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Les tirs de roquettes sont la face visible de l’arsenal encore aux mains du Hezbollah

Frappes israéliennes et difficultés d'approvisionnement ont dégradé les capacités du groupe terroriste soutenu par Téhéran, mais selon des experts, il aurait encore de quoi se battre pendant des semaines

Un homme inspecte les dégâts après la chute d'une roquette manifestement tirée par le Hezbollah sur une maison  du centre d'Israël, le 12 mars 2026. (Ilia YEFIMOVICH / AFP)
Un homme inspecte les dégâts après la chute d'une roquette manifestement tirée par le Hezbollah sur une maison du centre d'Israël, le 12 mars 2026. (Ilia YEFIMOVICH / AFP)

Ces derniers jours, le groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah a intensifié ses tirs contre Israël en soutien à son sponsor, le régime iranien, en proie à d’intenses bombardements depuis le début de la campagne aérienne américano-israélienne, le 28 février dernier.

Mercredi soir, l’épisode a atteint son apogée lorsque le groupe terroriste, installé au Liban, a tiré pas moins de 200 roquettes sur le nord d’Israël, une salve qui a ravivé les questions sur la taille de son arsenal et la résilience de sa chaîne d’approvisionnement.

Avant le début de la guerre causée par le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, on estimait à environ 150 000 le nombre de roquettes et de missiles dont disposait le Hezbollah. Depuis, ce stock aurait été réduit par les raids militaires israéliens sur les installations de stockage et de production de munitions du groupe terroriste libanais.

La capacité du Hezbollah à se faire livrer des armes et du matériel de guerre a également été sérieusement entravée par la perte de la Syrie comme voie d’acheminement, à la suite de la chute du régime de Bachar el-Assad fin 2024.

Pourtant, les experts estiment que le groupe terroriste dispose encore d’une puissance de feu suffisante pour mener régulièrement des attaques de grande envergure contre Israël.

« Je ne sais pas combien [de munitions] il reste au Hezbollah après les frappes de Tsahal de ces derniers jours », s’interroge Sarit Zehavi, fondatrice et présidente du Centre de recherche et d’éducation Alma, qui analyse les questions de sécurité aux frontières nord d’Israël.

Un soldat de l’armée libanaise se tenant à côté d’une rampe de lancement de roquettes placée sur une camionnette qui a été utilisée par le Hezbollah pour tirer des roquettes sur le nord d’Israël, dans le village de Chouya, au sud-est du pays, le 6 août 2021. (Crédit : Mohammed Zaatari/AP)

« D’après la façon dont il gère les tirs, j’estime qu’il en a assez pour plusieurs semaines au moins. »

Le 26 février, soit quelques jours avant la reprise des tirs du Hezbollah sur Israël, Alma estimait que ce proxy de la République islamique possédait près de 25 000 roquettes et missiles.

Depuis la reprise des hostilités par le Hezbollah, le 2 mars, l’armée israélienne a bombardé des dépôts d’armes et des sites de lancement de roquettes un peu partout au Liban.

Avant cette ultime escalade, Israël s’était préparé à une éventuelle entrée en guerre du Hezbollah. Quelques semaines avant le déclenchement de la guerre américano-israélienne contre le régime iranien, amorcée le 13 juin, avec l’Opération « Rising Lion », Tsahal avait intensifié ses frappes aériennes contre des cibles du Hezbollah au Liban.

Des agents de sécurité inspectant les dégâts causés à un bâtiment touché par une frappe aérienne israélienne, dans la ville portuaire de Saïda, au sud du Liban, le 6 mars 2026. (Crédit : Mohammed Zaatari/AP Photo)

Selon des sources militaires, ces frappes visaient à affaiblir les capacités du groupe terroriste en matière de roquettes et autres missiles, en prévision d’une éventuelle reprise des hostilités.

Avant cela, l’armée israélienne estimait que 70 à 80 % des roquettes et des sites de lancement du Hezbollah avaient été détruits durant les mois de guerre ouverte à l’automne 2024, ou lors de frappes israéliennes quasi quotidiennes après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu.

