du centre hospitalier Hadassah, et la Dre Isabella Schwartz, responsable de la rééducation à Hadassah, dans le nouveau centre de rééducation Hadassah en travaux, sur le mont Scopus, à Jérusalem, le 2 novembre 2022. (Crédit : Renee Ghert-Zand/TOI)

Avant même que la guerre n’éclate le 7 octobre, le jour où le Hamas a lancé une attaque sauvage contre les communautés du sud d’Israël, tué 1 200 personnes dans un effroyable déchainement de brutalités et fait 240 otages à Gaza, Israël accusait déjà un retard par rapport aux autres pays de l’OCDE en termes de lits dans les hôpitaux et les centres de rééducation.

La moyenne de l’OCDE pour 1 000 personnes est de 0,5 lit de rééducation, et Israël n’en compte que 0,3 (soit 60 % de la moyenne). Les statistiques indiquent qu’Israël est bien loin de pays comme l’Allemagne (2,0), la Pologne (1,8) ou la Suisse (0,8). Il dispose de moins de places de rééducation que la Belgique ou l’Italie.

En plus d’accuser un retard par rapport aux autres pays occidentaux en termes de capacité globale, Israël présente d’énormes disparités en termes de nombre de lits de rééducation entre le centre du pays et les parties nord et sud. La grande région de Tel Aviv compte deux à trois fois plus de places en rééducation que le reste du pays. Le manque de lits se fait le plus cruellement sentir dans le nord et dans la région métropolitaine de Jérusalem, qui compte 1,2 million d’habitants.

« Jérusalem occupe la dernière place absolue en nombre d’habitants », affirmait le chef de la commission de la santé de la Knesset, Yonatan Mashriki, lors d’une visite, le 2 novembre, au centre de rééducation Gandel de Hadassah, en construction.

Le parachèvement de ce centre ultramoderne, à l’esthétique très soignée, contribuera grandement à atténuer la pénurie de lits de rééducation dans la capitale, la plus grande ville d’Israël.

Vue d’architecte du nouveau centre de rééducation du centre hositalier Hadassah du mont Scopus, à Jérusalem. (Crédit : Spector-Amisar Architects/Avec l’aimable autorisation du Centre hospitalier Hadassah)

Tandis que les membres de cette commission de la santé visitaient le bâtiment, la présidente du conseil d’administration de Hadassah, Dalia Itzik, et le directeur général de Hadassah, le professeur Yoram Weiss, soulignaient que l’achèvement des travaux n’était qu’une question d’argent.

« Les personnes sont prêtes à travailler. Il est possible de terminer au moins les deux premiers étages d’ici fin décembre ou tout début janvier, et de commencer à accueillir des patients, sous réserve de collecter des fonds auprès de donateurs privés et d’obtenir ceux promis par le gouvernement », a déclaré Weiss.

Demandant le soutien des politiciens venus visiter les lieux, Itzik a déclaré : « Il faut faire pression sur le ministère des Finances pour qu’il débloque les 35 millions de shekels qui ont été budgétés. »

Depuis le 7 octobre, le centre de rééducation actuel de Hadassah est passé de 40 à 50 lits pour accueillir les blessés de guerre.

Un soldat, blessé de guerre, en rééducation au centre hospitalier Bnai Zion de Haïfa en novembre 2023. (Crédit : Nir Kopler/Centre hospitalier Bnai Zion)

Le centre Gandel, d’une superficie de 30 000 mètres carrés, situé à proximité, accueillera à terme 132 patients hospitalisés sur trois étages. Quelque 140 patients de plus pourront, chaque jour, bénéficier de soins ambulatoires après leur sortie de l’hôpital.

Le nouvel établissement disposera des traitements et équipements de rééducation de toute dernière génération pour les thérapies physiques, occupationnelles, respiratoires et orthophoniques, ainsi que pour la rééducation neurologique et orthopédique. Le centre abritera deux grandes piscines d’hydrothérapie et une grande variété de spécialistes, notamment formés pour prendre en charge la rééducation psychologique des soldats et victimes de guerre.

« Le traitement psychologique et la prise en charge du stress post-traumatique font partie intégrante de la rééducation. Il n’y a pas de rééducation sans santé mentale », assure Elram.

D’autres hôpitaux se mettent à la rééducation

D’autres hôpitaux ont également modernisé ou agrandi leurs installations de rééducation suite à la guerre.

Le président Isaac Herzog (à gauche) et Michal Herzog, avec le PDG du centre hospitalier Sourasky-Ichilov de Tel Aviv, le professeur Ronni Gamzu, sont au chevet d’un soldat dans le nouveau centre de rééducation de l’hôpital, le 8 novembre 2023. (Crédit : Jenny Yerushalmi/Hôpital Ichilov)

L’hôpital Ichilov de Tel Aviv a fait de son service de rééducation un hôpital autonome sur son campus, doté de 120 lits et 100 postes de consultation externe. D’autres lits de rééducation gériatrique se trouvent dans l’hôpital principal.

