Les Travaillistes devraient choisir un nouveau leader en novembre
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Les Travaillistes devraient choisir un nouveau leader en novembre

Le chef du parti fera face à une concurrence féroce après que la formation de centre gauche a connu les pires résultats de son histoire lors du scrutin national du mois dernier

Le chef du Parti travailliste Avi Gabbay s'exprime devant ses partisans et les médias à l'annonce des résultats des élections au siège du parti à Tel Aviv, le 9 avril 2019. (Crédit : FLASH90)
Le chef du Parti travailliste Avi Gabbay s'exprime devant ses partisans et les médias à l'annonce des résultats des élections au siège du parti à Tel Aviv, le 9 avril 2019. (Crédit : FLASH90)

Meurtri et affaibli après avoir enregistré les pires résultats de toute son histoire, le parti Travailliste a pris, lundi, une initiative qui devrait entraîner la désignation dans les urnes de nouveaux responsables à sa tête. La formation réclame une conférence du parti dès le mois prochain où les membres de son comité central devront approuver des Primaires pour le mois de novembre.

Le chef en place, Avi Gabbay, subit de fortes pressions l’appelant à démissionner après les six sièges difficilement remportés lors du scrutin du mois dernier – le pire résultat connu par le parti ou par son prédécesseur, le Mapai, qui avait dirigé Israël au cours de ses trente premières années.

Lors des élections de 2015, le parti Travailliste, dans le cadre de l’alliance de l’Union sioniste, avait remporté 24 sièges.

Tandis que Gabbay ne devait pas initialement voir son autorité remise en cause avant des Primaires prévues au mois de juin 2020, un vote anticipé pourrait se révéler être en sa faveur dans la mesure où peu de hauts-responsables de la formation disposent de suffisamment de ressources pour représenter un défi sérieux à son leadership en l’espace de seulement six mois. Malgré les appels répétés à sa démission, il devrait se présenter à sa propre succession.

Son principal adversaire, l’ancien chef Travailliste Amir Peretz, a demandé à ce qu’un remplaçant temporaire soit choisi parmi les membres de la Knesset appartenant au parti, qui prendrait en charge sa direction jusqu’à ce que des Primaires puissent être organisées à une date plus proche d’une autre élection générale.

« Des Primaires, aujourd’hui, seraient déconnectées du sentiment public et le parti ne peut pas choisir dès aujourd’hui un candidat au poste de Premier ministre pour dans quatre ans… Mettons plutôt en place, en urgence, une conférence durant laquelle un président temporaire sera élu pour un an ou deux et, pendant ce temps, le parti aura le temps de souffler et de se remettre », a dit Peretz à Gabbay lors de la réunion de faction de lundi, où les deux hommes étaient les seuls membres de la Knesset présents.

Le député Amir Peretz assiste à une réunion de la Commission de la défense et des affaires étrangères à la Knesset, le 22 octobre 2018. (Miriam Alster/Flash90)

Gabbay estime toutefois qu’il aurait une meilleure chance de l’emporter lors d’un vote impliquant tous les membres du parti plutôt qu’à l’occasion d’un scrutin qui ne réunirait que la commission centrale électorale qui, craint-il, pourrait se retourner contre lui.

Selon Peretz, le leader contesté aurait dû démissionner de ses fonctions immédiatement après les résultats électoraux décevants. « Gabbay aurait dû rendre les clés comme l’aurait fait tout gérant d’une grande entreprise dont les activités se sont écroulées – c’est lui le responsable et personne d’autre », a-t-il dit au Times of Israel après la réunion de lundi.

Le secrétaire-général de la formation, Eran Hermoni, a expliqué à Gabbay lors de la réunion que son refus de partir était un affront fait au parti.

« Vous bloquez la démocratie, vous la brimez. Ce n’est pas une cour byzantine ici. N’avez-vous tiré aucune leçon de ces élections ? Un peu d’humilité ne vous ferait pas de mal », a-t-il dit.

Tandis que la députée Shelly Yachimovitch, ancienne dirigeante de la formation, a fait savoir qu’elle ne se présenterait pas à ces Primaires, Itzik Shmuli et Stav Shaffir ont laissé entendre qu’ils pourraient se porter candidats.

Ces deux députés à la Knesset étaient entrés dans l’arène politique en 2013 après s’être distingués en prenant la tête de manifestations nationales qui dénonçaient le coût de la vie en Israël. C’est Shmuli qui avait recueilli le plus de suffrages lors des Primaires générales Travaillistes qui avaient servi à établir la liste des candidats à la Knesset au mois de février. Shaffir était arrivée deuxième.

Réunion avec Avi Gabbay, chef du Parti travailliste, et des parlementaires travaillistes (de gauche à droite) : Stav Shaffir, Itzik Shmuli, Amir Peretz et Shelly Yachimovich, à Tel Aviv le 13 février 2019. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Gabbay, qui a été ministre sous l’étiquette du parti Koulanou en 2015 et 2016 et qui a quitté sa formation pour rejoindre les Travaillistes, n’a jamais siégé à la Knesset et il a été élu député pour la toute première fois lors du scrutin de mardi.

La semaine dernière, il a établi clairement qu’il n’avait pas l’intention de quitter le mouvement et qu’il comptait mener à bien son mandat de député.

« Je continuerai à travailler pour les Travaillistes et le public israélien et, le 30 avril, je deviendrai officiellement membre de la Knesset israélienne et je servirai les citoyens depuis les bancs de l’opposition », a-t-il dit.

Il avait qualifié les résultats, qui n’avaient accordé à la formation Travailliste que 4,6 % des suffrages au total, « d’immense déception » et de « coup réel porté à notre force électorale » mais il n’avait pas pris en compte les appels à sa démission et il se refuse encore aujourd’hui à le faire.

Les résultats soulignent un triste déclin pour une formation qui s’est avérée déterminante dans l’établissement de l’Etat d’Israël.

Le parti Travailliste a été fondé en 1968 sur la base d’une fusion de trois partis, dont l’un était le Mapai de David Ben Gourion, créé en 1930. Dans les années ayant précédé l’établissement de l’Etat d’Israël en 1948, le Mapai officiait comme dirigeant de facto de la communauté juive sur place et avait tenu un rôle de premier plan dans la création de l’Etat.

La formation travailliste est restée le parti au pouvoir, incontestée, jusqu’en 1977, année où le Likud s’est emparé du poste de Premier ministre. Depuis, il a été au pouvoir pendant huit ans au total, dont deux dans le cadre d’un gouvernement d’unité avec le Likud. Cette période a compris les accords d’Oslo de 1990, négociés par le Premier ministre de l’époque, Yitzhak Rabin, et son ministre des Affaires étrangères, Shimon Peres.

La dernière fois qu’une coalition israélienne a été dirigée par un Travailliste remonte à la victoire d’Ehud Barak en 1999 et à son mandat de deux ans au poste de Premier ministre. Le parti présente depuis des antécédents vertigineux de remplacement de ses présidents après des défaites électorales, affichant un total de 12 leaders différents n’ayant passé qu’un mandat à sa barre.

Même en mettant en place des Primaires anticipées, Gabbay pourrait bien être le prochain.

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