L’ex-envoyé jordanien en Israël dit que l’accord de paix devrait être réexaminé
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L’ex-envoyé jordanien en Israël dit que l’accord de paix devrait être réexaminé

Marwan al-Muasher, ex-ministre des Affaires étrangères du royaume, se dit "hanté" par son rôle passé, et qu'Israël pourrait expulser des millions de Palestiniens vers la Jordanie

Marwan Muasher, alors vice-Premier ministre de la Jordanie, prononce un discours, le 13 novembre 2005. (AP Photo/Nader Daoud)
Marwan Muasher, alors vice-Premier ministre de la Jordanie, prononce un discours, le 13 novembre 2005. (AP Photo/Nader Daoud)

Le premier ambassadeur de Jordanie en Israël, qui a ensuite été ministre des Affaires étrangères du royaume, a déclaré la semaine dernière qu’Amman devait réexaminer son accord de paix et ses liens avec Jérusalem, affirmant que l’État juif pourrait planifier une expulsion massive de millions de Palestiniens.

« J’appuie le réexamen de l’accord, ainsi que l’ensemble de notre approche à l’égard d’Israël. Tout rapprochement – économique ou autre – avec Israël dans le passé ou le présent devrait, à mon avis, être entièrement réexaminé », a déclaré Marwan al-Muasher lors de l’entretien, diffusé jeudi dernier par Al-Mamlaka TV et traduit par le Middle East Media Research Institute.

Muasher est devenu le premier envoyé diplomatique de la Jordanie en Israël en 1995, un an après la signature de l’accord de paix. Il a servi jusqu’en 1996, après quoi il a occupé de nombreux postes politiques de haut niveau, dont celui d’ambassadeur aux États-Unis en 1997-2002 et de ministre des Affaires étrangères en 2002-2004. Ayant quitté la politique en 2010, il est actuellement vice-président des études au Carnegie Endowment for International Peace, un think tank où il supervise des recherches sur le Moyen Orient.

A la question de savoir si son passé d’ambassadeur en Israël le « hantait », Muasher a dit : « Sans aucun doute. Sachez que je n’ai pas visité Israël depuis que j’ai quitté mon poste. Je n’ai participé à aucune activité de normalisation [avec Israël] depuis que j’ai quitté mon poste. Je n’ai eu aucune relation avec aucun Israélien depuis que j’ai quitté ce poste. Vous savez quand c’était ? Il y a 23 ans ! »

Toutefois, cette affirmation est fausse. En tant que ministre des Affaires étrangères en 2004, M. Muasher a rencontré et même serré la main de son homologue israélien Silvan Shalom à l’Assemblée générale des Nations unies.

Le ministre des Affaires étrangères d’Israël, Silvan Shalom, (à gauche), et le ministre des Affaires étrangères de Jordanie, Marwan Muasher, se serrent la main lors de la 59e Assemblée générale des Nations Unies, le 22 septembre 2004. (AP/Photo/David Karp)

Muasher a déclaré que le gouvernement israélien actuel – qui s’est engagé à plusieurs reprises à annexer certaines parties de la Cisjordanie – entravait la création d’un État palestinien et donc « travaillait activement contre l’intérêt national de la Jordanie ». Il a déclaré qu’Amman devrait adopter une approche « complètement différente » à l’égard d’Israël, en rejetant les accords passés sur le gaz entre les pays.

L’entretien a eu lieu le lendemain du jour où deux Jordaniens détenus en Israël pendant des mois en détention administrative et sans inculpation ont été libérés après que l’un d’eux, Heba al-Labadi, eut entamé une grève de la faim et que les Jordaniens aient organisé des manifestations de masse pour exiger que le gouvernement annule l’accord de paix avec Israël.

« Nous devons être fermes. Ce qui s’est passé hier en est la preuve évidente », a dit M. Muasher. « Quand la Jordanie s’affirme en matière de sécurité, elle peut obtenir des concessions d’Israël. »

Il est même allé jusqu’à accuser Israël d’avoir l’intention d’orchestrer un exode massif de Palestiniens vers la Jordanie, affirmant que les atrocités commises par le dictateur syrien Bashar el-Assad et les groupes terroristes et rebelles auxquels il a participé pendant la guerre civile sanglante du pays pourraient également être commises par Israël.

« Il peut expulser les Palestiniens vers la Jordanie, d’une manière ou d’une autre », a-t-il soutenu. « Dans le passé, nous disions que c’était impossible, que dans le monde d’aujourd’hui, on ne peut pas expulser des millions de personnes de leurs terres. Après la Syrie, nous ne pouvons plus le dire. Six millions de Syriens ont quitté leurs terres en six mois. On peut créer les circonstances pour qu’une telle chose se produise. »

Cependant, Muasher a reconnu que d’autres considérations internationales existent également et que l’annulation de l’accord « n’est pas si simple », mais a fait valoir qu’Amman pourrait prendre de nombreuses mesures pour ne pas compromettre complètement l’accord, sans en dire plus.

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