L’homme qui a failli assassiner Hitler – une incroyable histoire vraie
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L’homme qui a failli assassiner Hitler – une incroyable histoire vraie

Le film “13 Minutes” montre comment Georg Elsner a choisi seul d'assassiner le Führer, et a presque réussi, en 1938

Christian Friedel joue Georg Elser dans '13 Minutes.' (Crédit : Bernd Schuller/Sony Pictures Classics)
Christian Friedel joue Georg Elser dans '13 Minutes.' (Crédit : Bernd Schuller/Sony Pictures Classics)

LOS ANGELES (JTA) — Et si Adolf Hitler avait été assassiné peu de temps après que ses armées ont envahi la Pologne au début de la Seconde Guerre mondiale ? Quels tournants auraient donc pris l’histoire du monde, et l’histoire juive ?

Il n’y a pas de réponse directe à cette question dans le film allemand « 13 minutes » [« Elser – un héros ordinaire » en France]. Mais l’œuvre, basée sur le complot réel ourdi par un loup solitaire pour assassiner le Führer et qui avait presque réussi, est à la fois un thriller classique, dépeignant le parcours d’un homme contre le système, et l’exploration de la manière dont une circonstance incroyablement légère peut affecter la destinée de millions d’individus.

« 13 Minutes » a été réalisé par Oliver Hirschbiegel, peut-être mieux connu pour son remake de « L’invasion des profanateurs de sépulture », avec Nicole Kidman et Daniel Craig, ainsi que pour « La Chute », qui recréait les derniers jours d’Hitler dans son bunker de Berlin.

Au cœur de l’histoire du film se trouve Georg Elser, joué par Christian Friedel, un charpentier et bricoleur de 35 ans d’un petit village souabe, qui joue dans l’orchestre municipal et est populaire auprès des habitants.

Sympathisant communiste, mais pas membre du parti, il observe, de plus en plus inquiet, la manière dont son village se transforme progressivement pendant les premières années du règne nazi.

Elser voit l’une de ses connaissances obligée à s’asseoir dans la rue, entourée de Chemises brunes et d’habitants, avec un panneau autour du cou disant « Dans le village, je suis la plus grande truie et ne fréquente que des Juifs » (le texte en allemand rime). Il va voir un film de propagande dans lequel Hitler proclame que sous son règne, chaque Allemand aura une radio, ce qui était alors un luxe, et que les routes défoncées du village seront pavées et illuminées.

A un moment où chefs d’Etats et « experts » affirmaient qu’Hitler ne représentait qu’une aberration temporaire, ou qu’il pouvait être apaisé, Elser est convaincu que le Führer plongera l’Allemagne dans la guerre, et que si personne d’autre n’arrête le dictateur nazi, il devra le faire lui-même.

Elser savait qu’Hitler s’adressait à ses partisans dans la plus grande brasserie de Munich tous les 8 novembre, date anniversaire de son putsch raté de 1923 dans la ville bavaroise, dont il voulait faire sa base pour renverser la République de Weimar.

Donc, dès la fin 1938, il s’est rendu plusieurs fois dans la brasserie, mesurant soigneusement les colonnes flanquant le podium de l’orateur. Elser a accepté un emploi dans une usine d’armement et a volé des explosifs, des bâtons de dynamite et des détonateurs.

Alors que le 8 novembre se rapprochait, Elser a travaillé nuit après nuit à genoux, une lampe torche entre les dents, pour insérer sa bombe artisanale dans une colonne. Il a connecté la bombe à deux réveils, qui devaient se déclencher pendant le discours généralement long d’Hitler.

Au soir de l’anniversaire du putsch, Elser a pris un train vers la frontière suisse pour attendre la nouvelle de la mort d’Hitler. Il apprend à la place que, de manière très surprenante, le Führer avait raccourci son discours.

Exactement 13 minutes après qu’Hitler avait quitté la scène, la bombe a explosé, à l’endroit précis où il se tenait. L’explosion a tué sept responsables nazis, et, aux grands regrets d’Elser, une serveuse innocente.

Quand Elser a tenté de traverser la frontière vers la Suisse, quelque chose dans son comportement a éveillé les soupçons d’un garde-frontière allemand, qui a arrêté Elser et l’a envoyé dans une prison de la Gestapo à Berlin.

Adolf Hitler (Crédit : Archives fédérales allemandes/Wikimedia Commons)
Adolf Hitler (Crédit : Archives fédérales allemandes/Wikimedia Commons)

Hitler était convaincu qu’Elser n’était que l’outil d’un vaste complot orchestré par le Premier ministre britannique Winston Churchill, et a demandé qu’Elser soit torturé jusqu’à ce qu’il révèle qui était responsable de la tentative d’assassinat. Mais même sous les tortures les plus brutales, Elser a refusé de donner ne serait-ce que son nom et sa date de naissance. Ce n’est que quand la Gestapo a traîné sa compagne de longue date, enceinte de son enfant, qu’il a reconnu le complot, en précisant qu’il en était le seul auteur.

Personne n’a cru l’histoire d’Elser, mais au lieu d’être exécuté sur place, il a été envoyé dans différents camps de concentration, et a fini à Dachau.

En avril 1945, quand le rêve d’Hitler d’un Reich de 1 000 ans s’est effondré, le Führer s‘est rappelé d’Elser, et a ordonné qu’il soit exécuté par un coup de pistolet dans la nuque. Deux semaines après l’assassinat d’Elser, les troupes américaines libéraient Dachau.

« 13 Minutes » est sorti en Allemagne en 2015 sous le titre « Elser – Comment il aurait changé le monde », qui a été bien accueilli par la critique et le public, a indiqué Hirschbiegel par téléphone depuis Vienne.

L’influent magazine Der Spiegel a souligné que, grâce au film, Elser était reconnu comme « un vrai héros allemand », après avoir été essentiellement ignoré par les historiens.

« 13 Minutes » est le dernier film allemand d’une vague montrant comment des individus allemands, hommes et femmes, se sont opposés au régime nazi, comme « Sophie Scholl : Les derniers jours », « Rosenstrasse » ou, plus récemment, « Le labyrinthe du silence ».

Cette série de films sur des Allemands qui ont résisté au règne de terreur nazi montre-t-elle au monde qu’il y a eu des « bons » Allemands pendant cette période atroce ?

Pas exactement, a répondu Hirschbiegel, soulignant que pendant au moins 20 ans après la Seconde Guerre mondiale, la plupart des Allemands ont tenté d’ignorer totalement les crimes de la génération de la guerre, et il a fallu encore plus longtemps pour honorer le courage des résistants comme Elser.

Mais, a-t-il ajouté, il n’y a que peu d’individus qui, dans chaque société, incarnent l’esprit de la liberté. Le réalisateur a cité comme exemple américain Edward Snowden, qui a exposé des milliers de documents secrets du gouvernement américain.

« Snowden a vu que quelque chose de mauvais était en train de se produire, et que si personne ne faisait rien là-dessus, il devait le faire lui même », a dit Hirschbiegel.

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