Les systèmes de la justice et de la force publique sont « corrompus » – Ohana
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Les systèmes de la justice et de la force publique sont « corrompus » – Ohana

Le ministre de la Sécurité intérieure évoque le procès de Netanyahu, "une attaque contre la démocratie" ; le ministre de la Justice fustige les "incitations délirantes" du Likud

Le ministre de la Sécurité intérieure Amir Ohana au cours d'un entretien avec la Douzième chaînez, le 12 septembre 2020 (Capture d'écran : Douzième chaîne)
Le ministre de la Sécurité intérieure Amir Ohana au cours d'un entretien avec la Douzième chaînez, le 12 septembre 2020 (Capture d'écran : Douzième chaîne)

Le ministre de la Sécurité intérieure Amir Ohana a critiqué avec force les autorités en charge de l’application de la loi et les procureurs d’Etat dans la journée de samedi. Ces dernières ont été accusées, la semaine dernière, d’avoir couvert la police dans le cadre de la mort d’un Bédouin israélien en 2017 qui a été tué par des agents – par crainte que cette faute policière ne serve ceux qui critiquaient, à l’époque, les enquêtes pour corruption ouvertes contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Mardi dernier, Netanyahu avait présenté ses excuses à la famille de Yaqoub Abou Al-Qiaan, que le gouvernement avait qualifié de « terroriste » après sa mort sous les balles des policiers en 2017. Netanyahu avait, lors de la même allocution, laissé entendre que les forces de l’ordre avaient tenté de couvrir leur erreur pour lui nuire personnellement.

Jeudi, l’ex-procureur d’Etat Shai Nitzan avait rejeté cette accusation. Il avait déclaré que Netanyahu mentait au public et défendu ses propres décisions prises dans ce dossier.

Mais « Shai Nitzan ne m’a pas convaincu », a déclaré Ohana au cours d’un entretien accordé samedi soir à la Douzième chaîne. Nitzan, a continué Ohana, « ne dit pas la vérité en ce qui concerne de nombreuses choses ».

De gauche à droite : Le ministre de la Justice, Amir Ohana, le procureur-général Avichai Mandelblit, et le procureur d’Etat Shai Nitzan lors d’une conférence à Tel Aviv, le 4 novembre 2019. (Crédit : Flash90)

Alors qu’il lui était demandé si la guerre ouverte menée par Netanyahu contre les procureurs ne le perturbait pas, Ohana a estimé que les instances judiciaires de l’Etat s’étaient « corrompues » avec le temps.

« Depuis le tout premier mandat de Netanyahu [qui a commencé en 1996], y a-t-il eu un Premier ministre qui n’a pas fait l’objet d’une enquête ? », s’est interrogé Ohana. « Netanyahu et, après lui, [Ehud] Barak et, après lui encore, [Ariel] Sharon, et, après lui toujours [Ehud] Olmert ont été visés par des enquêtes pour corruption. Une mise en examen à l’encontre d’un responsable élu – et particulièrement à l’encontre d’un Premier ministre – est une attaque contre la démocratie et déjoue le choix du peuple. »

Peu après l’interview d’Ohana, le ministre de la Justice, Avi Nissenkorn – issu du parti Kakhol lavan – a accusé le Likud « d’incitations délirantes » contre le système judiciaire.

« Il y a ces incitations délirantes proférées à l’encontre des tribunaux, du procureur-général, des procureurs et maintenant à l’encontre du ministre de la Justice », s’est-il exclamé. « Ces incitations commencent en haut, au niveau du Premier ministre, et elles descendent le long de la hiérarchie. Notre mission est de nous assurer que les tribunaux et les procureurs resteront indépendants. »

Le 19 mars 2020, le ministre de la Justice Avi Nissenkorn arrive à la Cour suprême de Jérusalem pour déposer une requête contre le porte-parole de la Knesset de l’époque, Yuli Edelstein. (Yonatan Sindel/Flash90).

Abou al-Qiaan avait été tué par des agents de police au mois de janvier 2017, alors que les forces de l’ordre s’étaient rendues dans le village natal de l’homme pour y superviser des démolitions de maisons. Umm al-Hiran était un village bédouin non reconnu que l’Etat désirait raser pour laisser la place à une ville juive.

Quelques instants après la fusillade qui avait blessé al-Qiaan, sa voiture avait fait une embardée, tuant un agent de police qui se trouvait sur les lieux, Eretz Levi. Les services du Shin Bet et le département des enquêtes internes de la police (PIID) auraient tous deux conclu qu’Abou al-Qiaan, enseignant et père de douze enfants, avaient perdu le contrôle de son véhicule en raison d’une blessure par balle initiale.