L’hôpital de rééducation, appelé Bishvilam (« pour eux » en hébreu), met en oeuvre la philosophie la plus récente en la matière, à savoir commencer la rééducation dès que le patient sort du bloc opératoire. Le patient dispose d’une infirmière chargée d’organiser la transition la plus douce possible entre la phase d’hospitalisation aiguë et les étapes suivantes de rééducation hospitalière puis ambulatoire.

L’hôpital de rééducation Loewenstein de Raanana, le plus grand centre de rééducation de tout le pays, a pris en charge des dizaines de blessés de guerre – civils, soldats et membres des forces de l’ordre. Dans le contexte d’une guerre qui risque de durer encore quelque temps, Loewenstein s’est associé au centre hospitalier Beilinson de Petah Tikvah dans le but d’ouvrir un nouveau centre de rééducation à Beilinson.

Le président Isaac Herzog réconforte un jeune blessé de guerre au centre de rééducation Loewenstein de Raanana, le 13 novembre 2023. (Autorisation)

Loewenstein fournira tout le personnel et les équipements nécessaires à la rééducation physique et psychosociale des patients dans le nouveau centre de 14 lits de Beilinson, qui n’offrait auparavant pas ce type de services.

La réputation de l’hôpital Sheba le précède

Lorsque le nouveau centre de rééducation de Beilinson a ouvert ses portes en novembre, des voix se sont élevées pour remettre en cause l’inégale répartition des patients entre les établissements du pays. Un article du journal israélien Haaretz a déclaré que 80 % des blessés de guerre nécessitant une rééducation se retrouvaient au centre médical Sheba, dans les environs de Tel-Aviv. Dans le même temps, de nombreux lits seraient restés vacants dans la vingtaine d’autres hôpitaux et services de rééducation du pays.

Sheba est deuxième en termes de nombre de lits de rééducation en Israël et son programme est réputé depuis des dizaines d’années maintenant. Les patients étant en mesure de choisir où effectuer leur rééducation, ils sont nombreux à être attirés par la réputation de Sheba.

Le professeur Israël Dudkiewicz, chef du service de rééducation du centre hospitalier Sheba, à l’entrée du tout nouveau service de rééducation pour les soldats de Tsahal et les civils blessés de guerre, le 7 novembre 2023. (Crédit : Renee Ghert-Zand/TOI)

Lors d’une visite à Sheba le 7 novembre dernier, le Times of Israël a appris du chef du service de rééducation, le professeur Israel Dudkiewicz, que l’hôpital avait augmenté ses capacités du fait de la guerre, en ajoutant rapidement 86 lits aux 140 existants.

L’élément clé de l’effort a consisté en la rénovation – en trois jours – d’un étage du bâtiment de rééducation gériatrique de Sheba, afin de l’adapter à la prise en charge de blessés de guerre, principalement de jeunes soldats et des civils.

« Les patients gériatriques de l’étage avaient déjà été déplacés dans une zone sécurisée du bâtiment, dès le début de la guerre ; nous avons rapidement fait appel à des professionnels pour transformer l’espace évacué en un lieu accueillant pour les jeunes », explique Dudkiewicz.

Depuis cette rénovation ultra-rapide, des dizaines de soldats ont investi les lits de la salle. L’ambiance y est optimiste, les personnels conversent chaleureusement et plaisantent avec les proches, amis et compagnons d’armes des patients. La salle à manger accueillante, les salons confortables et le grand patio extérieur encouragent les patients à quitter leur chambre et socialiser.

Vue du salon créé pour les soldats de Tsahal en rééducation au centre hospitalier Sheba, le 7 novembre 2023. (Crédit : Renee Ghert-Zand/TOI)

Le nouveau service de rééducation est adapté aux patients capables de se déplacer seuls ou avec une aide minimale vers l’espace sécurisé en cas d’alerte aérienne. Ceux souffrant de blessures à la tête ou à la colonne vertébrale, les amputés et ceux qui ont des problèmes respiratoires sont pris en charge dans le principal centre de rééducation de Sheba.

Un soldat fait des exercices pour rééduquer les nerfs et les muscles de son bras après une blessure par balle, à l’hôpital Sheba, le 7 novembre 2023. (Crédit : Renee Ghert-Zand/TOI)

Aussi satisfait qu’il soit de la façon dont Sheba s’est rapidement adapté pour répondre aux besoins apparus le 7 octobre dernier, Dudkiewicz concède qu’Israël a encore du chemin à parcourir et qu’il lui faut veiller à ce que tous ceux qui ont besoin d’une rééducation de haute qualité puissent en bénéficier.

« Il ne fait aucun doute que nous avons un problème avec le nombre de lits et les programmes de jour. Il y a plusieurs raisons à cela. Premièrement, notre population a augmenté très rapidement et la capacité de rééducation n’a tout simplement pas suivi. Par ailleurs, la médecine s’est améliorée, ce qui permet des taux de survie bien meilleurs, et donc plus de rééducation », explique Dudkiewicz.

En outre, il n’y a tout simplement pas assez de médecins et autres professionnels de rééducation au sein des hôpitaux. La pratique privée est nettement plus gratifiante pour eux.

« Il nous faut pouvoir attirer de bonnes personnes, et il faut du temps pour les éduquer et les former », conclut M. Dudkiewicz.

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