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Levin met à nouveau le président de la Cour suprême au défi

Demandant à Isaac Amit de prouver sa sincérité lorsqu'il a dit être prêt à lui "tendre la main", le ministre de la Justice le somme d'accepter de nommer ses candidats favoris à la cour

Jeremy Sharon est le correspondant du Times of Israel chargé des affaires juridiques et des implantations.

Le président de la Cour suprême Isaac Amit, le 3 novembre 2025. (Crédit : Moshe Shai/FLASH90)
Le président de la Cour suprême Isaac Amit, le 3 novembre 2025. (Crédit : Moshe Shai/FLASH90)

Le ministre de la Justice Yariv Levin a indiqué mardi que si le président de la Cour suprême Isaac Amit était sincère dans son désir de lui « tendre la main » – le juge évoquait alors le gel des relations entre les deux hommes – il devait autoriser la nomination de deux magistrats conservateurs à la Cour suprême, des nominations que le ministre de la Justice tente d’obtenir depuis le début de son mandat, en vain.

« Monsieur le juge Amit, si vos paroles sont sincères alors les choses sont très simples. Respectez le gouvernement et la Knesset, revenez sur votre refus de procéder à la nomination du docteur Aviad Bakshi et du docteur Raphael Bitton, qui sont les candidats appropriés », a dit Levin, continuant à refuser de désigner Amit par son titre officiel de président de la Cour suprême dans sa déclaration.

« La balle est dans votre camp », a-t-il ajouté.

Un porte-parole de Levin a refusé de dire si Levin reconnaîtrait enfin Amit en tant président du prestigieux tribunal en échange de la nomination de Bakshi et de Bitton à la Cour.

Les propos tenus par Levin ont fait suite à une déclaration qui a été faite par Amit, ce mardi matin. Il a ainsi affirmé qu’il continuait à « tendre la main » au ministre de la Justice, et ce, même si ce dernier refusait toujours de reconnaître son autorité.

« Je tends toujours la main pour tout ce qui concerne le fonctionnement efficace du système judiciaire », a déclaré Amit devant les caméras de la chaîne publique Kan lors d’une rare interview qui a été accordée mardi dans la matinée. « Mais comme je l’ai déjà dit, je n’ai pas eu de main tendue en retour ».

Amit, fils de survivants de la Shoah, s’est exprimé à l’occasion de la Journée internationale de commémoration des victimes du génocide.

Lors de l’entretien, il s’est montré déterminé à ne parler que de ce que ses parents avaient vécu pendant la Shoah. Il n’a abordé le sujet de ses relations avec Levin que lorsqu’il a été interrogé sur le fossé qui sépare actuellement le système israélien de la justice et les responsables politiques.

Levin boycotte Amit depuis la nomination de ce dernier au poste de président de la Cour suprême, au mois de janvier 2025. Il a refusé de le rencontrer ou de simplement s’adresser à lui en tant que président du tribunal – la nomination n’est d’ailleurs pas parue au journal officiel, comme l’exige pourtant la loi.

Certains membres du gouvernement ont suivi son exemple. Ainsi, le ministre des Affaires de la diaspora, Amichai Chikli, et le ministre des Communications, Shlomo Karhi, ont tous les deux ouvertement appelé à plusieurs reprises le gouvernement à ne pas se conformer à certaines ordonnances et décisions qui ont été rendues par la Cour suprême.

Le ministre de la Justice Yariv Levin (à droite) et le député Simcha Rothman, principaux architectes de la réforme judiciaire de la coalition, s’expriment lors d’une séance plénière à la Knesset à Jérusalem, le 26 novembre 2025. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Interrogé sur les tentatives qui visent à ôter sa légitimité à la Cour suprême et à affaiblir ses pouvoirs, Amit a expliqué à Kan que le système de la justice « continuera sur le chemin qui est le sien » et ce, quoi qu’il arrive.

« Je considère le système judiciaire comme je considère le système de la santé. Un système judiciaire, c’est un système qui offre des services aux citoyens, qui fournit un service essentiel », a-t-il expliqué, ajoutant que l’importance de la justice était évidente « en ce moment même, pendant la guerre, alors que les tribunaux sont ouverts malgré les bombardements ».

Le boycott d’Amit de la part de Levin s’est inscrit dans le cadre d’un plan de refonte du système judiciaire israélien beaucoup plus large et beaucoup plus radical. Dans le cadre de cette initiative, le gouvernement a progressivement retiré leur autorité aux tribunaux, ce qui a déclenché des mouvements de protestation à grande échelle dans tout le pays. Les critiques de ce plan affirment qu’il vise à démanteler l’équilibre des pouvoirs, sapant la démocratie.

Levin avait cessé de rencontrer le prédécesseur d’Amit, Uzi Vogelman, au milieu de l’année 2024, quand ce dernier avait refusé d’accéder à une demande soumise par le ministre de la Justice qui voulait que le système de nomination d’un président basé sur l’ancienneté au sein de la Cour suprême soit abandonné. Ce système permettait au juge ayant siégé le plus longtemps au sein du prestigieux tribunal de devenir le seul candidat à ce poste.

Ce système a toujours visé à empêcher la politisation du processus de sélection.

Le ministre de la Justice avait ensuite refusé, pendant seize mois, d’organiser un vote au sein de la Commission de sélection judiciaire pour nommer un nouveau président, Levin ne disposant pas du nombre de voix suffisant pour que son candidat préféré, Yosef Elron, prenne la tête de la Cour suprême. Ce qui avait finalement amené la Haute Cour de justice à ordonner à Levin d’organiser un vote, au mois de janvier 2025.

Évoquant les tentatives du gouvernement de faire adopter une série de projets de loi visant à affaiblir le système judiciaire, Amit a reconnu devant les caméras de Kan que la Cour suprême, siégeant en tant que Haute Cour de justice, serait inévitablement amenée à se prononcer sur la question.

Le président de la Cour suprême, Isaac Amit, tente de s’entretenir avec le ministre de la Justice, Yariv Levin, qui boycotte le chef du pouvoir judiciaire depuis son entrée en fonction, lors d’une cérémonie d’assermentation de 35 nouveaux juges à la résidence présidentielle à Jérusalem, le 10 avril 2025. (Crédit : Chaim Goldberg/Flash90)

« On peut supposer que cette avalanche de lois finira tôt ou tard sur nos bureaux, et que nous devrons nous en occuper », a-t-il déclaré. Il a ensuite demandé à ne pas aborder davantage le sujet, rappelant qu’il n’avait accepté d’accorder cette rare interview qu’à condition de ne parler que de ce qu’avaient vécu ses parents pendant la Shoah.

À cette fin, il a évoqué son enfance dans un foyer où la Shoah était « présente et absente à la fois » – dans la mesure où il n’était pas nécessaire d’évoquer le génocide juif parce qu’il était évident qu’il était toujours là quelque part et en permanence.

Le père d’Amit avait passé la Shoah dans plusieurs camps nazis, notamment dans les camps de concentration de Buchenwald et de Plaszów et dans le camp de travail de Skarzysko-Kamienna.

Sa mère, âgée de seulement six ans, avait été abandonnée dans une forêt après le meurtre de sa famille. Elle avait été recueillie par un prêtre local, a raconté Amit, et elle avait grandi auprès de ses enfants au cours des six années suivantes.

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