Les hauts-responsables israéliens avaient, à l’époque, insisté sur le fait que l’homme était un terroriste et le ministre de la Sécurité intérieure, Gilad Erdan, avait âprement critiqué les médias qui avaient mis en doute cette version des faits.

Lundi dernier, un reportage diffusé sur la Douzième chaîne, et réalisé sur la base de courriels du ministère de la Justice ayant fuité, avait suscité l’indignation en affirmant que Nitzan avait fait clore une enquête sur l’ancien chef de la police, Alsheich, en raison de fuites qui avaient eu lieu en direction des médias concernant l’existence d’un rapport du Shin Bet qui – Alsheich l’avait affirmé à tort – prétendait soutenir la version des policiers.

Des dizaines de milliers de personnes réunies lors des funérailles de Yaqoub Mousa Abu al-Qiaan, un villageois d’Umm il-Jiran, tué lors d’un affrontement violent entraîné par des démolitions de maisons, le 24 janvier 2017. (Autorisation)

Selon la chaîne, dans un courriel envoyé en 2018 aux enquêteurs du PIID, Nitzan avait déclaré que mettre en évidence les différences entre les conclusions du bureau du procureur et la police « ne ferait que du bien à ceux qui veulent faire du mal au système d’application de la loi », une référence apparente aux attaques du Premier ministre et de ses partisans contre le système de justice pénale dans un contexte d’enquêtes ouvertes à son encontre.

Cette déclaration faite par Nitzan que « ‘ce n’est pas le moment d’enquêter sur quelque chose qui serait susceptible de nuire aux autorités policières et judiciaires parce que cela servirait ceux qui les attaquaient’ – c’est exactement ainsi qu’on peut la lier aux enquêtes sur Netanyahu », a affirmé Ohana samedi.

« Ce sont des systèmes corrompus, et ce sont des personnalités corrompues qui sont à leur tête. Je suis là pour le révéler et pour régler les choses », a-t-il continué. « Les procureurs et les autorités chargées de l’application de la loi se devaient d’être d’une blancheur absolue » avant d’inculper un Premier ministre, a-t-il estimé.

Le Commissaire de police Roni Alsheich (à gauche) et le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une cérémonie pour Alsheich, au début de son mandat, dans les bureaux du Premier ministre à Jérusalem, le 3 décembre 2015. (Miriam Alster / Flash90)

Au cours de ses apparitions médiatiques variées, dans la journée de jeudi, Nitzan avait nié que le courriel ait fait référence au Premier ministre, soulignant qu’il n’avait jamais dit qu’Al-Qiaan était un terroriste et qu’il n’avait jamais ouvertement soutenu les conclusions tirées par les policiers.

« J’ai dit qu’on ne pouvait pas déterminer s’il était un terroriste, qu’il y avait des indications qui laissaient entendre qu’il pouvait en être un mais également laissant penser le contraire. Je n’ai jamais réellement soutenu le chef de la police dans ce dossier », avait-il insisté. Il avait clos l’enquête sur la fusillade en 2018.

Nitzan avait précisé jeudi qu’il s’était senti dans l’obligation de prendre la parole après avoir été explicitement accusé par Netanyahu d’avoir couvert la police au lendemain de la diffusion du reportage de la Douzième chaîne.

« Hier, nous avons appris que de hauts-responsables du bureau du procureur d’Etat et de la police ont fait d’Abou al-Qiaan un terroriste juste pour empêcher que la police soit jugée irresponsable, qu’elle puisse se défendre et m’attaquer », avait déclaré Netanyahu mardi dernier.

Yaqoub Mousa Abou al-Qiaan. (Autorisation)

Nitzan avait riposté jeudi que « dès que j’ai vu le Premier ministre d’Israël debout devant le pays tout entier et disant que ‘le procureur d’Etat et le chef de la police ont fait d’un homme innocent un terroriste dans le seul but de nuire au Premier ministre’, je me suis dit que c’était assez ».

« Combien de mensonges est-il possible de placer en une seule phrase, quelle dose de cynisme… Se tenir là, debout, devant le public, prononcer une phrase tellement pleine de mensonges… C’est inimaginable », s’était-il exclamé. « Est-il concevable de transformer un citoyen innocent en terroriste afin de nuire au Premier ministre ? »

Netanyahu accuse Nitzan, Ashiech et le procureur-général Avichai Mandelblit de complicité dans ce qu’il affirme être une tentative de coup d’Etat visant à l’écarter du pouvoir, en fabriquant de fausses accusations pour corruption à son encontre. Le Premier ministre est actuellement traduit devant les juges dans trois dossiers. Il est accusé de fraude et d’abus de confiance dans les trois et de pots-de-vin dans l’un d’eux. Il clame son innocence.

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