Tsahal estime en effet que le Hezbollah possède encore plusieurs milliers de roquettes, en majorité des projectiles de courte portée tels que des mortiers, la plupart d’entre elles étant situées au nord du fleuve Litani, bien trop éloignées pour menacer Israël d’une manière ou d’une autre.

Mais selon l’armée, toujours, le groupe terroriste possède en outre des centaines de missiles à moyenne et longue portée, capables de pénétrer plus ou moins profondément dans le territoire israélien.

Une roquette tirée depuis le Liban interceptée par le système de défense aérienne israélien au-dessus du nord d’Israël, le 11 mars 2026. (Crédit : Ayal Margolin/Flash90)

Depuis le début du conflit actuel, le Hezbollah s’en est surtout pris au nord d’Israël, non sans se livrer parfois à des attaques d’autres parties du territoire israélien, à l’instar des tirs dirigés sur la région de Tel Aviv.

Le groupe terroriste a certes la capacité de se réarmer, mais l’armée israélienne a bombardé à plusieurs reprises des sites d’usines de fabrication de matériel de guerre.

En novembre 2024, à quelques heures de l’entrée en vigueur du cessez-le-feu entre Israël et le Hezbollah, qui a mis fin à plus d’un an de tirs de roquettes ayant forcé près de 60 000 habitants du nord d’Israël à quitter leurs foyers, Tsahal a annoncé la destruction par ses avions de chasse du plus important centre souterrain de fabrication de missiles guidés de précision au Liban.

Selon l’armée, ce complexe souterrain de 1,4 kilomètre de long était l’usine de fabrication d’armes la plus stratégique du Hezbollah et avait déjà été frappé à plusieurs reprises par Tsahal, dont la dernière fois en octobre 2025.

Une illustration d’un site souterrain de fabrication de missiles de précision du Hezbollah qui a été bombardé le 25 novembre 2024. (Crédit : Armée israélienne)

Selon Tsahal, la proximité de l’usine avec la frontière syrienne permettait au Hezbollah de faire entrer clandestinement au Liban les milliers de composants nécessaires à la fabrication de missiles de précision, et à ses terroristes armés de circuler facilement entre la Syrie et le Liban.

Pendant des décennies, sous le régime d’Assad, la Syrie a servi de voie d’acheminement terrestre privilégiée pour les armes iraniennes destinées au Hezbollah. Ce maillon crucial de la chaîne d’approvisionnement de « l’axe de la résistance » a été brutalement interrompu en décembre 2024, lorsque Assad a été évincé du pouvoir.

« L’axe de la résistance » est le terme utilisé par les responsables iraniens pour désigner la République islamique et ses proxys terroristes, tels que le Hezbollah, les Houthis du Yémen et d’autres milices chiites en Irak et en Syrie.

Pourtant, la frontière reste difficile à contrôler.

Des soldats syriens dans la neige dans la région montagneuse de Qalamoun, non loin de la frontière libanaise, dans le cadre d’une opération de sécurisation de la frontière et de lutte contre la contrebande, le 1er janvier 2026. (Crédit : Bakr Alkasem/AFP)

« Les routes en provenance de Syrie ne sont pas totalement hermétiques », explique Zehavi, ajoutant que « la frontière, longue de 400 kilomètres, n’est pas clôturée ni murée, et que c’est l’état des routes qui fixe les itinéraires de la contrebande. »

Des informations continuent de faire état de tentatives de contrebande d’armes via la frontière libano-syrienne, mais il semble que la plupart concernent des armes de petit calibre, comme des mortiers et des lance-grenades, et non des composants pour roquettes ou missiles.

Récemment, Damas a déjoué une tentative de contrebande au Liban de « neuf missiles guidés antichars, 68 charges pour lance-grenades, deux roquettes de 107 mm et cinq caisses de munitions », apprenait-on des médias officiels syriens en janvier dernier.

Pourtant, Zehavi estime que la posture « militaire » exacte du Hezbollah reste difficile à vérifier, compte tenu des limites inhérentes aux conditions d’obtention des renseignements.

« La première règle du renseignement, c’est que l’on ignore ce que l’on ignore », conclut-elle.

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